|
|
LA
CHUTE
|
|
Un
film de Olivier Hirschbiegel avec Bruno Ganz, Juliane Kohler
et Alexandra Maria Lara.
Sortie
le 05 janvier 2005.
Crédits
photographiques : TFM Distribution.
|
|
Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage
dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux
et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker,
situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl
Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner.
Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses
dernières heures et la chute du régime.
|
1°)AVIS
Prenant
racine en 1943 pour se recentrer dans les mois d’avril et mai
1945, « La chute » ou « Der Untergang » de son titre original
(signifiant davantage « le naufrage », « la fin ») a cette dimension
documentaire qu’est le souci du détail apporté par le réalisateur
Oliver Hirschbiegel . Là ou un traitement de l’histoire aurait
pu être soutenu par un monologue hors-écran du personnage de
Traudl Junge, secretaire personnelle d’Hitler, il n’en est rien.
Il aurait été en effet impossible de faire la transition sur
certains détails (militaires, entre autres) si seuls l’appréciation
et le témoignage de ce personnage –campé par Alexandra Maria
Lara- avaient été pris en compte.
Ainsi,
chaque personnage est ici d’une cruciale importance, et fort
heureusement un point de vue extérieur est adopté également,
rendant à l’histoire originelle ses lettres de noblesse, et
évitant par ailleurs la réinterprêtation de certains évènements.
Les érudits reconnaîtront d’ailleurs sans mal chacun des protagonistes
de l’entourage du Führer. Rien n’est laissé au hasard lorsqu’il
s’agit des attitudes et comportements des différent protagonistes,
hissant le film au-delà de ces prédécesseurs. « Hitler : la
naissance du mal (2002) » tentait de reprendre en vain la genèse
du dictateur, oubliant au travers de dialogues insipides la
psychologie du personnage et balayant sa jeunesse en quelques
minutes, mais rendait malgré tout hommage à l’Allemagne confrontée
au dilemme. « La chute » ne se présente pas sous cet angle,
même si le peuple allemand n’est pas du tout négligé (pour preuve
une scène présentant un père tentant de raisonner son fils enrôlé
par la jeunesse hitlérienne), et même la si la présence et le
charisme indéniables de Bruno Ganz en Führer resteront dans
les mémoires de cinéphiles, c’est au regard des scènes accomplies
que la totalité du film reste exceptionnelle.
D’une
scène traduisant la crédulité et l’insouciance générale (Eva
Braun festoyant dans le bunker bombardé, ou encore Heinrich
Himmler se demandant si la poignée de main sera plus appropriée
que le salut hitlérien face à Eisenhower) on passe à l’intimité
d’Hitler, au bras gauche déjà affaibli par la maladie de Parkinson.
Chef tranquille et extrêmement courtois avec les femmes, le
personnage n’en est pas pour autant sympathique, loin s’en faut.
Son humanité affichée dans le film ne tend qu’a souligner la
folie qui le prend progressivement, irraisonnable et insultant
d’entrée pour finir paranoïaque. Réfugié dans une totale mythomanie,
il ne fait même plus peur à son état-major, étouffé par sa propre
fierté.
Jamais, même dans les 8 heures que comptent « Hitler : un film
sur l’Allemagne (1978)», les derniers jours du dictateur ne
fût dépeint si précisément. Il en est de même pour les autres
personnages dont on peut saluer le parfait casting (Oliver Hirschbiegel
retrouve d’ailleurs Christian Berkel qu’il avait dirigé dans
« L’expérience (2002) », ici en médecin allemand). Le personnage
de la secrétaire d’Hitler n’est pas central et est paradoxalement
mis un peu en retrait, et la galerie s’étoffe au fur et à mesure
que l’histoire s’installe. Quelque soit leur durée à l’écran,
chaque acteur fait preuve de talent, que ce soit Ulrich Noethen
campant Heinrich Himmler, le second d’Hitler qui se révèlera
plus dangereux et réfléchi, Juliane Köhler en fiancée fantasque
et pourtant lucide ou encore Joseph Goebbels, l’imperturbable
bras droit, magistralement personnifié par l’acteur Ulrich Matthes.
On
notera cependant quelques faux-pas dans la réalisation d’ Oliver
Hirschbiegel, comme le fait de ne montrer les extérieurs du
bunker que de façon un peu trop accessoire, bien que Berlin
dévastée soit formidablement rendue. Le plus gros reproche restera
d’omettre les Alliés et leurs actions qui ne sont qu’évoqués
par le biais des comptes rendus de l’état-major, mais jamais
montrés. Seul les russes auront le droit à l’image dans la libération
de Berlin. Le génocide juif ne sera aussi qu’évoqué au travers
du testament du Führer. Parti pris ou non du réalisateur ? Je
vous laisse seuls juges, mais force est de constater que même
si ces éléments ne constituent pas le sujet du film, en faire
l’impasse est regrettable.
Loin
d’un discours politique tendancieux ou d’un simple désir de
raviver l’émotion que suscite la simple évocation des horreurs
du IIIème reich, « La chute » est avant tout un film un film
explicatif, ou oserais-je dire, pédagogique en tant que supplément
au cours d’Histoire que nous avons tous connu. Donc : indispensable.
Julien
Leconte
PS :
Le corps d’Hitler que l’on a longtemps cru perdu -ou jamais
identifié-, fût retrouvé peu de temps après sa mort « officielle »
(30 avril 1945) par le SMERSH (services secrets russes,
proches du NKVD). Authentifié en même temps que celui de
sa femme Eva Braun (vite retrouvée, la dentiste d’Hitler
fournit leurs fichiers dentaires), cela ne fût jamais révélé
avant les années 90, les russes s’accusant mutuellement
d’avoir falsifié l’autopsie et ayant peur des conséquences
politiques d’une telle découverte.
Le
fait est que le FBI et Interpol furent quasi-convaincus
que Hitler avait pu s’évader et durant les 10 ans qui suivirent,
ils conduisirent une périlleuse enquête qui finalement s’avoua
vaine dès 1956… Le docteur Mengele, « célèbre » pour ses
expériences sur les patients humains durant le IIIème Reich,
que l’on aperçoit se suicider dans le film, n’a quant a
lui jamais été présumé mort et une hypothèse avance qu’il
aurait continuer à exercer pour une puissance étrangère
(jamais identifiée) avant de finir ses jours en Amérique
du Sud.
Il
est d'ailleurs à noter que Franklin J. Schaffner
adopta ce postulat scénaristique pour la réalisation
du film "Ces enfants qui venaient du Brésil"
à la fin des années 1970.

Bruno
Ganz.
2°)AVIS
Au
crépuscule de l'horreur.
L'histoire a beau être connue de tous, elle ne laisse encore
aujourd'hui personne en paix. 60 ans après l'effondrement
du IIIe Reich, Olivier Hirschbiegel crée la sensation avec
son film, Der Untergang (La Chute), retraçant les dernières
heures de l'Allemagne nazie vécue par Adolf Hitler et son
carré de fidèles retranchés dans le bunker de la chancellerie.
Depuis Hans-Jürgen Syberberg en 1978 (Hitler, un film d'Allemagne),
aucun réalisateur n'avait osé faire apparaître Hitler sur
grand écran. Et encore moins dans un film à gros budget
(14 millions d'euros). Les réactions étaient prévisibles.
Certains, tel Wim Wenders, ont crié au scandale regrettant
"l'absence de position, d'opinion à propos du fascisme et
d'Hitler" aboutissant à une sorte "d'édulcoration de la
réalité..." D'autres ont parlé de "normalisation" de leur
relation avec Hitler, évoquant tout de même une forme de
surprise à la vue du film. Seule certitude : les Allemands
ne sont pas tous prêts à regarder leur passé en face...
Et
pourtant, il n'y a rien à redire sur le plan des faits.
Le long-métrage respecte l'Histoire, à quelques exceptions
près dues, sans nul doute, aux nécessités du tournage. Der
Untergang a beau être une fiction, elle ne peut pas en changer
la trame... Non, la controverse réside plus dans l'évocation
ambiguë du démon nazi qu'était Hitler. Un démon à deux visages
campé magistralement par l'acteur suisse Bruno Ganz, effrayé
par le simple fait de devoir "aller chercher le mal qui
était en [lui]". La première face de son être nous fait
découvrir un Hitler " humain ", mielleux lors de l'embauche
de sa secrétaire - scène sur lequel le film s'ouvre d'ailleurs
- mais aussi malade, tremblant et presque pleurant. Mais,
au détour d'une scène, Hitler se transforme radicalement
en un Führer sombre, excité, buté, terrifiant, véritablement
au sommet de son abjection... Entre les deux, on a juste
le temps de saisir au vol quelques paroles rendant bien
compte de son idéologie et du côté le plus sombre du nazisme,
à savoir l'extermination des juifs.
Car
toute l'intrigue - peut-on seulement parler d'intrigue ?
- réside plus dans l'interrogation constante à laquelle
sont soumis les généraux d'Hitler que dans la seule Shoah.
Doivent-ils quitter Berlin tant que c'est encore possible
? Doivent-ils rester stoïques devant la défaite et attendre,
en compagnie de leur chef suprême, la mort qui viendra inévitablement
les faucher au gré de l'avancée russe dans Berlin. Dans
ce cadre également, les sentiments varient. D'un côté, Albert
Speer (Heino Ferch) - l'architecte fétiche d'Hitler, tout
de même condamné à 20 ans de prison lors du procès de Nuremberg
- apparaît presque sympathique lorsqu'il avoue au Führer
sa "trahison"... De l'autre, les époux Goebbels (interprétés
par Corinna Harfouch et Ulrich Matthes) semblent des êtres
épouvantables de perfidie et détestables au possible. La
longue scène durant laquelle Magda Goebbels procède méthodiquement
à l'empoisonnement radical de ses six enfants s'affiche
ainsi comme le sommet de cette horreur.
Un
an après avoir dit au revoir de façon presque amusante à
Lénine et au régime totalitaire communiste (Good Bye Lenin
! de Wolfgang Becker), l'Allemagne tente cette fois-ci de
faire de même avec la page la plus sombre de son histoire.
Et cela ne semble pas aussi simple...
Vincent
Vantighem
Le
Quotidien du Cinéma
est également producteur d'un magazine radio
consacré au cinéma.
Retrouvez chaque samedi à partir de 14h "Les aventuriers
des salles obscures" sur Radio Campus, 106.6 FM ou sur
internet grâce au site : campuslille.com.
Qu'on se le dise...
|
|