13 décembre 2018
Critiques

Les 7 Mercenaires : Relookage efficace

Parce qu'il ne renouera probablement jamais plus avec son hégémonie passée, on a pris l'habitude de parler du western comme d'un secteur en souffrance, quand bien même ses déclinaisons non seulement dans les salles obscures, mais aussi télévisuelles et vidéoludiques, témoignent d'un regain d'intérêt durable pour le genre. Suffisamment en tout cas pour qu'un studio accepte de miser un peu moins de 100 millions de dollars dans le remake de l'un de ses emblèmes, à savoir "Les 7 mercenaires" de John Sturges. Une peccadille à l'échelle d'un Marvel movie, mais un investissement pas négligeable à l'heure où l'hégémonie des franchises multimillionnaires ne laisse que très peu d'espaces aux propositions de cinéma populaires alternatives. 

Or, c'est justement l'une des qualités de ce relookage orchestré par le doué mais inégal Antoine Fuqua que de ne pas essayer d'accommoder plus que de raison le matériau avec les marqueurs de son époque. Son casting « United Colors of Benetton » aurait pu résonner comme une concession opportuniste à l'air du temps, la propension éprouvée de Fuqua au film de commando ("Le Roi Arthur" ou "Les larmes du soleil") permet d'intégrer organiquement ces hommes au paysage rugueux dans lequel ils évoluent. Guerriers parce que survivants, soldats sans armée n'ayant plus rien à attendre de la vie sinon de mourir pour une bonne raison, "Les 7 mercenaires" de 2016 n'ont pas à rougir face à leurs ancêtres. D'autant plus devant la caméra de l'un des derniers réalisateurs capables de faire du cinéma d'hommes au sens noble du terme, c'est-à-dire sans se reposer sur les béquilles iconographiques et les poses bruyantes ayant contribuer à en vulgariser l'expression à l'écran.  

C'est dans ce souci revendiqué de remplir un minimum syndical dont on a suffisamment déploré l'absence à Hollywood ces temps-ci, et d'assumer sa différence dans le plaisir évident de s'affilier à ce genre fondateur que l'on reconnait les mérites d'un professionnel chevronné comme Antoine Fuqua. D'autant plus que le réalisateur de "Training Day" n'hésite pas à pousser les murs du PG-13 pour faire de la place à la brutalité inhérente à son cinéma. En premier lieu lorsqu'il s'agit de filmer la mort, incontournable de l'univers abordé dont Fuqua s'acquitte avec l'emphase mélodramatique délicate qui le caractérise quand il saisit les derniers instants d'hommes prenant conscience de leur mortalité à l'instant fatidique.

Pour le reste, on doit malheureusement se résoudre à ce que "Les 7 Mercenaires" reconduise la frustration inhérente à son cinéma, qui a toujours rencontré des difficultés à faire exister la singularité de ses partis-pris sur la longueur. "Les 7 mercenaires" ne déroge pas à la règle, et éprouve des difficultés à capitaliser sur son excellente entame, qui convoque une expressivité outrancière davantage tributaire du western spaghetti que du western classique dans la forme comme dans le fond. Une position que Fuqua peine à trancher, tout comme un commentaire politique à la pertinence avortée du fait des facilités auxquelles le scénario recourt parfois pour souder son groupe hétéroclite, qui aplanit au fur et à mesure les particularismes de ses membres pour entériner arbitrairement son unité. 

De fait, à l'instar de ses précédents films, "Les 7 mercenaires" ne doit le salut de son équilibre parfois précaire à l'intelligence du réalisateur quant aux choix de casting les plus à mêmes à compenser les carences de ses projets. Enfin, un acteur en l'occurrence. Qu'on ne s'y trompe pas : "Les 7 mercenaires" a beau se présenter comme un film de groupe dans lequel ont l'occasion de briller les comédiens qui s'y associent (si ce n'est Ethan Hawke et Martin Sensmeier, en-dessous des autres), le film est tout entier porté par la puissance sans limite de Denzel Washington. Il faut le voir sa première apparition, intronisé en ange de la mort dans les valeurs de plans les plus emblématiques que le genre a pu décliner pour voir ce que son réalisateur amoureux a compris depuis longtemps : cet homme est le meilleur avocat des parti-pris incertains. Qui sont légions en l'occurrence dans Les 7 mercenaires", mais qui se résolvent le plus souvent de la même façon : y a Denzel. Fa"cile ? Peut-être, mais diablement efficace.
Auteur :Guillaume Méral
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