Est-ce
un voyage qui transforme les rêves en réalité ou qui transforme
la réalité en rêves merveilleux ? Difficile à dire. «Mari
Iyagi», film d’animation coréen, nous transporte, comme par enchantement,
au pays de l’enfance. Ancré
dans le quotidien (vie de famille, rythme routinier des journées
et du travail), «Mari Iyagi» n’en ouvre pas moins les portes sur
un autre monde, celui que tout enfant se crée avec sa propre imagination.
Le phare du port et une bille, en apparence insignifiants, prennent
soudain une existence particulière sous le regard émerveillé de
Nam-woo et Joon-ho : ces "objets" sont les clefs
d’un monde digne du plus beau des contes de fées, d’une immensité
vertigineuse où les fleurs touchent le ciel, où les animaux ressemblent
à d’énormes peluches. Et ce rêve n’appartient qu’à eux, c’est
comme un jardin imaginaire secret nourri par leur belle amitié.
Dans
le monde de Mari Iyagi, la Nature est féerie, les couleurs sont
beauté irréelle, la musique chante une magie insaisissable, les
animaux ont quelque chose d’irrésistiblement attachants dans leur
apparence farfelue. Ce film est un véritable havre de paix qui
permet pendant 1H20 de ne plus penser à rien, de se ressourcer.
Apaisant après une journée de boulot stressante, «Mari Iyagi»
communique un vrai bien-être : c’est tellement agréable de
se laisser enivrer par le parfum du rêve ! Cependant,
ce film risque d’être boudé du grand-public à cause de son graphisme
particulier, de son scénario d’une grande simplicité (simplicité
qui n’empêche pas une grande richesse d’idées et de valeurs),
de son rythme fluide et lent, de son atmosphère imprégnée d’une
poésie surnaturelle. Il y a fort à parier que les aficionados
des blockbusters américains rangent injustement «Mari Iyagi» dans
la catégorie des "non-films" ! Dans une société
où on n’entend plus parler que de violence, de lutte, d’insécurité,
il est évident que «Mari Iyagi» détonne, d’autant plus que beaucoup
d’entre nous ont oublié le goût délicieux des petits riens, des
bonheurs simples de la vie.
Même
si on peut regretter que les personnages aient des visages quelque
peu inexpressifs et des voix identiques (ce qui est légèrement
gênant pour ce genre de film), «Mari Iyagi» n’en demeure pas moins
un film qui transpire le bonheur et qui fait du bien dans un paysage
cinématographique trop souvent coulé dans un moule marketing. Fortement
inspiré de l’univers de Miyazaki (et de l’excellent «Mon voisin
Totoro»), «Mari Iyagi» aborde des thèmes essentiels comme la joie
et l’amitié, l’absence et la douleur pour un enfant, la peur de
grandir et de quitter le cocon familial, la Nature dans ce qu’elle
a de plus merveilleux à offrir. La frontière entre réel et imaginaire
baigne dans un flou qui entretient la dimension magique du film :
il fait bon se perdre dans la forêt des rêves. «Mari
Iyagi» cristallise tous les rêves d’enfant. On s’est tous créé
des "compagnons invisibles" dont on croyait à l’existence
de toutes nos forces, on s’est tous inventé un monde pour se réfugier
dont l’accès était connu de nous seul, on a tous voulu voir les
objets de notre chambre se mettre à flotter soudain dans les airs…
On
ne peut regarder «Mari Iyagi» que si on a gardé la faculté de
s’émerveiller, que si on a laissé dans son cœur une petite place
pour rêver, que si on sait encore regarder le monde avec des yeux
d’enfant. Ce film met tous les sens en éveil : un bon moyen
d’oublier d’être blasé ! «Mari
Iyagi», c’est comme un rêve peint à l’aquarelle qui laisse des
souvenirs si flous mais si chargés d’émotions qu’on se demande
dans quelle mesure il ne serait pas vrai…
«Mari
Iyagi», c’est comme un voyage qui nous fait quitter la terre ferme
sans qu’on s’en rende compte…
Nathalie
Debavelaere
Le
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