17 novembre 2018
Critiques

Le Sens de la Fête : La comédie de l’année

Casting impeccable, dialogues ciselés et Bacri au top. Toledano et Nakache font encore mouche : Le Sens de la Fête est probablement la comédie de 2017.

Max est un organisateur de mariage en fin de piste – on pourrait l'appeler un Wedding Planner si l'intitulé ne nous renvoyait pas à une multitude de comédies romantiques minables – il gère tout de A à Z : banquet, musique, personnel, déco et animations en tous genres. A sa disposition, une équipe de joyeux bras cassés, plus ou moins déclarés, plus ou moins compétents également. Nous suivrons Max pendant vingt-quatre heures, des premières dispositions florales jusqu'à l'aube, jamais loin de la catastrophe, toujours au bord de la crise de nerfs, toujours émouvant.

La réussite du film tient à beaucoup de choses – qu'on se le dise, tout est réussi - mais principalement au génie de son casting. Jean-Pierre Bacri est formidable. On dira ce qu'on voudra…et même s'il joue ici ce rôle de bougon que l'on connaît par cœur, qu'est-ce qu'on aurait aimé voir ce type ailleurs, dans un autre cinéma, sans Agnès Jaoui par exemple... Mais mieux vaut tard que jamais, d'autant qu'ici, il est bien entouré : Eric Toledano et Olivier Nakache piochent allègrement dans ce qui se fait de mieux dans chaque famille du cinéma français : ici un Vincent Macaigne, superbe acteur lunaire, vu dans à peu près tout ce qui s'est fait de premier film indépendant ces cinq dernières années. Ici un Alban Ivanov, humoriste talentueux et nouveau maître de cérémonie du Jamel Comedy Club. Ici un Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française, qui prend le temps de tourner deux ou trois films entre deux représentations de Tchekhov…ou même Suzanne Clément, connue en France pour trois choses : Dolan, Dolan et Dolan.

Tout ce petit monde cohabite, travaille ensemble avec difficulté, se frictionne pour finalement trouver un semblant de cohésion fragile. Comment faire collaborer une assistante téméraire mais brutale (Eye Haidira) et un DJ de remplacement ringard qui massacre Ramazotti (Gilles Lellouche, au top). Comment un photographe old school (Jean-Paul Rouve), fondamentalement réfractaire à la photo numérique, peut-il garder son calme à l'heure où les photos fusent sur Snapchat ? De ces paradoxes naissent des dialogues fins et travaillés, grâce auxquels le film tape vraiment juste.

A mi-chemin entre la grosse artillerie TF1 et la pastille arté sophistiquée, Le Sens de la Fête assoit un peu plus le duo au sommet de la comédie Française, ils ne l'ont pas volé car leur recette fonctionne une fois de plus : un énorme travail de dialogue, un soin formel indéniable, des moments de grâce, aériens (c'est le cas de le dire ici)…

Ces deux types à la filmographie encore franchement mince réussissent une prouesse depuis maintenant onze ans : faire des comédies populaires, avec plein de cinéma dedans. Nul doute que Le Sens de la Fête va cartonner et ce sera mérité. Peut-être – et nous fantasmons un peu – qu'ils feront passer ce message auprès des autres tâcherons du cinéma français…faire des comédies c'est un peu comme réussir à l'école : c'est plus simple quand on travaille un peu.
Auteur :Mickaël Vrignaud
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