19 décembre 2018
Critiques

Les Indestructibles 2 : La super-fête du slip !

Si vous étiez vous aussi un enfant lorsque "Le Démolisseur" se dressait devant vous dans toute sa majesté cinématographique, vous avez certainement cru sur le moment à l'arrivée d'une suite à "Les Indestructibles" dans les cinq prochaines années. En grandissant, vous avez sans doute fini par vous dire que ça n'arriverait jamais même si c'était quand même très chouette de voir Brad Bird rendre un bouleversant hommage à la joie de vivre et à l'audace créative dans "Ratatouille" ou détraquer la franchise "Mission : Impossible" pour mieux la relancer dans "Protocole Fantôme". C'est qu'il préfère s'atteler à quelque chose de différent pour mieux laisser son ingéniosité débordante s'exprimer, le sieur Bird…

Disney/Pixar n'a pas non plus jugé bon de confier à quelque d'autre la mutation d'une œuvre géniale mais unique en franchise fiable même si "Les Indestructibles" constituait l'option la plus évidente lorsque démarrait une période d'alternance entre concepts originaux et suites. L'échec – programmé ? Possible. Injuste ? Certainement. – du merveilleux "À La Poursuite De Demain" a peut-être favorisé le retour de Bird à quelque chose de plus sûr. On peut refuser à Disney de faire un "Star Wars", mais on ne peut pas lui dire non à tout, surtout quand ceux à qui tu adresses sont prêts à avaler n'importe quoi tant qu'il y a un super-slip dessus et surtout un super-slip noir sur un collant rouge. Soyons honnêtes : nous sommes presque tous montés au septième ciel quand nous avons appris que "Les Indestructibles 2" allait devenir réel au point d'en oublier la facture correcte, mais surtout sans impact, du "Monde De Dory". Est-ce que notre confiance aveugle a été payante ?

On commence par ce qu'on attendait depuis bientôt quinze ans, c'est-à-dire une grosse bagarre entre "Le Démolisseur" et "Les Indestructibles", mais c'est pour mieux aller vers complètement autre chose. C'est comme si Bird nous disait « Attendez les gars, c'est ça qui vous a fait fantasmer pendant quinze ans ? Hé ben moi, c'est pas ce que j'ai envie de vous raconter… », une impression confirmée par une ultime séquence conçue comme un miroir de celle du premier pour mieux nous révéler que nous nous sommes fourvoyés sur l'envergure de ce méchant qui nous a fait fantasmer si longtemps. Cela ne justifie en rien un désengagement dans la mise en scène puisqu'il y a d'entrée de jeu une symbiose parfaite entre rigueur et générosité.

L'affrontement concentre la quasi-totalité de la destruction à grande échelle visible dans "Les Indestructibles 2", mais son spectacle tient avant tout dans la précision de son montage, dans la lisibilité et la richesse de composition de ses plans, dans le dynamisme et dans l'ingéniosité de ses chorégraphies. Par la suite, les affrontements entre Elastigirl et l'Hypnotiseur, reposant essentiellement sur des poursuites, marqueront d'autant plus par leur tension que par leur explosivité. Lorsqu'elle se lance à la poursuite d'un hélicoptère au rythme de la partition d'un Michael Giacchino qui délaisse un moment les envolées héroïques bigarrées pour s'aventurer sur les plates-bandes de Bernard Herrmann, on comprend enfin ce qu'on aurait dû piger il y a longtemps. Entre le terrain de jeu urbain d'Elastigirl d'abord décrit comme corrupteur de l'âme humaine et un éclairage particulièrement porté sur les contrastes entre ombre et lumière et les ambiances nocturnes, "Les Indestructibles 2" est un film noir en plus d'être un film de super-héros là où le précédent était aussi un film d'espionnage exotique avec île, jungle et base secrète avec sbires anonymes tout partout.

On pourra peut-être le taxer d'être trop léger sur certaines de ses thématiques mais c'est oublier qu'il est à chaque fois tout à fait pertinent et qu'on peut voir aussi cela comme une économie salutaire lorsque certains sujets seraient devenus très rapidement pesants en étant trop creusés. Plutôt que de lourdement tenter de s'arroger le regard bienveillant d'une frange stratégique du public en faisant de son héroïne une opprimée par le patriarcat, Bird fait de la nouvelle carrière d'Elastigirl un terrain de réflexion autour de la frontière entre la réalité et la perception d'un événement, du détournement de l'héroïsme à des fins autres que la simple bienfaisance et de l'effet stimulant ou lénifiant qu'un sauveur peut avoir sur la population. Quant à l'opposition entre un M. Indestructible contraint de rester Bob Parr et une Hélène Parr pouvant complètement redevenir Elastigirl, elle provient avant tout de la passion du premier pour les exploits super-héroïques et de son ancien statut de meilleur ennemi du crime, ce qui est plus profond qu'un machisme automatique.

Formellement passionnant et subtilement complexe, "Les Indestructibles 2" ne se repose jamais sur l'effet doudou pour nous envoûter mais il s'agit aussi de ce que Pixar a sorti de mieux depuis "Toy Story 3". Maintenant que ça existe, il va falloir trouver quoi faire d'autre de sa vie.
Auteur :Rayane Mezioud
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