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LE ROI DANSE

Un film de Gérard Corbiau avec Benoît Magimel, Boris Terral, Tchéky Karyo et Bernard Fresson.

 

 

 

Sortie le 06 décembre 2000.

A quatorze ans, Louis XIV sait qu'il regnera un jour mais sait aussi que l'on fera tout pour l'empecher de gouverner. Il en est complexe. Par la danse, ou le jeune roi excelle, et grace a la musique qu'il compose pour lui, Lully le revele a lui-meme puis au monde. Louis devient le Roi-Soleil. Lully et Moliere sont les grands ordonnateurs de la magie de son regne. Mais Lully aime le roi d'un amour fou et platonique et croit que celui-ci ne peut se passer de lui. Son aveuglement le perdra et Lully, apres Moliere, basculera dans la nuit.

Frustré de ne pouvoir gouverner en maître absolu sur le royaume de France avant sa majorité, celui que l'histoire retiendra sous le nom de Roi-Soleil se réfugie dans les arts et plus particulièrement dans la danse à travers laquelle il s'exprime pleinement. Pour le seconder, il s'offre les services de Lully, un musicien italien fils de meunier qu'il attire à la cour afin qu'il compose des ballets à sa gloire. Les années passent, Lully, dont l'avenir reste supendu au bon vouloir du roi devient le colporteur de l'image de grandeur de la France et de son roi pour lequel il compose des ballets toujours plus élaborés… jusqu'au jour où le roi cesse de danser. Avec Molière, autre "protégé" du Roi-Soleil, Lully se met alors à imaginer des spectacles toujours plus ambitieux pas toujours exempts de portée politique. Entre jalousie, compromissions, passions et fidélité aveugle envers le roi, Lully continue de composer pour conserver son statut et l'estime de ce roi qu'il aime tant.

Ni film d'histoire, ni film d'artiste, il faut plutôt rechercher l'originalité de "Le Roi danse" dans la mise en parallèle des destins de trois hommes d'ordinaire approchés séparément par l'histoire : Molière, Lully et Louis XIV. De ce trio d'hommes qui, chacun dans son domaine, va marquer l'histoire de France, on apprend beaucoup. Gérard Corbiau, réalisateur du Maître de musique et de Farinelli, n'hésite pas à accorder autant d'attention à l'univers artistique qu'à l'univers historique et politique remettant ainsi dans leurs contextes des oeuvres de premier ordre commme le Tartuffe et Le Bourgeois Gentilhomme de Molière ou le Ballet de la Nuit et l'Alceste de Lully, tout en évitant, par la même occasion, de donner naissance à un film historique qui aurait pu se révéler aussi guindé qu'ennuyeux.

Le réalisateur nous présente ces personnages comme de simples hommes avec leurs rêves, leurs espérances et leurs faiblesses, à la fois forts et fragiles. La minutie de la reconstitution, éblouissante, ne contrarie en rien la précision du récit. On découvre un Louis XIV artiste, qui a su s'entourer d'une cour d'artistes talentueux et leur insuffler une force créatrice commune, un roi sans lequel la France n'aurait peut-être pas rayonné aussi fortement. Lully devient au fur et à mesure le responsable de la "communication" et de la publicité du roi allant même jusqu'à évincer son ami Molière et ses mots au profit de la seule musique (sompteuse scène de la mort de l'acteur-écrivain au cours de laquelle les dialogues sont peu à peu supplantés par l'insistance de la musique).

Derrière l'évolution artistique se dessine la grande histoire, évoquée par petites touches et toujours présente en toile de fond, l'art devenant un moyen, dans l'optique de Gérard Corbiau, un moyen de réagir aux évènements de l'époque. Outre l'indéniable réussite artistique qu'il constitue,  "Le Roi danse" réhabilite également la place de l'art dans l'histoire de l'époque et donne une profondeur bienvenue aux images réductrices que l'histoire a pu garder des ces trois hommes.

Tout ceci est, bien sûr, rendu possible grâce à l'engagement des trois interprètes principaux : Benoît Magimel étonnant en Louis XIV danseur, Tchéky Karyo très bon en Molière sobre et magnifique et Boris Terral qui confère à Lully une impressionnante rage tant extérieure qu'intérieure.

Un film qu'on conseillera autant aux cinéphiles qu'aux mélomanes ou à ceux qui voudraient parfaire leurs connaissances artistiques et historiques.  

Guillaume Branquart

 

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