La
chair et le sang…
Adapter
le roman de Georges Bataille s’avérait être une entreprise périlleuse,
voire une bêtise totale. A la vision du second film de Christophe
Honoré (après 17 fois Cécile Cassard en 2002), on peut sans peine
dire que le cinéaste a perdu son pari. Le livre de Bataille n’est
qu’abstraction et symboles, tenter de trouver une équivalence
cinématographique le vide inévitablement de toute sa substance
poétique et mythologique (Honoré aurait dû le savoir, lui-même
est écrivain…).
Ma
mère (le film) se réduit donc à une succession de scènes dites
scandaleuses où une mère (Isabelle Huppert) va plonger son fils
Pierre (Louis Garrel) dans l’enfer du vice. Parties à plusieurs,
viol, tortures, nuits sans issue enfumées et alcoolisées… Le programme
a un air de déjà vu et on sait très vite que l’issue en sera fatale
tant la chair est triste. Ici, la jouissance ne vient pas de l’acte
lui-même mais du dégoût qu’il inspire et surtout du dégoût de
soi. Alors qu’Honoré aurait pu choisir de suggérer, il décide
de tout montrer de cette initiation perverse, privant le spectateur
de tout mystère ou bien il privilégie le dialogue et les comédies
s’enferment dans de longs tunnels soporifiques.

Côté
réalisation, Honoré n’est pas plus heureux. A l’instar des relations
entre tous ces personnages complètement désincarnés et inintéressants,
l’image est d’une laideur exemplaire. Usant du zoom comme un amateur
n’oserait le faire, Honoré tente de filmer la chair au plus près,
privilégiant les gros plans ou le plan séquence artistique (c’est
du moins ce qu’il essaie de faire…). Pour couronner le tout, il
a recours à des procédés assez naïfs comme utiliser l’Adagio pour
cordes de Samuel Barber pour tenter d’imposer un côté tragique
et lyrique à son film ou bien, tente la provocation en plaquant
le standard pop Happy together sur les images de la mère morte.
Mais
rien n’y fait, son film reste un pensum prétentieux, une sorte
de film porno intello, moche et toc dont l’unique intérêt reste
les acteurs : l’immense Isabelle Huppert en tête bien sûr et Louis
Garrel, déjà formidable dans l’attachant dernier film de Bertolucci,
Innocents-The Dreamers, sorti dans l’indifférence quasi-générale
en décembre dernier.
Christophe
Roussel
Le
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