10 décembre 2018
Critiques

La Mélodie : Kids Disunited

Comment est-ce qu'on fait pour introduire un film tellement superficiel et dépourvu de substance qu'il en devient difficile de trouver quelque chose à dire sur ce qui gravite autour de l'œuvre en elle-même et qui puisse donner à réfléchir ? La réponse est toute simple : on le fait pas ! On le hagal direct en bon représentant de la pire engeance qui ait pu un jour fouler le sol de cette planète, la race des critiques d'Art(gneux).


Merad's Paradise

Ben ouais, les braves, c'est pas parce que ça a été présenté hors compétition à la Mostra de Venise à la rentrée (purée, on a encore du mal à y croire...) que ça a forcément de la gueule ! "La Mélodie", c'est un peu comme "Esprits Rebelles", mais avec Kad Merad à la place de Michelle Pfeiffer, la nuisance du collège à la place de la nuisance du lycée, des cours de violon à la place des cours de langue et rien du tout à la place de Coolio (Vous êtes déçus ? Nous aussi.).

Comment ? Vous n'avez pas vu "Esprits Rebelles" ? L'auteur de ces lignes non plus. Par contre, il a vu "Space Jam" et il trouve que,, si on remplace Michael Jordan par Kad Merad, les Looney Tunes par l'Internationale des fouteurs de waï, les ballons par des violons, les paniers par des archets et Let's Get Ready To Rumble par toujours rien du tout, c'est un peu la même chose aussi. Ouais, vous savez très bien où est-ce qu'on va…

C'est une nouvelle histoire et c'est pourtant celle qu'on nous a déjà raconté. Kad Merad, c'est un mentor qui va rencontrer un groupe de paumés puis les amener au sommet et bon sang qu'il va en caguer pour les faire grimper ! On ne va pas vous en faire un résumé détaillé mais on va s'épargner la peine d'en dévoiler le moins possible parce que vous savez déjà tout ce qui va se passer avant de rentrer dans la salle. Le début, vous le connaissez ; le milieu ; vous le connaissez ; la fin ; vous la connaissez ; vous connaissez même ce qu'il y a entre le début, le milieu et la fin, boudiou !

De toutes façons, vous êtes libres d'arrêter la lecture de cette critique dès maintenant et d'y revenir une fois que vous aurez vu le film si vous le souhaitez mais vous vous direz que ce n'était pas la peine d'éviter des révélations qui n'en sont pas vraiment puisque "La Mélodie" ne va jamais à l'encontre des attentes du spectateur. Cette fois-ci, l'excuse de l'universalité n'a pas lieu d'être. Pour manier une histoire basique mais capable de résonner en chacun, il est encore plus nécessaire d'avoir de vraies qualités de conteur que si l'on racontait une histoire un peu plus originale. C'est du tout ou rien : on en touche beaucoup ou on ne touche presque personne mais il n'y a pas de juste milieu.

Évidemment, quand Kad Merad arrive pour la première fois dans la classe, les enfants font un foin de tous les diables. Évidemment, lors de la première scène de pratique, les mioches jouent tous comme des turbo-tanches. Évidemment, lorsque Kad Merad joue pour la première fois devant eux, l'intensité de leur agitation passe de 358 à – 47. Évidemment, il va y avoir un bleu bite sincèrement mélomane qui va intégrer le groupe avec un peu beaucoup de difficultés. Évidemment, il va avoir un petit béguin pour une camarade et on sait qu'il va la gérer à la fin. Évidemment, le bleu bite pourrait faire un lâcher d'archet tellement il défonce tout avec juste un peu d'entraînement lors de son premier passage devant le groupe. Évidemment, Kad Merad va commencer à développer une relation privilégiée avec le bleu bite. Évidemment, il va y avoir une scène d'apprentissage qui aura l'air non orthodoxe aux yeux du profane. Évidemment, les violonistes en joggings courts sont – à l'exception de quelques moments où ils ont l'air d'être touchés par la Grâce Divine - d'une médiocrité à en effarer même les adultes autour d'eux mais le spectateur ne se fait pas de souci pour eux. Évidemment, Kad Merad va faire un discours de vestiaire et recevoir tout plein de n'amour sucré de ses élèves. Évidemment, ils vont tout déglinguer lors du grand soir, surtout le bleu bite ( enfin, on veut dire que c'est surtout la prestation du bleu bite qui va déglinguer, pas les autres qui vont le déglinguer … )...

Onze « Évidemment », onze éléments narratifs pivots totalement clichés. Il y a même une scène se voulant triste et où quelque chose est censé se rompre sous la pluie alors que le temps est clair pendant tout le film ! Ne vous faites pas un jeu à boire sur les poncifs en regardant "La Mélodie", vous allez terminer la tête dans la cuvette au bout d'une demi-heure. Le problème ne réside pas dans le fait que ces poncifs soient presque totalement invraisemblables, ils peuvent se produire dans la vie réelle et donc trouver leur place dans une fiction. Le problème réside dans le fait que la vie réelle est plus complexe que cela et donc une fiction, même si elle n'a pas pour vocation d'être totalement réaliste mais seulement vraisemblable, ne peut pas se contenter d'enfiler des lieux communs sans proposer les suppléments dont le spectateur a besoin. Non, il n'en a pas juste besoin : si on le considère comme un être dont l'intelligence requiert le respect, on ne peut pas se contenter de penser qu'il en a besoin. Il les mérite. Ah, il y a aussi la préparation/paiement la plus pétée de l'année, saurez-vous la repérer ?


Le moutard me monte au nez

On exalte le labeur acharné et l'excellence dans "La Mélodie", mais tout dans le film respire la paresse et le manque de compétences. Restons un peu sur le cas de l'écriture mais concentrons-nous sur l'écriture par la mise en scène. Le long-métrage est si simpliste et maladroit dans sa façon de se raconter que ça en aurait presque l'air insultant pour le spectateur. On commence déjà à faire de l'exposition (verbale, bien sûr, c'est tellement cinégénique…) alors que le générique n'est pas terminé. On essaie de nous faire comprendre que le personnage de Kad Merad observe la classe lors de leur première rencontre mais l'action est filmée avec des champ-contrechamps basiques sans jamais prendre en compte la subjectivité du personnage principal.

Vous l'avez déjà deviné, mais ce qu'il y a de pire dans la mise en scène de "La Mélodie", c'est son incapacité à se narrer par les images qui conduit le long-métrage à totalement se reposer sur les dialogues pour parvenir à raconter quelque chose. Il peut même arriver qu'une scène vienne verbaliser ce que la précédente a échoué à imager. Bref, si ce n'est une scène silencieuse où la caméra parvient à capter et à restituer le trac et la nervosité des musiciens avant leur moment de gloire, c'est du filmage dénué d'idées et nivelé par le bas que l'on calibre bien pour que le spectateur n'ait pas à faire d'effort intellectuel (est-ce qu'on lui reconnaît encore la possibilité d'en faire quand on en arrive à ce cataclysmique niveau de fabrication ?) qui fait de "La Mélodie" un bidon de lessive avant d'être une œuvre d'Art.

On va revenir un peu sur l'écriture pure parce que le film fait dans le simplisme même quand il ne fait pas dans le poncif bête et méchant. Il fait même dans le concours d'infractions puisqu'il fait aussi dans l'absurde, l'incohérent, le poussif. Pas la peine d'en dire beaucoup plus sur le personnage de Kad Merad : la seule nuance apportée à son personnage de mentor est un échec parce qu'il s'agit d'une réaction à laquelle il aurait dû préférer n'importe quelle alternative qui aurait dû lui venir à l'esprit. Et quitte à parler des personnages, autant parler des comédiens.

Au début, Kad Merad a la fermeté et la prestance d'un enseignant. Dès qu'il commence à enseigner le violon, il perd toute légitimité professorale et ne parvient pas à nous faire oublier le néophyte ayant pratiqué trois heures par semaine pour les besoins du film. Les autres brillent parfois par l'idiotie de leurs actes qui ne servent qu'à faire avancer la dramaturgie. Et allez, on dit à peine « Bonjour ! » pour la première fois au professeur de son fils qu'on l'invite à dîner à la maison ! Et allez, on danse avec cette personne nouvellement rencontrée et on se laisse surprendre par la réaction embarrassée de son enfant ! Leur propension à dire « Blanc. » lors d'une scène puis « Noir. » à la suivante touche presque à la cyclothymie.

Quant aux enfants, on va approuver de l'aversion pour soi mais on ne va pas se priver de l'honnêteté. Ils ne sont crédibles que lorsqu'ils sont imbuvables. On sent qu'ils ne font que lire le prompteur avec un peu d'aplomb lors des scènes plus sérieuses. Ils ont aussi le droit à de longues scènes entre eux qui n'apportent rien au schmilblick alors qu'elles s'éternisent comme si elles avaient de l'importance avant d'être expédiées comme si elles ne servaient au final à rien. On regarde la scène de répétition sur le toit ou celle du restaurant, on se demande quand est-ce que ça va finir et où est-ce que le film veut en venir puis ça se termine aussi brutalement que ça a commencé, laissant le spectateur confus, seul avec l'impression qu'il a passé quelques minutes à regarder quelque chose d'inutile.


On écrit sur les murs le nom de ceux qu'on n'aime pas !

Comment un film aussi inoffensif peut-t-il être aussi énervant ? D'une fainéantise et d'une incompétence presque totales, "La Mélodie" n'est même pas capable de résonner avec douceur à nos oreilles. Il est censé nous faire aimer le violon et n'est même pas capable d'en mettre un joli morceau lorsque son personnage principal arrive à l'écran ! Si ce n'est le concert de fin où on sent pour une fois la communion entre des personnages qui sont pourtant particulièrement insupportables, on aura presque seulement le droit d'entendre des moutards massacrer leur instrument. Et c'est long, mais c'est loooong ! Ça dure seulement une heure trente-cinq et c'est interminable parce que c'est prévisible, simpliste et peuplé de personnages intrinsèquement repoussants.

D'ailleurs, presque conscient de sa vacuité, "La Mélodie" s'achève exactement une fois qu'il en a fini avec son ultime stéréotype. C'était peut-être un texte d'une acidité presque désagréable mais sa rédaction n'a pas été une partie de plaisir. Vitupérer ainsi le produit d'un Art que l'on aime tant n'a rien de gratifiant mais quand il l'a bien cherché et qu'il insulte presque votre intelligence, il ne faut pas se censurer.
Auteur :Rayane Mezioud
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