16 décembre 2018
Critiques En Une

Les Confins du Monde : Un film cinglant mais efficace

Critique du film Les Confins du Monde

par Alexa Bouhelier Ruelle


Guillaume Nicloux est un réalisateur à la filmographie plus qu’éclectique : "Une Affaire Privée", "La Clef", "Valley Of Love", "La Religieuse", etc. Le changement de genre est un des thèmes de prédilections du cinéaste, avec "Les Confins du Monde", il y décline une version brutale d’"Apocalypse Now".

Présentant le début de la première guerre d’Indochine, avec un scénario écrit par Jérôme Beaujour, le film débute en 1945 lorsque les Japonais quittent le Vietnam. Profitant de l'opportunité, le Viet Minh s’attaque à l’armée française. Nicloux a concocté un film cinglant mais efficace, même si la violence peut être vue comme machiste. Son oeuvre flirte souvent avec la vision post-orientale de Miss Saigon, une prostitué mystérieuse et soumise, seulement présente dans le but de montrer toutes les qualités de l’homme à ses côtés. Toutefois, ce dernier vient à tomber dans le piège et, tourmenté, le voici obsédé par son amour : une romance tragique.

Aucun des personnages n’est rachetable. Même si Guillaume Gouix (dans le rôle de Cavagna) devient l’un des meilleurs amis de Robert Tassen, tout en développant une très grande addiction pour l’opium. Les autres sont trempé de sueur et lourds d’une guerre terrifiante tandis que Tassen n’a qu’une idée en tête : retrouver le soi-disant Vo Binh – un homme à l’écran moins d’un demi-seconde, et qui devient une métaphore pour concrétiser le caractère illogique du conflit en lui-même.

Gaspard Ulliel est reconnu à l’international pour son rôle de jeune Hannibal Lecter dans "Les Origines du Mal » en 2007. Les démembrements brutaux et la violence générale du film le rendent parfait pour le rôle de Tassen. L'ensemble n'offre que peu d’espoir pour son héros, que ce soit sa rencontre avec Mai ou ses conversations avec Saintonge, un romancier exilé qui se trouve être l’un des derniers colons français dans la région. Qui passe son temps à écrire ou à boire voire les deux. Ses deux personnages jouent des rôles importants dans le futur de Tassen, mais ne peuvent cependant pas l’aider dans sa quête qui est perdue d’avance. Gaspard Ulliel a quelque chose de la beauté ténébreuse d’Alain Delon, dans un personnage qui recherche une vengeance sanglante à un moment et dans un lieu, ou la notion même de bien ou de mal a été effacée par des décennies d’occupation.

Travaillant aux côtés du directeur de la photographie David Ungaro ("Mary Shelley") et du chef décorateur Olivier Radot ("Django"), Nicloux créé des visuels macabres accompagnant l’action, et utilise des images saturées de fumée qui dépeignent une jungle s’étendant à l’infini, emprisonnant les soldats. Le réalisateur s’attarde sur les “natures mortes”, avec des corps mutilés, démembrés, infestés de verres, ou des colliers de langues et d’oreilles coupées. Quand les corps ne sont pas dépourvus de vie, ils deviennent un mode d’expression : même la masturbation devient un abandon agressif, ici presque un acte de violence.

David Ungaro pose ses plans en 35mm avec un œil ouvert à la beauté de chaque chose, alors que le compositeur américain Shannon Wright utilise rarement sa musique dans les moments dissonants. Le résultat est un cauchemar assez texturé pour que l’on puisse le toucher et le vivre, dans lequel le spectateur est amené à la frontière de l’esprit perturbé du héros.

Aucun film français n’a jamais aussi bien décrit en de tels termes, qui se conclue sur une défaite en 1954 à la bataille de Dien Bien Phu. Aussi, "Les Confins du Monde" est captivant et qui se focalise sur le tout début d’un conflit ou les français étaient déjà en péril, essayant de maintenir l’ordre dans un pays à l’autre bout du monde et où ils étaient perçus comme des envahisseurs.

Dans l’une des scènes parmi les plus mémorable, des soldats fatigués et saouls entament la Marseillaise dans une maison clause locale. Aussi fiers soient-ils et aussi fort qu’ils essaient de chanter, leurs mots sonnent fondamentalement faux, comme un cri à l’aide. Alors que Gaspard Ulliel apparaît charismatique et confiant.

Le film réussi à montrer la haine de la population pour les forces colonisatrices. Une population considérée comme coupable par association, une mentalité léguée par les Américains. L’anxiété oppressante de la jungle est superbement représentée par ses soldats perdus. Guillaume Nicloux achève sont périple sur une énigme, un peu comme Coppola l'avait fait avant lui dans "Apocalypse Now". Nous sommes bel et bien aux confins du monde...


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