16 janvier 2019
Critiques

L’heure de la sortie : Et non de la retenue

La critique du film L'Heure de la sortie

Par Victor Van De Kadsye


"Irréprochable" avait sonné comme un coup de chaleur surprenant en été 2016. Un an et demi après ce thriller troublant, le réalisateur Sébastien Marnier revient avec "L'heure de sortie". Une adaptation libre du roman de Christophe Dufossé, où un professeur suppléant se retrouve tourmenté par un groupe d'adolescents surdoués. Inquiétant, ce second film ne laisse pas de repos à son personnage principal et son public.

Avec ces deux premiers films, Sébastien Marnier semble avoir trouvé une méthode forte pour raconter une histoire : jouer sur l'empathie. Dans "Irréprochable", la lente décomposition morale du personnage, joué par Marina Fois, nous glaçait le sang. Cette fois-ci, le réalisateur utilise le partenaire de la comédienne dans "Papa ou maman", Laurent Lafitte, pour lier le spectateur.

Au départ, l'empathie se noue facilement pour la raison suivante : comme son personnage principal, nous entrons au cœur de l'école Saint-Joseph sans rien connaître de l'établissement. On rencontre les nouveaux collègues sans les connaître réellement. Le lieu nous paraît dépaysant.

Et puis, nous découvrons en contre-champ, les élèves. Ceux-ci, hautains à l'égard de leur professeur et des autres élèves, mais brisés par la tentative de suicide de leur professeur principal, interpellent Lafitte comme nous tous.

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Un film de Sébastien Marnier

"L'Heure de la sortie" inquiète tout d'abord par les motivations de ces collégiens. Pourquoi tourmentent-ils leur professeur ? Est-ce par élitisme ou pour une autre raison ? Que manigancent-ils ou plutôt, manigancent-ils vraiment quelque chose ? Souvent au centre de l'écran, on suit le même raisonnement que le personnage principal, le même état curieux et inquiet.

Pourtant, au fur-et-à-mesure que le film avance, on se met à douter. Et si cette inquiétude n'était pas le fruit d'un délire d'un professeur faisant sa thèse sur Kafka ? Marnier distille insidieusement ce trouble dans ce thriller à mi-chemin entre naturalisme dépaysant et fantastique onirique. Le film nous perturbe tout le long jusqu'à une conclusion récompensant l'implication du spectateur.

Au-delà de ces interrogations cauchemardesques résolues, le film ne cesse de nous interroger. Des questions écologiques et politiques surgissent aussitôt et la force de Marnier ne nous quitte plus. D'autant plus qu'il sait manier la tension et la légèreté, grâce à un casting de seconds rôles impeccable (Emmanuelle Bercot, Gringe et Grégory Montel). Un deuxième film qui se présente donc plus riche et haletant.

À la fin, on a qu'une seule envie : filer une bonne mention à Sébastien Marnier. Renouant d'abord avec le trouble empathique, il multiplie ensuite les thèmes pour nous perdre sans que cela soit frustrant. "L'heure de la sortie" n'est donc pas celle de la retenue selon son réalisateur et pour cela, félicitations !

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