19 novembre 2018
Critiques

Madame Hyde : Dr. Jekyll et M. Hyde au féminin

Dans le sillage de "Tip Top", le nouvel opus de Serge Bozon compose à nouveau avec l'actrice Isabelle Huppert dans une adaptation libre du célèbre roman de Robert Louis Stevenson : L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Armé d'un casting prestigieux et d'un genre ambitieux, quelque part entre le fantastique et la comédie, le long-métrage tient-il réellement ses promesses ? À l'occasion de la sortie du film, le réalisateur Serge Bozon nous a accordés une interview qui éclaire la critique qui va suivre.

Perdue au beau milieu de la banlieue, Marie Géquil, craintive et vulnérable, enseigne la physique dans un lycée technique. Malgré ses trente-cinq années de loyaux services, elle est méprisée par ses élèves et ses collègues jusqu'au jour où, à la suite d'un incident, elle développe un double maléfique. Sous les traits surnaturels et menaçants de Madame Hyde, elle rôde dans la cité à la nuit tombée où elle s'en prend à des innocents.  

Revisiter un classique au travers d'une adaptation au féminin, est une idée d'Axelle Ropert selon Serge Bozon, dont l'objectif affiché était de soumettre le genre fantastique aux codes du réalisme contemporain. Le film aborde sans détour plusieurs thématiques sociales telles que la difficulté du milieu scolaire, la pédagogie, la banlieue, le racisme et le handicap. Le cinéaste, qui n'affectionne pas particulièrement le genre réaliste, a stylisé au maximum chaque parcelle de son film, quitte à caricaturer certains personnages et en prenant le risque de générer des incohérences dans le déroulement de l'intrigue. Romain Duris, dans le rôle du proviseur, incarne totalement cette stylisation : c'est un mégalomane excentrique à l'allure ringarde. José Garcia, qui interprète le mari de Madame Géquil, symbolise la douceur et le cocon du foyer. Quant à Isabelle Huppert, elle sort de ses rôles de prédilection et confirme une nouvelle fois son talent d'actrice, bien qu'il soit floué par le manque de complexité de son personnage qui peine à exprimer le dédoublement de sa personnalité.  

Les aspects surnaturels sont relégués au second plan et c'est finalement la problématique pédagogique du film qui prend l'ascendant. Les démonstrations de Madame Géquil introduites dans son enseignement, sont assez originales et invitent le spectateur à cogiter sur des problèmes de mathématiques au même titre que ses élèves. Les lycéens du lycée Arthur-Rimbaud, à Garges-lès-Gonesse, sont très convaincants et insufflent une certaine justesse à la mise en scène. Vous l'aurez compris, Serge Bozon pose un regard satyrique sur la société actuelle avec parfois quelques sujets intéressants comme la privatisation du système scolaire, l'absence de travaux pratiques dans l'enseignement et les préjugés qui règnent autour de la formation professionnelle… 

En résumé, l'adaptation libre du roman de Robert Louis Stevenson manque de relief et de cohérence, bien que la réalisation fasse preuve d'inventivité avec un réalisme qui contraste le merveilleux. L'humour décalé du film manque de profondeur tandis que le fantastique est assez bâclé, si bien que le film n'épouse jamais un genre précis. Autrement dit : inutile au fond de se déplacer dans les salles obscures pour "Madame Hyde" !
Auteur :Pauline Clément
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