13 décembre 2018
Critiques

La Nonne : Dieu (et les Prequels) s’arrête ici

"La Nonne" est le cinquième chapitre dans l'Univers "Conjuring", ce dernier débutant habituellement comme un film basé sur une histoire vraie. Grace aux films d'horreurs, certains personnages sont devenus universellement effrayants. Les clowns, pour commencer, les enfants au style Victorien ; tout bien réfléchit, n'importe quel enfant chantant tout doucement une comptine avec un air triste. Et maintenant, grâce à ce dernier chapitre, les nonnes. Vous ne regarderez plus jamais "La mélodie du bonheur" de la même façon... Alors que les films d'horreurs sont nombreux depuis quelques années, "Conjuring : les dossiers Warren", réalisé par James Wan en 2013, a su se développer en un univers cinéma rivalisant avec Marvel. Avec une galerie de personnages terrifiants, interconnectés au fur et à mesure des films, un spin-off égalant en qualité l'original. Un univers en bien meilleur état que celui de DC ou le supposé Dark Universe d'Universal.  
Le démon Valek, joue avec les esprits plus qu'autre chose dans ce tout nouveau chapitre, s'appuyant sur les péchés du passé et la foi innocente de sœur Irène. N'étant pas encore totalement rentrée dans les ordres, la jeune novice apparait comme une lumière dans les ténèbres. Et en tant que pure épouse du Christ elle offre l'antidote évident au mal. En effet, Taissa Farmiga émerge comme l'âme du film, dans une performance bluffante. Elle est la sœur cadette et portrait craché de Vera Farmiga, dans un casting en partie méta-fictionnel entre son personnage et celui de Lorraine Warren. Étrangement, et malgré cette ressemblance frappante, il n'y a aucune indication de la connexion entre leurs deux personnages.

Maxime Alexandre, directeur de la photographie, arrive à jouer avec les contrastes de lumière et d'ombre, nous offrant une imagerie religieuse tout à fait terrifiante ; parallèle à celle créée dans "L'Exorciste". Quand notre trio de chasseur de démons arrive à l'abbaye pour trouver la source du mal, aucune ruse n'est inutile : des nonnes zombies, des miroirs se brisant, des ombres mouvantes, des corps pleurant des larmes de sang ou des une mère abbesse voilée à la voix démoniaque. Le réalisateur, Corin Hardy navigue parfaitement dans cet environnement. L'abbaye en elle-même développe une présence inquiétante, par sa domination du paysage dans une contré isolée, ses couloirs de pierres éventés ou l'ombre de sa foret environnante. En effet, le réalisateur, Corin Hardy, est parvenu à sortir le meilleur lors de son tournage en Roumanie, en filmant avec brio le Château Transylvanien de Hounedoara, qui remplace l'abbaye originale.

Le sentiment menaçant du film vient tout d'abord de l'utilisation exceptionnelle du décor par Corin Hardy ; évoquant un flashback bienvenu en référence à l'original de James Wan, avec la palette cinématographique de "Conjuring", ses gris prononcés et ses bleus très froids, sans mentionner le record de croix à l'envers au centimètre carré et sur une même surface. Cependant, après une bonne partie du film, tout arrive un peu trop rapidement, sans être réellement développé ; très vite Burke est enterré vivant, pour être secouru quelques secondes plus tard par sœur Irène. Enlevant tout mesure de suspens. "La Nonne" tourne quelque peu en rond en même temps que ses personnages principaux parcourent les couloirs de l'abbaye, se confrontant au mal jusqu'à ce que la solution se présente trop facilement d'elle-même.

Le dénouement fonctionne en ses propres termes, ce qui rend la façon dont le conflit se résout beaucoup plus acceptable. Parallèlement, nous pourrions discuter dans quelle mesure Hardy, et le scénariste Gary Dauberman, ont ciblé une certaine déstabilisation du spectateur, obscurcissant les frontières entre la réalité, le cauchemar, la vie et la mort. Au travers de ce film, il devient clair que le passé est le plus lancinant des démons. Prenons par exemple, Frenchie (Jonas Bloquet), perdu dans un cimetière, entouré de croix, le jeune homme est torturé mentalement et physiquement par le corps de la jeune nonne morte qu'il a découvert. De son côté, le père Burke est envahi par la culpabilité liée à la mort du jeune Daniel. Quelques années plus tôt, envoyé en France pour l'exorcisme du jeune homme, ce dernier trouva la mort. Ici, le jeune homme en question apparait au prêtre dans des visions macabres. Ce qui soulève une question importante : si même un prêtre ne peut sauver ne serait-ce qu'une âme de l'enfer, reste-t-il un espoir pour le reste de l'humanité ?  

Corin Hardy a sculpté dans la pierre un cauchemar Gothique que vous retrouverez surement sur vos étagères. Alors que "La Nonne" élargit efficacement l'univers de "Conjuring", le film échoue toutefois à donner une explication claire à l'origine du mal. Ce qui n'est peut-être pas plus mal car ce qui rend le mal si terrifiant est justement ce mystère derrière son origine, quand il n'y a pas vraiment de réponse. Un peu comme les démons au sein du passé du père Burke, ce sont les puzzles irrésolus de la vie qui nous hanteront bien après que la lumière soit éteinte...
Auteur :Alexa Bouhelier Ruelle
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