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LE FILS

Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Olivier Gourmet, Morgan Marinne, Isabella Soupart et Remy Renaud.

Sortie le 23 octobre 2002.

 

 

 

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Un homme et un adolescent. Le deuxième a tué le fils du premier. Ils se retrouvent dans le même atelier de menuiserie. Le pardon est-il possible ?

1°)AVIS

La promesse et Rosetta, deux films qui en quelques années ont fait sortir de l'ombre un duo de frères belges, nouveau espoir d'un cinéma moribond. Simple, touchant et dur à la fois, le cinéma des frères Dardenne pioche dans une réalité souvent sordide des petits éclats de chaleur et d'humanité. A la foi document et cinéma, chacun de leurs films va chercher dans la boue d'une société égoïste une peu de cet or qui continue de lier entre eux ses acteurs. Olivier est formateur dans un centre de réinsertion pour jeunes délinquants. Son domaine, c'est la menuiserie, les bois n'ont aucun secret pour lui et ses nombreux outils sont autant d'amis fidèles. Son dos fragile l'oblige à porter une ceinture spéciale et à faire des exercices quotidiens. Le drame de sa vie a eu lieu quelques années plus tôt : son fils a été tué par un petit voyou. Ce jour-là, alors qu'il s'apprête à travailler dans son atelier avec ses apprentis, Olivier découvre que le meurtrier de son fils vient d'arriver dans son centre. Après quelques jours, Olivier apprenant ses déboires en atelier métallurgie, décide de le prendre dans son atelier.

C'est un film à l'image des personnages qu'il présente : brut, simple direct. Formellement, le film plonge directement le spectateur au coeur de l'histoire qu'il relate. La caméra des frères Dardenne colle aux acteurs, toujours cadré très près de leur visages, de leurs têtes, se risquant même à filmer les protagonistes de trois quart arrière pendant la plupart du film. Ce parti pris, s'il intègre directement les spectateurs à l'action participe aussi au malaise qui entoure tout le début du film.

Les mots sont rares comme souvent chez les deux frères (on se souvient de Rosetta qui s'agitait de même beaucoup pour en dire peu), les gestes les remplacent. Paroles corporelles volontaires ou non qui en disent parfois beaucoup plus que quelques mots maladroits. Après tout, Olivier est menuisier, il est naturel que son corps en dise davantage que ses mots. Magnifique réflexion sur le pardon et la longue route qui y mène, Le fils est également un film d'une pureté formelle rare. Bien entendu, Olivier Gourmet mérite largement son prix d'interprétation cannois. Dense et très touchant, il compose un menuisier très humain, dans ses faiblesses comme dans ses convictions.

Un cinéma aussi dépouillé, dé-nudé de son côté factice et superficiel rend aux personnages leur caractère premier et primordial. Le cadre n'explore jamais le paysage au-delà des visages des protagonistes principaux, fouillant et creusant les visages pour montrer le non-dit, cherchant dans les yeux les mots qui ne seront pas prononcés. Histoire dense, Le fils est également un beau récit en même temps qu'une leçon de cinéma.

Guillaume Branquart

 

2°)AVIS

La grande illusion...

Rosetta montrait comment la recherche d'un emploi entraînait un processus de déshumanisation. Rosetta était une guerrière prête à tuer pour obtenir un travail. Le fils suit le chemin inverse, celui de l'humanisation. Comme Rosetta, Olivier, formateur en menuiserie, est une machine dont les journées sont rythmées par la répétition des mêmes gestes. De nouveau, les Dardenne présentent un personnage de survivant, traumatisé par la mort de son fils, à partir duquel ils vont s'évertuer à chercher l'humain, le geste inattendu et surtout inexplicable.

Les personnages des frères Dardenne sont des corps en mouvement qui ne s'arrêtent jamais comme si pour eux, s'arrêter signifiait réfléchir ou mourir. On aimerait bien qu'Olivier réfléchisse un peu à l'acte qu'il est en train de commettre. Répondant à son ex-femme, il dira simplement " je ne sais pas pourquoi je fais ça... ". Cette machine humaine si bien rodée est bousculée le jour où apparaît dans son atelier un jeune homme qui n'est autre que l'assassin de son fils. Il le guette, le suit jusque chez lui, le regarde travailler, l'observe. Les Dardenne savent créer un climat angoissant comme dans Rosetta. Que va faire Olivier, quand va-t-il lui avouer qu'il est le père du jeune garçon que Francis a tué?

A partir d'un récit minimaliste, ils usent une nouvelle fois du cinéma-vérité et nous plongent dans le quotidien d'un atelier de menuiserie. Olivier va former l'assassin de son fils dans le silence avant de lui avouer sa véritable identité. Et c'est tout. Dire que l'on ne retrouve pas la force et l'émotion qui émanaient de La promesse et de Rosetta est peu dire. Le fils, pourtant terriblement incarné par un magnifique Olivier Gourmet, n'émeut jamais, pire encore, il indiffère et ennuie. Les Dardenne utilise de nouveau le filmage de Rosetta: une caméra au plus près des visages (de la nuque surtout...) qui suit le personnage principal dans ses moindres déambulations. Alors qu'il y avait une totale cohérence entre la forme et le fond dans Rosetta, on a sans cesse l'impression que les cinéastes utilisent un système qui a fait recette (un milieu social bien précis, un personnage aux agissements troubles, un final d'un positivisme radical le tout filmé caméra à l'épaule...) qui prive ce film d'une véritable sincérité et le rend moins bouleversant que les deux autres.

Ce qui gêne aussi est le côté démonstratif du Fils avec des scènes lourdes de sens comme celle où Olivier parvient en un coup d'oeil à donner la distance exacte qui le sépare du jeune Francis, ce dernier constatant l'exactitude du chiffre après vérification. La distance entre ces deux êtres, leur possible rapprochement...voilà bien ce qui intéressent les frères Dardenne. Mais si on veut bien admettre qu'un père puisse pardonner à cet enfant assassin, le dernier plan qui les montre travaillant ensemble est d'un humanisme que je qualifierai volontiers de douteux. Il faut vraiment avoir une foi inébranlable et croire en la nature humaine pour admettre cette situation complètement inexplicable et d'ailleurs inexpliquée.

Les Dardenne ne cherchent pas à comprendre, ils veulent seulement montrer de quoi est capable l'être humain. L'entreprise est louable, certes, et même courageuse. Mais l'essentiel de ce face-à-face quasi silencieux se résume au travail dans l'atelier de menuiserie, rapprochant le film plus que jamais du documentaire. Il y a une vérité, une authenticité qui émanent de ces longues séquences mais on se dit que le vrai sujet du Fils n'est pas traité et que le film s'achève au moment où notre intérêt grandit, au moment même où l'histoire devrait démarrer et nous captiver.

Sur le thème de la rédemption et du pardon, on a vu plus nuancé et plus explicite. Redécouvrez par exemple le mésestimé deuxième film de Sean Penn, Crossing guard, autrement plus efficace et émouvant.

Christophe Roussel

 

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