Frustré de ne pouvoir gouverner en maître absolu sur le
royaume de France avant sa majorité, celui que l'histoire retiendra
sous le nom de Roi-Soleil se réfugie dans les arts et plus particulièrement
dans la danse à travers laquelle il s'exprime pleinement. Pour
le seconder, il s'offre les services de Lully, un musicien italien
fils de meunier qu'il attire à la cour afin qu'il compose des
ballets à sa gloire. Les années passent, Lully, dont l'avenir
reste supendu au bon vouloir du roi devient le colporteur de
l'image de grandeur de la France et de son roi pour lequel il
compose des ballets toujours plus élaborés… jusqu'au jour où
le roi cesse de danser. Avec Molière, autre "protégé" du Roi-Soleil,
Lully se met alors à imaginer des spectacles toujours plus ambitieux
pas toujours exempts de portée politique. Entre jalousie, compromissions,
passions et fidélité aveugle envers le roi, Lully continue de
composer pour conserver son statut et l'estime de ce roi qu'il
aime tant.
Ni
film d'histoire, ni film d'artiste, il faut plutôt rechercher
l'originalité de "Le Roi danse" dans la mise en parallèle
des destins de trois hommes d'ordinaire approchés séparément
par l'histoire : Molière, Lully et Louis XIV. De ce trio d'hommes
qui, chacun dans son domaine, va marquer l'histoire de France,
on apprend beaucoup. Gérard Corbiau, réalisateur du Maître de
musique et de Farinelli, n'hésite pas à accorder autant d'attention
à l'univers artistique qu'à l'univers historique et politique
remettant ainsi dans leurs contextes des oeuvres de premier
ordre commme le Tartuffe et Le Bourgeois Gentilhomme de Molière
ou le Ballet de la Nuit et l'Alceste de Lully, tout en évitant,
par la même occasion, de donner naissance à un film historique
qui aurait pu se révéler aussi guindé qu'ennuyeux.
Le
réalisateur nous présente ces personnages comme de simples hommes
avec leurs rêves, leurs espérances et leurs faiblesses, à la
fois forts et fragiles. La minutie de la reconstitution, éblouissante,
ne contrarie en rien la précision du récit. On découvre un Louis
XIV artiste, qui a su s'entourer d'une cour d'artistes talentueux
et leur insuffler une force créatrice commune, un roi sans lequel
la France n'aurait peut-être pas rayonné aussi fortement. Lully
devient au fur et à mesure le responsable de la "communication"
et de la publicité du roi allant même jusqu'à évincer son ami
Molière et ses mots au profit de la seule musique (sompteuse
scène de la mort de l'acteur-écrivain au cours de laquelle les
dialogues sont peu à peu supplantés par l'insistance de la musique).
Derrière
l'évolution artistique se dessine la grande histoire, évoquée
par petites touches et toujours présente en toile de fond, l'art
devenant un moyen, dans l'optique de Gérard Corbiau, un moyen
de réagir aux évènements de l'époque. Outre l'indéniable réussite
artistique qu'il constitue, "Le Roi danse" réhabilite
également la place de l'art dans l'histoire de l'époque et donne
une profondeur bienvenue aux images réductrices que l'histoire
a pu garder des ces trois hommes.
Tout
ceci est, bien sûr, rendu possible grâce à l'engagement des
trois interprètes principaux : Benoît Magimel étonnant en Louis
XIV danseur, Tchéky Karyo très bon en Molière sobre et magnifique
et Boris Terral qui confère à Lully une impressionnante rage
tant extérieure qu'intérieure.
Un
film qu'on conseillera autant aux cinéphiles qu'aux mélomanes
ou à ceux qui voudraient parfaire leurs connaissances artistiques
et historiques.
Guillaume
Branquart
Le
Quotidien du Cinéma est également producteur
d'un magazine radio consacré au cinéma. Retrouvez
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