Au
cas où vous ne l'auriez pas compris, nous sommes sur un campus
américain, et tout se joue, se noue, se dénoue, au cours de
soirées où défonce rime avec sexe débridé. Ce campus, c'est
celui de Camden, où se déroule le roman de Brett Easton Ellis,
Les Lois de l'Attraction, dont le film d'Avary est l'adaptation.
Dans la catégorie
adaptation d'Ellis, American Psycho nous avait laissé un goût
tout à fait oubliable. Que l'on se rassure, Les Lois de l'Attraction
sont d'un tout autre tonneau. Avary a judicieusement choisi
pour donner chair à ce livre de pousser à fond les stéréotypes
de la dégénérescence du teen movie américain. Et de retrouver
ainsi l'essence et la force d'un genre souillé par tant de déplorables
pantalonnades.
Ici, le réalisateur
canadien (co-scénariste de Pulp Fiction et auteur de Killing
Zoé), fait jaillir une forme de poésie magnifique à partir d'une
matière a priori répugnante. Pour ce faire, il s'appuie sur
de très solides atouts. Un casting sans faille et audacieux,
au premier rang duquel James van der Beek, star de la série
Dawson, dont les fans risquent fort d'être passablement déconcertés
par la peinture d'une jeune bourgeoisie décadente dont son personnage
pourrait être l'emblème. Et une solide connaissance (et maîtrise)
du langage cinématographique lui permettant entre autres de
réinvestir la plupart des figures formelles d'un cinéma "postmoderne"
(split-screen, aller-retours temporels...) pour leur ouvrir
des pistes nouvelles, ainsi que de saupoudrer son film de références
à l'histoire du cinéma, la plus fondatrice (l'expressionnisme
allemand...) comme la plus récente (Kubrick, Avary(!), etc...).

Ce que semble nous
dire le film, c'est surtout que ces jeunes gens, malgré leurs
comportements -montrés avec le regard d'un scientifique penché
sur des particules élémentaires- frôlant la dépravation, sont
encore des enfants, des enfants qui jouent, presque en toute
innocence, innocence dont ils devront bientôt faire le deuil.
C'est pourquoi ce film riche en éléments choque-bourgeois est
au final beau. Et triste. Mais aussi, et pour couronner le tout,
il faut souligner qu'il offre au spectateur quelques-uns des
plus beaux fous rires entendus en salles depuis un bon moment
(mention spéciale à la séquence voyant intervenir Faye Dunaway
et à celle de la pseudo-overdose à l'accueil de l'hôpital).
Ajoutez à cela une
B.O. des plus réjouissantes, des dialogues hauts en couleur
(pas étonnant de la part d'un pote à Tarantino), et vous obtenez
un film qui vient parfaitement s'ajouter à la longue série des
excellentes surprises de ce début d¹année du feu de dieu, et
une oeuvre qui dépasse de très loin sa légèreté "frime"
de façade.
En résumé, c'est énorme.
Rémi Boîteux
Le
Quotidien du Cinéma est également producteur d'un
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