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MARI IYAGI

Un film de Sun-Gang Lee avec Ryu Duk-hwan, Lee Byung-heon, Sung In-gyu, Gong Hyung-jin et Gwénael Sommier.

Sortie le 28 mai 2003.

 

 

 

Pour voir les images du film, cliquez ici.

A Séoul, de nos jours, Nam-woo, un jeune employé de bureau, retrouve Joon-ho, son ami d'enfance. Ce dernier lui annonce son départ pour trois ans à la suite d'une mutation professionnelle. Sur le quai de la gare, Joon-ho lui remet un objet qu'il a retrouvé en faisant ses valises ; c'est alors que Nam-woo se souvient de leur enfance, loin de Séoul. Dans le village de pêcheurs qui les a vus grandir, les journées s'écoulaient entre les jeux d'écoliers, les baignades dans l'océan et les promenades à vélo, scellant à jamais leur amitié. C'est également l'époque de leur rencontre avec la mystérieuse Mari...

Est-ce un voyage qui transforme les rêves en réalité ou qui transforme la réalité en rêves merveilleux ? Difficile à dire. «Mari Iyagi», film d’animation coréen, nous transporte, comme par enchantement, au pays de l’enfance. Ancré dans le quotidien (vie de famille, rythme routinier des journées et du travail), «Mari Iyagi» n’en ouvre pas moins les portes sur un autre monde, celui que tout enfant se crée avec sa propre imagination. Le phare du port et une bille, en apparence insignifiants, prennent soudain une existence particulière sous le regard émerveillé de Nam-woo et Joon-ho : ces "objets" sont les clefs d’un monde digne du plus beau des contes de fées, d’une immensité vertigineuse où les fleurs touchent le ciel, où les animaux ressemblent à d’énormes peluches. Et ce rêve n’appartient qu’à eux, c’est comme un jardin imaginaire secret nourri par leur belle amitié. 

Dans le monde de Mari Iyagi, la Nature est féerie, les couleurs sont beauté irréelle, la musique chante une magie insaisissable, les animaux ont quelque chose d’irrésistiblement attachants dans leur apparence farfelue. Ce film est un véritable havre de paix qui permet pendant 1H20 de ne plus penser à rien, de se ressourcer. Apaisant après une journée de boulot stressante, «Mari Iyagi» communique un vrai bien-être : c’est tellement agréable de se laisser enivrer par le parfum du rêve ! Cependant, ce film risque d’être boudé du grand-public à cause de son graphisme particulier, de son scénario d’une grande simplicité (simplicité qui n’empêche pas une grande richesse d’idées et de valeurs), de son rythme fluide et lent, de son atmosphère imprégnée d’une poésie surnaturelle. Il y a fort à parier que les aficionados des blockbusters américains rangent injustement «Mari Iyagi» dans la catégorie des "non-films" ! Dans une société où on n’entend plus parler que de violence, de lutte, d’insécurité, il est évident que «Mari Iyagi» détonne, d’autant plus que beaucoup d’entre nous ont oublié le goût délicieux des petits riens, des bonheurs simples de la vie. 

Même si on peut regretter que les personnages aient des visages quelque peu inexpressifs et des voix identiques (ce qui est légèrement gênant pour ce genre de film), «Mari Iyagi» n’en demeure pas moins un film qui transpire le bonheur et qui fait du bien dans un paysage cinématographique trop souvent coulé dans un moule marketing. Fortement inspiré de l’univers de Miyazaki (et de l’excellent «Mon voisin Totoro»), «Mari Iyagi» aborde des thèmes essentiels comme la joie et l’amitié, l’absence et la douleur pour un enfant, la peur de grandir et de quitter le cocon familial, la Nature dans ce qu’elle a de plus merveilleux à offrir. La frontière entre réel et imaginaire baigne dans un flou qui entretient la dimension magique du film : il fait bon se perdre dans la forêt des rêves. «Mari Iyagi» cristallise tous les rêves d’enfant. On s’est tous créé des "compagnons invisibles" dont on croyait à l’existence de toutes nos forces, on s’est tous inventé un monde pour se réfugier dont l’accès était connu de nous seul, on a tous voulu voir les objets de notre chambre se mettre à flotter soudain dans les airs…

On ne peut regarder «Mari Iyagi» que si on a gardé la faculté de s’émerveiller, que si on a laissé dans son cœur une petite place pour rêver, que si on sait encore regarder le monde avec des yeux d’enfant. Ce film met tous les sens en éveil : un bon moyen d’oublier d’être blasé ! «Mari Iyagi», c’est comme un rêve peint à l’aquarelle qui laisse des souvenirs si flous mais si chargés d’émotions qu’on se demande dans quelle mesure il ne serait pas vrai…

«Mari Iyagi», c’est comme un voyage qui nous fait quitter la terre ferme sans qu’on s’en rende compte…

Nathalie Debavelaere

 

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