Dans la
jungle du monde.
Depuis ses
débuts en 1989 avec "Le Septième continent", Michael
Haneke signe des films graves et sombres où le monde occidental
est décrit comme déshumanisé et malade de ses propres démons.
"La Pianiste", avec Isabelle Huppert en névrosé pathétique,
franchissait un cap dans cette vision pessimiste de notre siècle
et Le Temps du loup creuse les préoccupations du cinéaste autrichien
puisqu'il raconte la fuite à la campagne d'une famille à la
suite d'une catastrophe dont on ne saura rien mais qui pèse
lourd sur les protagonistes puisque, en chemin, ils croiseront
d'autres réfugiés jetés sur les routes et livrés à eux-mêmes.
"Comme tous
mes films, cette histoire parle de notre monde hyper-industrialisé,
de la société du superflu, et donc de ces gens qui ont pu s'y
installer confortablement" confiait récemment Michael Haneke
à propos de son septième film. Si son ambition de filmer ici
une parabole apocalyptique à l'usage d'un monde à l'agonie se
déchiffre aisément, ses intentions sont tellement surlignées
que l'acuité de son regard se réduit à une peau de chagrin tandis
que le constat austère de la violence du monde perd beaucoup
de son impact à force de métaphores lourdes de sens comme cette
scène où un oiseau, le protégé du petit Ben, cherche à retrouver
la liberté.

En dépit
d’un prestigieux casting (Isabelle Huppert, Béatrice Dalle,
Patrice Chéreau entre autres), les comédiens semblent désincarnés
alors que leurs personnages se réduisent à des marionnettes
entre les mains du démiurge Haneke. Prisonnier d’un scénario
abusivement intentionnel qui ne laisse aucune respiration à
l’histoire (laquelle est au service du discours du réalisateur
et non l’inverse), Michael Haneke bâtit un film autarcique et
didactique érigé en constat froid d’une époque où tout se monnaye
pour peu que l’on veuille y mettre le prix (dans les années
vingt, Brecht le montrait déjà à travers ses pièces de jeunesse).
Rien de
bien nouveau pour un film privé d’émotion alors que le sujet
s’y prêtait aisément sans tomber pour autant dans le lacrymal.
Car ce qui aurait pu être un douloureux et poignant drame collectif
bifurque rapidement vers l’étude entomologiste d’un microcosme
humain sous la caméra d’un misanthrope qui n’atteindra jamais
la féroce méchanceté de son compatriote dramaturge, Thomas Bernhard.
Une fable trop théorique à des années-lumière de l’extraordinaire
radicalité du chef-d’oeuvre de Michael Haneke, "Funny Games".
Patrick
Beaumont
Le
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