Membre de ClickFR, Reseau francophone Paie-Par-Click
DOSSIERS ET INTERVIEWS - PORTRAITS - ARCHIVES - SERIES TELEVISEES - JEUX - SORTIES EN DVD - EDITORIAL - DERNIERES CRITIQUES
LA MAUVAISE EDUCATION

Un film de Pedro Almodovar avec Gael Garcia Bernal, Javier Camara, Fele Martinez, Daniel  Gimenez Cacho et Lluis Homar.

Sortie le 12 mai 2004.

Les images du film :   

Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l'amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années soixante. Le père Manolo, directeur de l'institution et professeur de littérature, est témoin et acteur de ces premières découvertes. Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l'un d'entre eux.

CANNES 2004

 

LA CRITIQUE DU FILM

La passion selon Almodovar…

A l’instar de son compatriote Luis Bunuel, Pedro Almodovar est un constructeur. Les derniers films du cinéaste madrilène nous avait prouvé qu’il était devenu un maître dans l’art de la narration débridée et audacieuse. La mauvaise éducation ne fait pas exception à la règle, mieux, avec ce nouvel opus, Almodovar va encore plus loin et nous offre un film jubilatoire dans sa construction malgré la noirceur du propos.

Raconter La mauvaise éducation relèverait de la bêtise pure. Cela priverait le spectateur des multiples surprises, de l’émotion grandissante que réserve le film. Disons simplement qu’Almodovar, à partir de trois personnages (deux élèves et un directeur de collège), va multiplier les couches fictives comme il en a le secret, usant du principe des « films dans le film ». Réaliser par un cinéaste lambda, l’entreprise pourrait devenir un ennuyeux exercice de style, désincarné et froid. Mais Almodovar, comme dans un tout autre registre De Palma, est un cinéaste physique et cérébral, d’où peut-être son succès auprès de la critique et du grand public.

Almodovar est un cinéaste de l’émotion pure (visuelle et auditive), utilisant toutes les ressources du romanesque, passant de l’outrance démesurée à la sobriété la plus touchante. Dans La mauvaise éducation, on retrouve tous les thèmes chers au cinéaste (l’homosexualité, le travestisme, l’identité, l’art comme nécessité vitale…). Il serait vain de lui faire un procès concernant sa vision de l’église catholique. Almodovar juge l’homme (un prêtre pédophile) pas l’institution. Tour à tour mélo, comédie musicale, film noir (clin d’œil à La bête humaine de Renoir et Thérèse Raquin de Carné…), Almodovar navigue brillamment entre les genres avec pour fil conducteur le poids de l’enfance. Comment échapper à son passé, comment guérir l’inguérissable ? Un seul mot, la passion. Celle du cinéma pour Enrique, celle de l’écriture pour Ignacio. Ce mot (Passion) finit par s’étaler en lettes énormes sur l’écran à la fin du film. Souffrances et humiliations mais continuer, comme Almodovar (est-ce son film le plus autobiographique ?), à réaliser des films avec passion.

Au-delà d’un film sur les pouvoirs de l’imagination (la construction du récit le prouve), Almodovar confère à La mauvaise éducation une noirceur inhabituelle, (déjà présente certes depuis La fleur de mon secret jusqu’à Parle avec elle, son chef-d’oeuvre…) malgré les éclats de fantaisies et de vies parsemés tout au long de ce nouvel opus passionnant et âpre.

Christophe Roussel

 

 

Après un très grand mélodrame (Tout sur ma mère) et ce qu'il convient d¹appeler, tous mots bien pesés, un authentique chef d'oeuvre (Parle avec elle), Pedro Almodovar semble revenir pour la première fois depuis le virage amorcé avec La fleur de mon secret à l¹outrance expressive qui fut sa marque de fabrique. Mais si ce nouvel opus regorge de couleurs, de travestis de cabaret, et de formes narratives débridées, la dominante est très noire et la tonalité, plutôt grave. C'est que le cinéaste espagnol s'attaque à un sujet de taille et de poids : l'ensemble du film tourne autour de la façon dont l'identité se construit, se détruit, se rêve, se fantasme ou se voit marquée à jamais par un traumatisme, en l'occurence un abus sexuel commis par un professeur de lettres ecclésiastique.

C'est autour de cette blessure fondatrice que tournent les souvenirs, la vie, les fantasmes, les mensonges, et les projets des deux hommes au coeur de La Mauvaise Éducation. Car l'une des surprises du film est ici : il s¹agit d'un film "d'hommes" - pas ou très peu de personnages féminins, de mémoire une première chez Almodovar. D'un point de vue stylistique, cet univers masculin (aux racines en partie autobiographiques) lui réussit particulièrement : la plupart des plans du film sont d¹une beauté à couper le souffle, les audaces formelles que s'autorise le cinéaste sont parfois vertigineuses et il s'y entend toujours autant pour mêler malaise et émotion dans la gorge du spectateur.

Toutefois, à mi-chemin, tout semble se passer comme si Almodovar se prenait au piège de sa propre virtuosité : au sommet de son art, le metteur en scène se permet tant de multiplications des pistes thématiques, de chausse-trappes et autres qu'il finit par perdre un peu son spectateur (qui reste néanmoins fasciné) et, plus grave, par noyer les aspects les plus personnels de son film, et avec eux finalement l'émotion. Il en ressort une sensation étrange (après tant de brio) d'inabouti.

Peut-être que La Mauvaise Éducation nécessitera de nombreuses visions avant de se donner vraiment (hypothèse optimiste). Certainement, surtout, qu'il est difficile pour un film de suivre dans la filmographie de son auteur une oeuvre immense comme Parle avec elle. Reste que La Mauvaise Éducation, en plus de constituer une ouverture cannoise bien plus digne que Fanfan la tulipe (facile !), mérite toute l'attention des aficionados d'Almodovar comme des autres : un film parfois passionnant, difficile à aimer pleinement, un faux retour aux sources en même temps qu¹un nouveau virage, une forme de déception qu¹on voudrait tout de même applaudir... Un cauchemar de critique !

Rémi Boîteux

 

 

On connaissait -et on admirait- Pedro Almodovar pour être le seul réalisateur à savoir parler aussi bien des femmes : le regard qu’il porte sur elles, qu’elles soient mères, femmes ou amantes, est empreint d’une telle justesse et d’une telle sensibilité qu’on ne peut qu’être sous le charme. Avec « la mauvaise éducation », on découvre un Pedro Almodovar tout aussi impressionnant dans un film qui parle d’hommes et qui, en l’absence de personnages féminins, n’en dégage pas moins une sensualité envoûtante au cœur de la noirceur.

Du point de vue du fond, « la mauvaise éducation » est une exploration d’une fabuleuse richesse de l’être humain car Pedro Almodovar ne se contente jamais d’effleurer la surface des choses : il creuse, il fouille pour saisir et traduire par des images magnifiques la complexité de la nature humaine. Mais ce qu’il y a de plus saisissant encore, c’est la beauté de la douleur et le désir bouillant qu’il arrive à faire ressortir à travers des thèmes aussi durs et tabous que l’homosexualité masculine, l’identité travestie, la pédophilie chez les prêtres, l’éducation et la difficulté à grandir quand les blessures tragiques de l’enfance sont comme un cancer latent. Mais son propos ne prend tout son sens que parce que Pedro Almodovar met la technique scénaristique au service de l’art : la forme est en parfaite osmose avec le fond et l’alchimie opère.

Grâce à une réalisation réfléchie, Pedro Almodovar rend compte de l’enchevêtrement des destins d’Enrique, d’Ignacio et du Père Manolo. Utilisant à bon escient la technique du film enchâssé dans un film, lui-même enchâssé dans le film, il crée un prisme de versions situées à des niveaux différents qui, par superposition, mettent peu à peu en lumière la face cachée de la sombre vérité. En ce sens, on peut dire que « La mauvaise éducation » n’est pas un film mais des films-gigognes qui s’ouvrent les uns après les autres, le plus petit (celui qui, à priori, a le moins d’importance) permettant de pénétrer au cœur des choses et de remonter ensuite le fil de l’histoire. Cette construction complexe mais très réussie génère en outre un suspense prenant qui happe d’entrée le spectateur pour ne plus le lâcher.

Et le casting est à la hauteur de ce Film avec un grand F : les 3 acteurs principaux font plus qu’incarner leurs personnages respectifs – ce qu’ils font d’ailleurs de manière remarquable-, ils traduisent visuellement les relations souterraines qui les unissent les uns aux autres. Néanmoins, il convient de s’attarder sur la fascinante composition de Gael Garcia Bernal qui, en se servant de son physique d’Adonis, réussit à porter sur ses épaules la crédibilité d’un personnage à l’identité travestie : il apparaît comme « la femme fatale » par qui le Mal arrive. Gael Garcia Bernal est la pierre angulaire d’un film où l’homosexualité masculine, les sévices sexuels, le désir extrême et la passion dans ce qu’elle a de plus absolu s’entrechoquent et s’entrelacent.

Etrangement, si le cœur des spectateurs se porte naturellement vers « Tout sur ma mère » ou « Parle avec elle », le mien va à « La mauvaise éducation », peut-être parce que Pedro Almodovar fait saillir de manière vraie et avec une beauté noire, la part ténue de féminité inhérente à l’homme.

Nathalie Debavelaere.

 

 

 

NOTES DE PRODUCTION : REFLEXIONS DE PEDRO ALMODOVAR SUR SON FILM

Une véritable obsession

Je devais faire ce film, je devais me l'enlever de la tête avant que ça ne tourne à l'obsession. J'avais remanié le scénario pendant plus de dix ans, et ça pouvait continuer comme ça dix ans de plus. Vu la quantité de combinaisons possibles, la trame de "La mauvaise éducation " ne pouvait pas finir de s'écrire qu'une fois le film tourné, monté et mixé.

Film intime mais pas autobiographique

C'est un film très intime, mais pas exactement autobiographique, je veux dire que je ne raconte pas ma vie au collège ni ce que j'ai appris pendant les premières années de la "movida", bien que ce soit les deux périodes durant lesquelles se déroule l'intrigue (en 64 et en 80, avec une incursion en 77). Il est certain que mes souvenirs ont été importants au moment de l'écriture du scénario, puisque j'ai vécu dans les lieux et les époques où se passe l'intrigue.

Une vieille rancoeur contre l'Eglise ?

le film n'est pas un règlement de comptes avec les curés qu m'ont mal élevé ni avec le clergé en général. Si j'avais eu besoin de me venger, je n'aurais pas attendu quarante ans pour le faire. L'Eglise ne m'intéresse pas, pas même comme adversaire.

La Movida, période idéale ?

Le film ne prétend pas non plus être une réflexion sur la "movida" madrilène du début des années 80, bien qu'une grande partie se passe dans le Madrid de cette époque. Ce qui m'intéresse dans ce moment historique est l'ivresse de liberté que vivait l'Espagne, en opposition à l'obscurantisme et à la répression des années 60. Le début des années 80 est, pour cette raison, le cadre idéal pour que les protagonistes, devenus adultes, soient maîtres de leur destin, de leur corps et de leurs désirs.

Film noir mais vision non manichéenne

Le film n'est pas une comédie, en dépit de son humour, ni une comédie musicale jouée par des enfants bien qu'il y ait des enfants qui chantent. C'est un film noir, du moins c'est ainsi que j'aime le considérer. Dans les films noirs, il ne peut ne pas y avoir de policiers, ni de pistolets, ni même aucune violence physique, mais il doit y avoir des mensonges et de la fatalité, qualités que normalement incarne une femme : la femme fatale. Dans "La mauvaise éducation", la femme fatale est un enfant terrible, le personnage interprété par Gael Garcia Bernal. "La mauvaise éducation " est à l'opposé d'un film de bons et de méchants. En tout cas je ne juge pas les personnages, quoi qu'ils fassent, mon travail consiste à les "représenter", à les "expliquer dans leur complexité" et réussir à faire un spectacle amusant avec tout cela; Il n'est pas bon pour un film que le réalisateur juge ses personnages, même s'ils commettent des choses atroces.

La prédominance de la voix off

La voix off sert à expliquer ce qui ne se voit pas et à accélérer le rythme de la narration. C'est comme si un personnage du film te rendait visite, s'asseyait de l'autre côté de la table pour te raconter en quelques mots une partie de son histoire. La voix off m'est devenue indispensable pour aller d'une histoire à une autre, d'une époque à une autre.

(Sources consultées : dossier de presse Pathé Distribution).

 

 

PORTRAIT

Pedro Almodovar est né à Calzada de Calatrava, dans la province de Ciudad Real, en 1949. A l'âge de 8 ans, il émigre avec sa famille en Estrémadure. Il étudie jusqu'au baccalauréat avec les pères salésiens et franciscains, qu'il n'apprécie pas trop. Sa mauvaise éducation religieuse ne lui apprendra en fait qu'à perdre sa foi en Dieu. C'est à cette période, à Caceres, qu'il commence à aller au cinéma de manière quasi obsessive.

A 16 ans, il s'installe à Madrid, seul et sans argent, mais avec un projet très concret : étudier le cinéma et en faire. Impossible néanmoins de s'inscrire à l'Ecole Officielle du Cinéma, Franco venant de la fermer. Almodovar se contentera dès lors de vivre sa vie. Nous sommes alors à la fin des années 60 et, malgré la dictature, Madrid représente, pour un adolescent de province, la ville de la culture et de la liberté. Pedro Almodovar fait alors toutes sortes de petits boulots, mais ne réussira à se payer sa première caméra super-huit que lorsqu'il décrochera son premier job «sérieux» à la Compagnie Nationale Espagnole du Téléphone. Il y passera douze ans en tant qu'auxiliaire administratif. Des années durant lesquelles il sera en contact direct avec la classe moyenne espagnole au début de la société de consommation. Ses drames, ses misères. Le soir, Pedro écrit, aime, fait du théâtre avec Los Goliardos (Les débauchés), tourne des films en super-huit, dont certaisn relativement peu recommandables aux jeunes filles de bonne famille. Il collabore à diverses revues underground, écrit des récits, fait partie d'un groupe de punk-rock parodique, Almodovar y McNamara.

La sortie de son premier «vrai» film, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (dont le tournage a pris plus d'un an et demi) coïncide avec le début de la démocratie, relayée par un mouvement culturel qui fera long feu, la célèbre Movida. A partir de ce moment-là, Almodovar tourne relativement régulièrement, son cercle de fans s'élargissant progressivement jusqu'à finir par dépasser les frontières au moment de Matador, qui révèle également Antonio Banderas, déjà présent dans l'écurie Almodovar depuis Labyrinthe des passions. Mais le film qui fait littéralement exploser Almodovar sur la scène mondiale sera Femmes au bord de la crise de nerfs, avec Carmen Maura et Rossy De Palma, dès lors propulsées stars du cinéma espagnol. Baroque, kitsch, parodique, sensuel et terriblement romantique, tout a été dit sur le cinéma de Pedro Almodovar, qui, l'âge aidant, commence seulement à se calmer...

Ainsi, après les fantasmes de Talons aiguilles (son plus grand succès à ce jour) et les délires visuels de Kika, dans lequel Victoria Abril incarnait une présentatrice de télévision d'un genre radicalement nouveau, La fleur de mon secret était plus introspectif, plus tendre et visuellement moins exubérant... En chair et en os a marqué un tournant dans la carrière de Pedro Almodovar, puisque celui-ci envisageait alors de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis.

Avec Tout sur ma mère, Pedro Almodovar rafle un nombre impressionnant de prix : Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar et César du Meilleur film étranger, Golden Globe ou encore sept Goya. Trois ans après, le même sort lui est réservé avec Parle avec elle, et mieux encore : Oscar du Meilleur scénario, cinq prix EFA, deux BAFTA, le Nastro d'Argento, le César et beaucoup d'autres prix partout dans le monde... sauf en Espagne. Almodovar revient derrière la caméra en 2004 avec La Mauvaise éducation, présenté en ouverture du Festival de Cannes.

Benjamin Frachon

(Sources consultées : dossier de presse Pathé Distribution).

 

 

FILMOGRAPHIE

1980 Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton (Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier)

1982 Laberinto de los pasiones (Labyrinthe des passions)

1983 Entre tinieblas (Dans les ténèbres)

1984 Que he hecho yo para merecer esto ? (Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?)

1985 Matador

1986 La ley del deseo (La loi du désir)

1987 Mujeres al borde de un ataco de nervios (Femmes au bord de la crise de nerfs)

1989 ¡ Atame ! (Attache-moi !)

1991 Tacones lejanos (Talons aiguilles)

1993 Kika

1995 La flor de mi segreto (La fleur de mon secret)

1997 Carne tremula (En chair et en os)

1998 Todo sobre mi madre (Tout sur ma mère)

2001 Hable con ella (Parle avec elle)

El Espinazo del diablo (L'échine du diable)

2003 La Mala educacion (La mauvaise éducation)

 

Le Quotidien du Cinéma est également producteur d'un magazine radio consacré au cinéma. Retrouvez chaque samedi à partir de 14h "Les aventuriers des salles obscures" sur Radio Campus, 106.6 FM à Lille ou sur internet grâce au site : campuslille.com. Qu'on se le dise...

 

Les plus grands cycles consacrés au 7è art.

Le samedi de 14h à 15h en direct sur Radio Campus, 106.6 FM à Lille et sur internet avec radiocinema.

   
Le Magazine des Séries - Cinéphoto

Le site - L'équipe - Contact - Partenaires - Mentions légales

COPYRIGHT - WWW.LEQUOTIDIENDUCINEMA.COM - 2003/2006 - HEBERGEUR : OVH