14 novembre 2018
Critiques

Le Grand Bain : La banane assurée !

"Le Grand Bain", un film qui m'a mis l'eau à la bouche par son casting et la promesse d'un thème hilarant ! Cinq quadragénaires de classe moyenne victimes de leur petite vie imparfaite, routinière et anonyme (avec son lot d'échecs) retrouvent fierté et mordant grâce à leur club de natation synchronisée.

D'abord, comment ne pas mourir de rire face à une bande de mecs en slip, bonnet de bain et pince nez qui se trémousse de manière disgracieuse et désordonnée ? Monter une équipe masculine de natation synchronisée : un challenge surréaliste qui fait penser aux pitch de "Rasta Rockett" ou des "Reines du Ring".

En troquant le smoking à ses acteurs par un simple maillot de bain, Gilles Lellouche met ses acteurs à nu et laisse de côté cette virilité abusive et machiste que l'on voit si souvent au cinéma. L'occasion de découvrir des hommes sensibles où la dynamique de groupe servira de thérapie dans l'intimité des coulisses, aux vestiaires ou au sauna lorsque tous se livrent sur leurs problèmes dès la fin de la séance.

Ces messieurs joués par Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoit Poelvoorde, Jean Hugues Anglade, Philippe Katerine et Felix Moati, incarnent de nombreuses facettes de la faiblesse humaine. Dépressif de longue date, père empêchant et fermé, patron roublard qui coule sa boite, rockeur raté et marginal, gros nounours naïf et souvent moqué et grand anxieux sous médocs ; Le Grand Bain dépeint la solitude de chaque personnage en abordant des thèmes qui toucheront le plus grand nombre : manque d'ambition, dépression, alcoolisme, chômage, faillite, solitude, échec, angoisse et rejet. Chaque acteur a un rôle qui lui va comme un gant et aucun ne vole la couverture à l'autre. Si Mathieu Amalric apparaît comme le personnage principal en ouvrant la première scène, Gilles Lellouche nous offre une merveilleuse galerie de portraits avec notamment des rôles féminins décisifs Léila Bekhti en coach féroce et tortionnaire et sa binôme rivale Virginie Effira en tendre écorchée vive.

La beauté et la réussite de ce film tiennent du fait que ce mélange de médiocrité va voler en éclat grâce à la magie du sport collectif et se transformer peu à peu en une puissante vague d'énergie positive et de solidarité redonnant le panache mérité à chacun des protagonistes. Cet espace collectif va aider chaque personnage à sortir la tête de l'eau, à délaisser son costume d'incapable pour franchir les obstacles de la vie et mieux s'assumer face au regard des autres. Ceci allant jusqu'à envoyer bouler les conventions à la manière d'un bulldozer (en passant : bravo Marina Foïs pour cette super scène cathartique du supermarché).

Cette équipe de tendres loosers gagne en envergure au fur et à mesure que leur amitié se soude et que leur envie de gagner les transporte. C'est cette puissance crée par le collectif qui laisse le spectateur rêveur lorsque les lumières de la salle se rallument. La Bo est plus que galvanisante avec des chansons entrainantes des années 80 comme Tear for Fears, Phil Collins, Olivia Newton John, Chemise, Marquee Moon, Vangelis et bien d'autres. On notera notamment le merveilleux moment de la représentation finale du championnat du monde avec ce curieux mélange entre une scène de "Rocky" et de l'Eurovision.

"Le Grand Bain" est film très drôle, humain, généreux, touchant qui parle de rêves et de désirs féroces mais qui prouve aussi que la solidarité, la gnaque et l'acceptation de soi sont plus souvent plus importants que le succès et la prospérité. 
Auteur :Clémence Leroy
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