13 décembre 2018
Critiques

Les Veuves : Clinquant mais vide

Parfois, voir trop grand permet de faire si peu de cinéma. Steve McQueen, réalisateur remarqué de "Shame" et "Hunger" et oscarisé pour "12 Years A Slave" en 2014, le prouve avec "Les Veuves", drame soporifique et enfermé dans sa virtuosité.

"Les Veuves" pourrait se ranger du côté des films qui voudraient être brillants, mais qui se loupent, la faute à une démonstration trop rapide. Dès les premières minutes, pas de temps à perdre, Steve McQueen veut immédiatement poser toutes ses cartes. Ainsi, en l'espace d'un quart d'heure, on comprend qu'on aura affaire à une histoire de braquage, un drame sur le deuil et à des magouilles politiques entre deux candidats véreux à une circonscription. Des thématiques nombreuses, donc, dont le réalisateur britannique ne tire absolument rien. A chaque scène, le tour de petit malin est lancé pour que le spectateur soit impressionné par la place et le mouvement de la caméra sans prêter attention à ce qu'il se passe à l'écran. C'est-à-dire rien ! 

L'exemple le plus flagrant est illustré par une scène en plan-séquence (modèle de mise en scène dont McQueen a fait sa spécialité) où, après un discours perturbé par un journaliste, un candidat politique joué par Colin Farrell remonte dans sa voiture. La caméra posée sur le capot, on entend la voix de Farrell tandis que la voiture roule et nous laisse voir un quartier pauvre. Plus la discussion continue, plus elle devient déplacée et violente. La caméra pivote soudainement et laisse voir un quartier plus aisé, où habite évidemment le personnage de Farrell, comme pour établir un contraste entre ces deux mondes. Sans subtilité.

En raison d'une volonté à trop se regarder filmer, McQueen ne parvient jamais à contrôler son histoire. Tout est incohérent dans ce scénario, où les rebondissements (apportés par la plume de Gillian Flynn, peu inspirée visiblement) fusent et provoquent des rires nerveux face à un côté très forcé digne d'un mauvais feuilleton. Le twist principal du film laisse vraiment de marbre quant à son existence.

En revanche, difficile de dire la même chose sur les comédiennes tant elles sont excellentes. McQueen arrive toujours à aussi bien diriger ses actrices. Viola Davis et Elisabeth Debicki portent définitivement le film. Ravi aussi de retrouver Bryan Tyree Henry, comédien que l'on a rencontré dans la série "Atlanta", et qui commence à apparaître de plus en plus sur les écrans (on le retrouvera dans le nouveau Barry Jenkins ainsi que dans le remake de "Jeu d'enfant" sorti en 1998).

On aurait aimé renoué avec le cinéma de Steve McQueen qui était en colère et disait des choses.  "Shame" fascinait pour ce portrait désabusé d'une époque. "Hunger" était particulièrement déroutant. Tandis que "12 Years A Slave", non dénué de défauts, avait su rendre accessible ce cinéma de douleur et de colère à un plus grand public. "Les Veuves" marque donc un premier faux-pas dans sa filmographie, en se montrant trop limité par un formalisme et un scénario trop programmé, et qui peine à gagner en implication.

Auteur : Victor Van de Kadsye

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