14 novembre 2018
Critiques

Le Grand Jeu : Le grand bluff

En ce début d'année, ce qui motivera les spectateurs d'aller voir Le grand jeu tient en deux points : Jessica Chastain, impériale dans chacun de ses rôles et Aaron Sorkin, scénariste ô combien populaire et talentueux, connu du grand public depuis "The Social Network". Si l'ensemble nous rend rêveur, la copie n'en prend pas l'ampleur. Après l'ascension de Facebook et celle du fondateur d'Apple, Sorkin, passé maître dans l'art du biopic présupposé gonflant, manque ici celui de la reine du poker. 

Fidèle à sa verve unique, dense et singulière, Sorkin oublie de mettre en scène son propos et se contente de réciter ses gammes, sans offrir de corps à son ensemble. La comparaison avec ses collaborations passées se fait d'elle même, Fincher ou Boyle mettaient en exergue la puissance de ses joutes verbales grâce à une mise en scène minimaliste et remarquable.

Ainsi, on se retrouve au cœur d'une histoire possiblement palpitante, certains parlent même de « Loup de Wall Street au féminin », sans l'ambition, avec une Molly Bloom omniprésente durant plus de deux heures mais toujours aussi confuse à la fin. La faute à un acteur trop présent, le poker et ses termes techniques, ne desservant ni le récit ni Molly.

Au terme de ce « grand jeu » personne n'est gagnant, ni Sorkin, qui a démontré ses limites, ni Chastain ou Elba mal exploités, qui s'en sortent uniquement par leurs présences. Quant au spectateur, s'il ne s'est pas endormi, en ressortira avec le sentiment de s'être fait plumer. Finalement Sorkin réussit le bluff total.

Auteur :Hubert Wiart
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