La
Chambre des officiers raconte les cinq années d’hospitalisation
d’Adrien dans un pavillon où d’autres soldats et officiers blessés
au front s’accumulent au fil du conflit. Ils vont former ce que
les historiens de cette « grande guerre » et les contemporains
des années 14/18 appelleront les « gueules cassées ».
Quand
la bande-annonce du film avait été diffusée en salle dès le mois
d’août 2001, on pouvait s’attendre à une vaste fresque, d’autant
plus que le roman éponyme signé Marc Dugain couvre une grande
période qui commence en 1914 pour s’achever en 1945. Pourtant,
Le cinéaste Dupeyron a choisi l’option d’un film intimiste dans
le huis clos d’un l’hôpital. Un film de guerre certes mais où
le champ de bataille est intérieur.
Avec
la Chambre des officiers, l’adhésion au travail du réalisateur
ne peut qu’être totale du début à la fin, car le film parvient
à éviter l’obstacle de la sensiblerie trop mièvre sans éluder
la terrible situation d’hommes brisés dans leurs chairs et qui
vont devoir reconstruire et leurs corps meurtris et leurs âmes.

Dupeyron
met en scène une lente résurrection et un retour heureux à la
vie en dépit des ravages physiques. Plusieurs temps forts dominent
son film : le suicide (trois tentatives dans la chambrée, une
réussie), la prière (mais Adrien n’est pas croyant), l’art (un
soldat sculpte des visages intacts dans des pièces de bois), le
sexe (une scène dans une maison close). Autant de moments brillamment
dépeints par un cinéaste qui emploie avec une maîtrise confirmée
l’écran large.
Témoignage
lucide et courageux sur une page méconnue de notre histoire, La
chambre des officiers confirme
l’éclatante santé du cinéma français.
Christophe
Dordain
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