16 décembre 2018
Critiques En Une

L’Empereur de Paris : Le petit bagnard

A l’instar du dyptique "Mesrine", L’Empereur de Paris" se présente comme un film que l’on a envie de défendre très fort avant même d’avoir posé un orteil en salles. Parce qu’il s’agit d’un pari de cinéma audacieux dans le contexte d’un cinéma français qui manque encore d’allant pour contredire ses prescripteurs.

Parce qu’il marque la réunion de deux anciens emblématiques (Jean-François Richet et Vincent Cassel) de la génération d’enfants terribles qui débarqua dans le paysage hexagonal à la fin des années 90. Et parce que le film s’attaque à une figure de patrimoine (François Vidocq) dont le potentiel contre culturel ne demande qu’à s’exprimer au sein d’une production d’envergure. Et comme "Mesrine", la déception est proportionnelle aux espoirs que l’on avait placés en lui.

Quand bien même les derniers films du réalisateur nous incitent davantage à raisonner les attentes que l’on peut placer dans ses projets qu’à les attendre avec ardeur, "L’Empereur de Paris" réussit à nous surprendre devant son inconsistance. Se concentrant sur les premiers pas du bagnard dans la police de Fouchet, le film démarre pourtant plutôt bien avec son entrée en matière qui conjugue une brutalité bienvenue à une construction visuelle ambitieuse. Las, "L’Empereur de Paris" s’enfonce très vite dans tous ce que le « gros » cinéma français peut compter de poncifs. Handicapé par un scénario elliptique qui ne sait jamais ménager une trajectoire cohérente à son personnage (personnages inutiles, sous-intrigues qui ne débouchent sur rien, mise en place poussive), le long-métrage souffre en outre l’approche naturaliste du réalisateur.

Visiblement désireux de ne pas jouer les nouveaux riches avec les moyens pourtant conséquents dont a bénéficié la reconstitution, Richet choisit de filmer à plat(ement) ses personnages dans un décor neutralisé de tout potentiel évocateur. Il faut voir la rencontre entre Cassel et Luchini, moment crucial du long-métrage et choc de présences que le cinéaste capture majoritairement au sein d’un même plan américain dénué de tout enjeux, pour se rendre compte des limites inhérentes aux parti-pris de Richet.

Ainsi, le film ne fait pas que se priver de l’ampleur réclamée par son sujet. En échouant à inscrire son personnage dans le décors, "L’Empereur de Paris" fait de Vidocq une créature hors-sol, contraint d’oraliser sa problématique pour se connecter à son contexte historique. Un échec sur toute la ligne donc, à plus forte raisons à l’aune des ambitions affichées par un film qui incite davantage à réévaluer "Les Brigades du Tigre", autre film d’aventures puisant dans le patrimoine céfran, qu’à le ranger au rang des vestiges d’une époque révolue…

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