19 décembre 2018
Critiques

La Grande Aventure Légo : Critique n° 2

A la vue de cette version Lego sur grand écran, on est en droit de se poser la question de l'évolution du cinéma d'animation dans le paysage du 7ème art aujourd'hui. Destiné à la base pour un public jeune avec, dans le meilleur des cas, un sous-texte à l'attention des adultes, les films d'animations en 3D semblent à présent se confondre avec des œuvres plus matures et laisser de côté la principale cible de ce genre à la base : les enfants.

"La Grande Aventure Lego", c'est une montagne de références dopées à la coke dans un univers ultra-coloré et pétant qui ressemblent parfois plus à un délire onirique sous LSD qu'à une histoire enfantine. Le tout, soutenu par un scénario d'une intelligence mordante qui laissera plus d'un bambin sur le carreau. Ne nous y trompons pas, le film de Phil Lord et Chris Miller est avant tout un pamphlet contre la manipulation de masse et l'immobilisme social. Le film rend ainsi une copie presque parfaite dans l'idée d'un divertissement à 100 à l'heure pétri de bonnes intentions et d'idées géniales, le tout saupoudré d'un humour décalé et hilarant qui ne se tarit pas durant plus d'une heure et demi. La surprise est totale à tel point qu'on se prend à rire nerveusement devant l'amas indescriptible de bizarreries et de comiques visuelles balancés à tous les plans de l'image et ce durant tout le déroulement d'une intrigue tout sauf avare en surprises et autre retournements de situation. On en sort secoué avec pour seul idée l'envie de remonter dans ce train au visuel démentiel.

Pourtant, quelque chose cloche, un petit truc qui enraille la machine. On sent clairement que les réalisateurs n'ont eu d'autre envie que de s'éclater littéralement. Ainsi, le jeune public est clairement laissé à l'abandon, plus susceptible de risquer la crise d'épilepsie que de sortir content d'un tel spectacle. Mais c'est surtout vers la fin du long-métrage que le bât blesse. On ressort avec le sentiment que les metteurs en scène se sont aperçus du côté transgressif de l'œuvre et nous ont ainsi pondu une fin à la morale lourde où, pendant 10 minutes, plus aucun des protagonistes n'exploite son potentiel à fond comme dans les séquences précédentes. Nos chères têtes blondes ont déjà décroché depuis longtemps et ceux qui prenaient totalement leur pied devant cette étrangeté se voient freiner dans leurs émotions. Le film se termine alors, laissant un goût amer dans la bouche.

On l'aura compris, "La Grande Aventure Lego"» fait figure d'OVNI dans un cinéma qui pointe cependant quelques changements à venir en ce milieu de décennie. Osé, hilarant et ultra-rythmé, le film n'arrive cependant pas, dans son dernier acte, à faire le choix discutable mais ô combien génial, de poursuivre dans sa lancée destructrice célébrant la liberté de créer et d'être.

Auteur :Cyprien Pleuvret
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