Un
film à l'image d'un rêve d'enfant qui se réalise...
Elsa est une
gamine livrée à elle-même qui rêve d'un MacDo et d'un ciné avec
sa maman après les cours. Mais sa maman a des " impératifs " :
personne ne vient attendre Elsa à la sortie de l'école. Un jour,
Julien, un voisin de son immeuble, recueille Elsa chez lui après
les cours en attendant sa maman. Mais le vieil homme un peu "
ours " n'a pas vraiment l'habitude de s'occuper d'une petite fille
de 8 ans qui n'a jamais vu la Nature autrement que sur un calendrier,
et qui est fascinée par sa collection de papillons. Le rêve de
Julien, c'est de découvrir un papillon rarissime, l'Isabelle,
une espèce très rare, qui est devenue son unique raison de vivre.
Il part donc faire un voyage de quelques jours dans les montagnes
du Vercors pour tenter de voir aboutir son rêve. Mais ce qu'il
ignore, c'est qu'Elsa, " Poil-de-Carotte " au féminin esseulée
dont le rêve est de voir la Nature en vrai, s'est invitée à ce
voyage sans y être conviée...
Et voilà nos
deux compères, duo pour le moins insolite, partis pour une longue
balade en montagne. A priori, ces deux-là n'ont pas grand-chose
en commun, mais comme l'a dit Susanna Tamaro dans "Va où ton cœur
te porte", l'enfance et la vieillesse se ressemblent, dans les
deux cas, pour des raisons différentes, on est plutôt désarmé.
"Le papillon" est un voyage au cœur de la vie pour deux générations
qui vont finir par se rapprocher : pas à pas, ils vont se chercher,
se trouver, devenir inséparables. L'un se voit porté aux nues
par les yeux émerveillés d'une petite fille qui boit les paroles
de "son Papy", l'autre voit en ce vieux Monsieur celui qu'elle
aimerait tant appeler "Papy, son Papy". Il faut dire que Julien,
finalement, se révèle être le "Papy" qu'on voudrait tous avoir,
malgré ses airs bougons, sa mine renfrognée et son côté pince-sans-rire.
Et comment ne pas se laisser attendrir par cette fillette qui
pose dix mille questions, qui sort des "Pourquoi?" à tout bout
de champ.

Les fêlures
de leur existence laissent la place à une amitié qui se lit dans
les yeux et dans les gestes. Des images magnifiques qui prônent
un retour aux sources et aux plaisirs simples de la vie, un Michel
Serrault aussi charismatique que humble, une Claire Bouanich qui
fait là ses débuts (prometteurs) au cinéma et qui est craquante
de spontanéité, de fraîcheur et d'innocence, une mise en scène
sans artifice, font du "Papillon" un film, où, le bonheur, c'est
de ne jamais regarder en arrière. Et puis, il y a les expressions
à croquer de cette gamine qui n'a pas encore eu la chance de goûter
la vie. Avec une maman "aide-soigneuse" tout le temps absente,
elle a peur d'être mise à la "CASSE" (= la DDASS). Pour elle,
l'Isabelle est une "marque" de papillon qui, au départ, était
une chenille dans un "chrysanthème" (= une chrysalide), et qui,
devenue adulte, "fait l'aumône" pour attirer le mâle ! (= attire
le mâle avec ses phéromones). Mais quand Julien explique certaines
choses de la vie à Elsa avec des répliques savoureuses, c'est
un vrai plaisir pour nous spectateurs d'assister à une telle complicité.
On vous avez déjà dit, à vous, que "Les étoiles filantes, c'est
le bon Dieu qui perd ses cheveux", que "Liberté, égalité, fraternité,
ça sonne bien mais ça fonctionne mal" ? Les élans du cœur de ces
deux êtres qui souffrent de la solitude font la force de ce film
où le fossé entre les générations devient inexistant.
Transcendé
par des images poétiques et grâce au mélange subtil de tendresse
et d'humour et aux élans du cœur de deux êtres souffrant de la
solitude, "le papillon" est comme une envolée divine qui porte
haut les couleurs de la vie avec ce formidable hommage aux valeurs
vraies et authentiques, notre société envahie par le modernisme
et la technique à outrance se prend une belle claque dans la figure
! Parfois, à l'image de Julien et d'Elsa, on va chercher loin
ce qu'on a sous les yeux mais, comme l'a dit si justement un célèbre
écrivain : "l'amour c'est comme un papillon, il est hors de portée
quand on le chasse; mais si on le laisse tranquille, il peut très
bien venir se poser sur notre épaule".
Un film coup
de cœur à ne manquer sous aucun prétexte ! Merci Monsieur Muyl
pour ce grand moment de cinéma. Au fait, vous connaissez la recette
des œufs au chocolat ? "C'est comme des œufs au plat, mais avec
du Nesquik dessus" !
Nathalie Debavelaere
Le
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