15 décembre 2018
Critiques

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Années Molles

Qui aurait cru qu’un film dérivé (dont le droit à la vie se mesure avant tout à l’aune de l’impérieuse nécessité de maintenir en vie une franchise représentant pour ses ayants-droit une manne financière) aurait pu être l’un des plus nobles représentants de cette saga ? Les mauvaises langues diront que si "Les Animaux Fantastiques" fait partie des meilleurs élèves de l’univers cinématographique Harry Potter, ce sous-produit doit essentiellement cette mise en valeur au niveau de ses camarades, aléatoire d’un étudiant à l’autre, mais globalement très moyen. Si l’on retire l’anomalie "Harry Potter Et Le Prisonnier D’Azkaban" (que Alfonso Cuaron a sublimé dans le cadre du sempiternel mais herculéen exercice d’entrisme hollywoodien exigeant de l’artiste qu’il prouve que le petit Homme est plus fort que la grosse machine), l’un des plus gros phénomènes culturels des années 2000 nous en touche une sans bouger l’autre sur le plan cinématographique. Le rosbif balafré à binocles le plus emblématique de la culture a bien été le point névralgique de plus d’un sympathique long-métrage, "Les Reliques De La Mort – Partie 1" en tête pour son audacieux intimisme crépusculaire et mélancolique, mais la mention Assez Bien reste un plafond de verre qui n’aura été percé qu’une fois et une seule.

Les deux exemples cités ne sont pas anodins puisque ce sont les deux seuls opus supérieurs à "Les Animaux Fantastiques". Les autres produits sont paradoxalement dépassés par un sous-produit embrassant mieux sa dimension merveilleuse et donnant donc un résultat plus enchanteur. Souvent considéré comme un faiseur servile et sans talent, David Yates s’était pour l’occasion sorti les doigts du fondement et si faiseur il restait, en travailleur propre et parfois inspiré il agissait. Las, "Les Animaux Fantastiques" n’était pas parfait en raison d’impératifs de pérennité économique lui imposant de commencer à construire sa propre franchise, une série de films qui servira essentiellement à ne pas laisser de zone de vide entre elle et Harry Potter.

C’est justement parce qu’ils venaient mettre le bazar dans une sympathique confiserie magique qui aurait pu être encore meilleure qu’on s’en battait un peu les roustons des crimes de cet empafé de Gellert Grindelwald et bien nous en a pris de nous en méfier puisque son « moment de gloire » est une boursouflure aussi laide qu’hystérique. Dès ses débuts, le film nous annonce qu'il sera un gros boxon aussi vilain que surchargé au travers d’une séquence d’évasion plus proche du bœuf bourguignon numérique que d’une scène d’action. Les formes noires dégueulasses s’agitant sur un fond noir tout aussi dégueulasse constituent une agression oculaire rendue encore plus violente par des cadrages au pif et un découpage à la scie sauteuse rouillée. Autant on osait défendre le travail de David Yates sur le précédent film pour ses fréquents éclats d’inspiration propices à l’émerveillement, autant on ne peut sur "Les Crimes De Grindelwald" que constater l’incurie filmique de cet enchaînement de péripéties vides de sens saupoudré de mouvements de caméra super chiadés mais dénués de souffle et donc plus susceptibles de nous filer des maux de tête carabinés que de nous immerger dans le récit.

Énorme foutoir sur le plan formel, "Les Crimes De Grindelwald" est surtout un énorme foutoir dans ce qu’il essaye de raconter. "Les Animaux Fantastiques" aurait pu nous lui faire pardonner ses errances liées à son impérieux franchisage si sa suite avait suivi avec compétence et rigueur la ligne directrice qui y était établie. Hélas, le bien mal nommé "Les Crimes De Grindelwald" oublie autour de quoi il devait se centrer et on ne veut pas entendre l’excuse du « Oui mais ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas beaucoup que le titre est nul parce que c’est comme une présence qui plane sur tout le film… » parce que les sous-intrigues et les personnages se multiplient tellement que le montage et l’écriture ne savent plus où donner de la tête.

Accumulant toutes les tares du second opus conçu comme un épisode de transition, "Les Crimes De Grindelwald" est moins une œuvre cinématographique qu’un assemblage hétéroclite d’histoires et de personnages qui se rencontrent dans un espace au sein duquel règne une confusion de tous les instants. Quand bien même Ezra Miller s’avère plus à l’aise avec son personnage de Croyance qui penche plus vers le tragique que vers le ridicule pathétique qui le caractérisait il y a deux ans alors que Jude Law donne une existence convaincante à un « jeune » Albus Dumbledore, tout le monde se retrouve étouffé par cette succession d’événements aussi rapide que laborieuse et cette absence de respiration nous conduit à oublier les raisons pour lesquelles on avait pu s’attacher à Norbert Dragonneau et sa clique.

Par moments, la superproduction magique parvient à se calmer et à dire quelque chose. Ce n’est pas toujours heureux comme en témoignent au cours du troisième acte ces révélations d’une débilité à faire rougir de honte même la plus trépanée des télénovelas. On pense notamment à l’une d’entre elles qui aurait pu faire sensation chez les frères Coen puisque d’une action basse, mais ordinaire et pas si choquante, naît la tragédie mais sa nature absurde ne prend pas dans un ensemble qui se voudrait aussi grave. On citera aussi cette conférence secrète donnée par Grindelwald qui se voudrait une métaphore engagée du populisme mais qui a autant de subtilité qu’un gros Dédé complètement cuit à La Villageoise et en proie à une crise d’aérophagie en plein dîner mondain chez la marquise de Pompadour. Quand "Les Crimes De Grindelwald" parvient à donner de l’air à ses personnages, c’est au détour d’une analepse à Poudlard pour quelques minutes empreintes d’une douce mélancolie, c’est en donnant quelques instants d’attention à la quête familiale de Croyance à l’occasion de retrouvailles entre des draps suspendus.

Des fois, il vaut mieux se garder de transformer un coup d’un soir en une relation durable marquée du sceau des cris et l’ennui. L’étouffant et agité "Les Animaux Fantastiques : Les Crimes De Grindelwald" confirme cela en nous démontrant que nous ne nous étions pas mis le doigt dans l’œil en considérant son franchisage comme une idée à la noix. Et dire qu’ils veulent encore en faire trois autres comme ça …

Auteur : Rayane Mezioud

 

ça peut vous interesser

Les Aventuriers des Salles Obscures : 08 décembre 2018

Rédaction

Ils seront à la radio le 08 décembre !

Rédaction

Les Veuves : Cash Machine

Rédaction