17 janvier 2019
Critiques En Une

L’heure de la sortie : Du trouble à la paranoïa

Critique du film L'heure de la sortie

par Clémence Leroy

Voici le retour attendu de Sébastien Marnier, deux ans après "Irréprochable". Le réalisateur plante le décors et l’ambiance oppressante dès les premières minutes, avec un bruit sourd et sifflant. Il nous montre un soleil caniculaire étouffant, arrivé à son zénith, surplombant la classe de Saint Joseph comme une force menaçante et incontrôlable. Les corps sont moites et les muscles tendus. Le réalisateur réussira à faire perdurer ce sentiment viscéralement pesant durant tout le film.

Nous serons d’accord pour dire que tout professeur aura éprouvé dans sa carrière de la peine avec certains de ses élèves, des moments de solitudes, souvent plus particulièrement avec une classe difficile. Mais la 3ème 1 que découvre Pierre Hoffman dans cette école privée décroche la palme d’or… Comme une sorte de classe d’élite expérimentale composée de petits génies précoces. Ces enfants hors normes ont assisté à la défénestration de leur ancien professeur.

Pierre, joué par Laurent Lafitte, va alors sortir les rames face à ces enfants qu’il ne comprend pas. Des enfants aux portes de l’adolescence et pourtant déjà sortis de l’innocence et totalement désillusionnés. Leur colère sourde va inquiéter leur nouveau professeur, convaincu qu’ils préparent quelque chose de grave. Le mystère pèse sur l’intention des enfants, repliés sur eux-mêmes ; rejetés par les autres classes, à la fois soudés mais dénués de toute empathie. Sont-ils responsables du suicide de leur enseignant ou sont-ils des victimes ?

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Laurent Lafitte.

C’est en tentant de percer leur secret, et en les espionnant, que Pierre va rentrer dans une paranoïa grandissante, une obsession dangereuse. Une paranoïa nourrie de coups de fils anonymes mais aussi d’hallucinations parfaitement réalisées. Cauchemars, insomnies, un appartement infesté qui fait penser à celui de "Répulsion" de Roman Polanski.

On félicitera aussi le clin d’œil à la Métamorphose de Franz Kafka. C’est un peu comme un poison qui se dissémine dans sa chaire et son sang à la découverte de la vision fataliste des 6 acolytes et de leur comportement fataliste et presque extrémiste.

Le film met en avant des thématiques fortes de l’actualité : attentats terroristes, questions écologiques, et les confronte au regard de cette nouvelle génération d’adolescents beaucoup plus consciente du monde dans lequel elle vit, par la force des choses. Sébastien Marnier a eu l’excellente idée d’intégrer au film des images d’archive percutantes car fortement ancrées dans l’imaginaire collectif, venant accroître le sentiment de malaise et créant une certaine violence visuelle.

Les enfants ont été merveilleusement choisis au casting. Notamment la jeune Luàna Bajrami qui sort aisément son épingle du jeu. Son arrogance est telle que le spectateur ne peut s’empêcher de la détester et d’imaginer la bonne gifle qu’elle mérite de recevoir.

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Emmanuelle Bercot, Grégory Montel, Gringe, Isabelle Tillou, Laurent Lafitte dans L'heure de la sortie.

De leur côté, les professeurs ne sont pas en reste. Le film dénonce l’institution scolaire et son manque d’implication face aux élèves, totalement indifférente face à la souffrance des plus faibles, travaillant avec d’énormes œillères et minimisant la moindre complication. On notera la belle prestation d’Emanuelle Bercot, complètement méconnaissable lors de sa première apparition tant son relooking est réussi.

Le réalisateur collabore une nouvelle fois avec Zombie Zombie qui compose l’ensemble de la bande sonore. Une ambiance musicale anxiogène qui fait écho à son précédent film. On retrouve des similitudes avec "Irréprochable". La caméra est volontairement anamorphique et positionnée en contrebas ; le personnage principal repousse physiquement ses limites à travers le sport et la course ; on retrouve aussi de nombreuses scènes d’espionnage. En cela on peut dire que Sébastien Marnier s’est créé une identité forte qui lui est propre dans le paysage du cinéma français.

En bref si vous avez aimé son précédent film alors il est certain que vous ne serez pas déçus. Le réalisateur réussit à faire grandir le suspens, en entremêlant des regards oppressants. Certains des dénouements peuvent parfois être pressentis par le spectateur.

Toutefois, dans l’ensemble, c’est un excellent scénario car il arrive à créer le flou nécessaire à l’angoisse. C’est à l’apparition du titre "L’heure de la sortie", avant le générique de fin, que les mots prennent tout leur sens et raisonnent avec brio dans la tête du spectateur.

Pour conclure, précisons que le film est adapté du roman de Christophe Dufossé, publié en 2002. L’auteur a pu voir le film et en était très content ! Certes, il reste différent de l’histoire originale. Néanmoins, le cinéaste a bien respecté les impressions et les sensations ressenties page après page.

C’est donc un bel hommage et un beau travail d’adaptation plus de 15 ans après la première lecture.

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