13 décembre 2018
Critiques

La Colère d’un homme patient : Le nouveau Western moderne

Non seulement la simplicité du film rendra difficile d'en faire une très longue critique mais s'étaler dessus, ce serait également prendre le risque de trop en dévoiler. "Un homme attend huit ans pour se venger d'un crime que tout le monde a oublié.", ce synopsis laconique est tout ce dont "La Colère D'Un Homme Patient" a besoin pour se résumer parce que on ne peut pas le décrire mieux qu'avec cette phrase d'à peine plus d'une quinzaine de mots mais aussi parce que, aussi paradoxal cela semble-t-il, ce très court texte qui décrit si honnêtement le premier long-métrage en tant que réalisateur et scénariste de l'acteur espagnol Raúl Arévalo en préserve quasiment l'intégralité de son contenu. 

En effet, si l'on ne connait de "La Colère D'Un Homme Patient" que son synopsis, on peut croire que l'introduction nous révélera l'identité de celui qui se lancera dans cette quête vengeresse. Or, "La Colère D'Un Homme Patient" vient faire éclater cette certitude à l'issue de ses trente premières minutes et témoigne de l'habilité avec laquelle il peut manier ses personnages qui parviennent à la fois à être d'un ordinaire qui ne les dessert pas puisqu'elle renforce leur crédibilité tout en leur créant une face cachée qui les complexifie avec subtilité. En ne les cimentant pas dans un alignement moral bien précis, le scénario de Raúl Arévalo questionne constamment le rapport du spectateur à des personnages évoluant régulièrement et l'amène à remettre en cause l'attachement qu'il pourrait commencer à avoir pour chacun d'entre eux.

A l'exception d'un plan-séquence en caméra embarquée dans une voiture pour illustrer de la manière la plus percutante possible la vaine tentative de fuite qui démarre le film avec l'impact d'un coup de poing dans le ventre parfaitement exécuté, la mise en scène ne cherche à aucun moment ni à faire de l'esbroufe, ni à embellir le film et c'est exactement ainsi qu'une telle histoire doit être racontée. Modeste, elle ne cherche jamais à faire passer le long-métrage pour autre chose que ce qu'il est et s'adapte à la simplicité du scénario tout en en faisant ressortir toute l'intensité viscérale par une approche organique qui calque presque tous ses mouvements de caméra sur les déplacements de ses personnages et un format 16 mm qui fait bien ressortir la chaleur, la crasse et la poussière de ce qu'on peut légitimement considérer comme un western contemporain.

Même si la mise en scène fait corps avec le propos du film et qu'on a dit tant de bien de son scénario au-dessus, il ne faut pas passer sous silence certaines carences dans la rigueur de l'écriture. En dépit d'une histoire globale simple et d'une durée d'à peine quatre-vingt-huit minutes, il reste tout de même dans "La Colère D'Un Homme Patient" un certain nombre d'éléments de l'intrigue qui finissent par se révéler superflus en particulier dans son premier acte qui commence à installer un nœud scénaristique à base d'adultère pour très vite complètement le délaisser. Bon, il y a bien une petite référence qui y sera faite plus tard mais le personnage concerné parvient à l'esquiver et plus jamais on n'en reparlera. D'ailleurs, bien qu'elle ait été trop souvent utilisée pour qu'on puisse en tirer quelque chose qui parvienne à contourner le piège des lieux communs faciles ou le cas échéant à les dépasser en y ajoutant un propos un peu plus solide que la moyenne ou unique et inédit, "La Colère D'Un Homme Patient" esquiverait presque la thématique de la vengeance qui constitue pourtant le cœur de son récit. La seule réflexion autour de ce thème réside dans le rapport du spectateur au personnage en quête de vengeance et c'est certes quelque chose d'intéressant mais c'est traiter le thème de manière indirecte et plus par le biais des efforts du récepteur que par le film lui-même.

En résumé, "La Colère D'Un Homme Patient" rattrape ses quelques faiblesses d'écriture par la manière qu'a celle-ci de traiter ses personnages et une mise en scène en adéquation avec la nature du film.
Auteur :Rayane Mezioud
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