22 janvier 2019
Critiques

Marvin ou la belle éducation : Confessions intimes

Pas facile de s'en sortir dans la vie quand on s'appelle Marvin Bijou. Surtout quand on veut percer dans le milieu théâtral à Paris avec pour seul bagage culturel le souvenir d'une enfance passée chez les cas sociaux à essayer de survivre dans une famille de demi-consanguins crasseux. Heureusement, il peut compter sur le soutien de son mentor pédé-sympa qui croit en son potentiel et l'aide à monter son premier spectacle. C'est alors que Marvin tombe sous la coupe d'un sugar-daddy style Kevin Spacey du XVIème (Charles Berling donc), qui va le dépuceler en mode savonnette sous la douche et lui présenter Isabelle Huppert dans le rôle d'Isabelle Huppert

Si vous trouvez le vocabulaire employé dans le résumé ci-dessus aussi douteux qu'un débat d'idées chez Morandini, rassurez-vous : il ne s'agit que de coller à l'idée qu'Anne Fontaine se fait de ses personnages. Inspiré du parcours d'Eddy Belle-Gueule, "Marvin la belle Education" aimerait se poser en ode à la résilience face à l'aliénation du déterminisme social. Pourtant, la réalisatrice ne cesse elle-même d'acculer les personnages à leur stéréotype le plus gras, leur interdisant précisément ce qu'elle voudrait célébrer chez son héros éponyme. Ça pourrait-être un parti-pris de mise en scène (Marvin réussit finalement à se transcender là où les autres échouent) mais à l'écran c'est surtout de la caractérisation épaisse comme un enjoliveur d'autobus, où chacun n'existe qu'à travers la démonstration de sa condition sociale. Ça se voudrait du David O'Russell dans l'intention, c'est tout juste du niveau de Confessions Intimes dans l'exécution.

C'est d'ailleurs la sensibilité d'un producteur de télé-réalité que l'on retrouve chez Anne Fontaine qui jette sa caméra sous le nez de ses personnages en demandant à ces drôles de bébêtes informes de pousser les curseurs à fond pour donner du croustillant au beauf sur son canapé. Voyeuriste et racoleur, Marvin l'est d'autant plus qu'il place l'entièreté de son récit sous le contrôle du héros éponyme, qui dans un geste arty achevant de condamner l'ensemble (apartés malmenant le quatrième mur et montage non-linéaire cache-misère), semble régenter la narration en réorganisant ses souvenirs. Un peu comme s'il fabriquait devant nous le spectacle de sa vie avant de le montrer sur scène pour enfin extérioriser son vécu dans le climax cathartique de rigueur.  

Problème : le passage en question se révèle inexistant en terme dramatique. D'abord parce que le film a cette idée grandiose de faire intervenir Isabelle Huppert dans le rôle d'Isabelle Huppert pour faire du Isabelle Huppert dans le rôle de la maman de substitution qui va jouer sa mère biologique (et donc continuer à faire du Isabelle Huppert) sur scène avec lui. Mais surtout, c'est tout le film qui ressemble à un spectacle d'art contemporain dans lequel Marvin exclue le spectateur de sa construction. Sinon pour lui arracher notre compassion au forceps sans autres considérations, notamment pour ses protagonistes secondaires coincés dans cette expérience de laboratoire qui ne les définit qu'à travers leur interaction monolithique avec le personnage principal. Du moins jusqu'à ce qu'Anne Fontaine ne décide de recourir à des moyens pour le moins douteux (inserts et autres raccourcis scénaristiques) pour tout d'un coup leur inventer une profondeur jamais creusée en amont, histoire faire avancer l'intrigue. Parce qu'en plus d'être désagréable, lapidaire et égoïste, Marvin réussit à être arbitraire. Bref, Marvin est un connard !
Auteur :Guillaume Meral
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