22 janvier 2019
Critiques

Love Hunters : Mes pires voisins, ou la banalité du Mal

"Love Hunters" est un chef-d'œuvre de tension, il faut avoir le cœur bien accroché pour entrer dans l'intimité dérangeante du couple criminel formé par John et Evelyn, qui séquestre des jeunes-filles dans la banlieue de Perth. La lutte désespérée de Vicki pour sa survie nous tient en haleine et bien plus qu'un thriller, "Love Hunters" pose la question de ces femmes qui se rendent coupables de monstruosités « par amour ».

Le film propose également un questionnement plus large autour de la culpabilité féminine, du côté de la mère de Vicki, que l'on rend quelque part responsable de ce qui est arrivé à sa fille, parce qu'elle a "brisé" le foyer familial. Finalement, les femmes ont-elles le droit d'être heureuses, dans cette société où on peut les priver de leurs enfants, où elles peuvent être séquestrées et violées, où on leur reproche de vouloir être indépendantes?

Loin du fait-divers sordide, Ben Young propose une vision complexe des choses et des individus, en montrant une victime qui n'est pas passive et une femme bourreau touchante dans une certaine mesure, sans jamais cautionner les actes de barbarie auxquels elle s'adonne, sous l'emprise d'un mari abusif. La mise-en-scène est magistrale, crue, sans jamais verser dans une complaisance morbide et les trois interprètes principaux donnent corps à cette réalité glaçante.

Interdit aux moins de 16 ans, "Love Hunters" nous raconte ce que ni les journaux, ni les émissions spécialisées dans le récit de fait-divers, ne peuvent nous montrer. Ce que vous verrez est violent, mais il ne s'agit pas d'une sorte de fascination malsaine qui consisterait à vouloir se complaire dans des détails monstrueux, non, il y a un réel respect de la souffrance et Vicki n'est jamais ramenée au rang d'objet de voyeurisme par la caméra. Un exercice très intéressant donc et une réelle œuvre métaphysique.

A contre-emploi, l'acteur de soaps australiens Stephen Curry (John) et la top model Emma Booth (Evelyn), incarnent le quotidien de la monstruosité, au contraire des monstres extraordinaires, leur mécanique devient désespérément terre-à-terre, « compréhensible » au sens où l'on en voit tous les tenants et aboutissants. Ashleigh Cummings quant à elle excelle dans le rôle de Vicki, cette victime qui tente à son tour de devenir bourreau en appuyant sur l'épuisement psychologique de la très fragile Evelyn, comme si finalement elle se retrouvait encore prise entre deux versions cauchemardesques de ses parents.

Ainsi, pour un premier long-métrage, Ben Young frappe très fort et mérite que l'on s'intéresse de près à la suite de son œuvre, qui promet d'être riche en propositions à la fois esthétiques et thématiques. "Love Hunters" vous mettra mal à l'aise, ce qui est parfaitement normal pour tout être doué de compassion, mais vous en ressortirez grandi(e)s.
Auteur :Yvanna Trambouze
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