1°)AVIS
Alors
que l'hystérie gagne les Etats-Unis avec la sortie du dernier
"Star Wars" nous, pauvres petits français, devrons attendre
jusqu'au 13 Octobre pour découvrir le nouveau succès
de George Lucas. Qu'à cela ne tienne, Le Quotidien du Cinéma
a de quoi vous faire patienter avec l'autre champion du Box-Office
Outre-Atlantique, (qui est également le premier volet d'une
trilogie) un film de science-fiction passionnant et percutant
: " Matrix ".
"Matrix" est réalisé par deux p'tits gars, Larry
et Andy Wachowski, qui n'étaient connu jusqu'à présent
que pour leur seul et unique méfait cinématographique,
le confidentiel mais réputé "Bound", une série
noire parodique, diaboliquement mise en scène (et un peu
roublarde), à l'univers oscillant entre le cinéma
de De Palma et celui des frères Coën ! Un film
dont les amateurs ne sont pas prêts d'oublier la troublante
sensualité de ses deux interprètes principales :
les divines Gina Gershon et Jennifer Tilly... C'était il
y a trois ans, et depuis personne n'avait de nouvelles des frères
Wachowski. Ils étaient tout simplement en train de confectionner
de toutes pièces un univers original et effrayant, le monde
de "Matrix".
A
la fin du second millénaire, un jeune informaticien, Neo
(Keanu Reeves : excellent), découvre grâce à
la complicité de l'inquiétant Morphéus (Laurence
Fishburne), qu'il vit en réalité au 22ème
siècle; que notre environnement est une création
virtuelle produite par une mystérieuse entité électronique
: " la Matrice ". Mais chut, n'en révélons pas plus
sur le scénario de ce film d'action qui s'embarrasse, ce
qui devient rare, d'une véritable histoire à raconter...
En fait, "Matrix" vient à point nommé, pour sortir
des marécages, un cinéma d'action américain
cynique et moribond, dont Michael "Armageddon" Bay est devenu
le fer de lance, une production sans aucune ambition scénaristique
ou visuelle ! Pour relever ce lourd défi, les frères
Wachowski ont bénéficié d'un budget record
pour un second long métrage ! En effet, 100 millions de
$ ont été nécessaires à l'élaboration
de ce film largement inspiré des écrits de William
Gibson (le pape du Cyberpunk), des comics U.S., (tout le design
de " Matrix " a été conçu par Geoff Darrow,
un maître du genre), des Mangas et des films d'action produits
à Hongkong !
Toutes ces influences digérées par de sinistres
tâcherons auraient donné naissance à un film
futuriste bâtard, mais les frères Wachowski sont
des petits malins et ils ont réussi à créer
avec "Matrix" un univers personnel et cohérent, à
concilier intelligemment leurs ambitions intellectuelles avec
l'obsession du business des Majors Company (*). Ils ont pu ainsi
se protéger de l'emprise du producteur Joel Silver, en
réalisant un spectacle total : mouvementé et divertissant
(chaque scène d'action vous mettra k.o.), mais qui révèle
en seconde lecture, une oeuvre métaphysique sur l'homme
et son identité dans une société où
la manipulation médiatique est reine !
Larry et Andy Wachowski redonnent avec "Matrix" ses lettres de
noblesse à un cinéma subversif et teigneux souvent
méprisé par la critique française : le film
de genre. Il n'en faut pas davantage pour éluder la clé
du succès de "Matrix" : les frères Wachowski font
partie de cette poignée de jeunes créateurs (de
"résistants" ?) qui offrent aux spectateurs une véritable
expérience cinématographique, un blockbuster (**)
angoissé et non pas un produit aseptisé, comme on
n'en souffre plus d'en voir !
Avec
les Wachowski Brothers, c' est sûr Hollywood n'a qu'à
bien se tenir !
Grégory
Marouzé
(*)
Gros studios.
(**) Films de studios.
En marge
de l'article sur " Matrix ", voici quelques informations concernant
Joel Silver, le producteur.
En 1985,
Joel Silver crée sa société de production
Silver Pictures", spécialisée dans des blockbusters
oscillant entre le meilleur ("Piège de cristal" de John
Mc Tiernan, avec lequel il a redéfini le cinéma
d'action) et surtout le pire (la pénible série des
"Arme Fatale" de Richard Donner ). Ce qui lui permettra de devenir
un des poids lourds dans sa catégorie, avec des recettes
mondiales cumulées, estimées aujourd'hui à
2,8 milliards de $ !
Mais, parfois,
Joel Silver se donne des allures de Nabab, en finançant
des œuvres d'auteurs comme "Le grand saut" des frères Coën
! Une expérience qu'il vient de réitérer
avec "Matrix" et qui lui a porté chance car le film vient
de dépasser les quelques 150 millions de $ au Box-Office
américain !
Espérons
que le bonhomme retiendra la leçon en confiant un peu plus
souvent ses productions à de vrais créateurs; pensera
à l'avenir un peu moins au marketing et beaucoup plus en
termes de "Cinéma" !
2°)AVIS
Depuis
le 23 Juin, on peut enfin voir sur les écrans de la région, ce
qui constitue l'évènement attendu de cette fin de premier semestre,
le nouveau film des frères Wachowski : "Matrix3. Interprétés
par Keanu Reeves et Laurence Fishburne, "Matrix" nous présente
un petit bureaucrate anonyme qui, la nuit venue, se transforme
en un délinquant informatique. Toutefois, au coeur de son inconscient,
dans un état de demi-sommeil, il reçoit des messages mystérieux
qui l'incitent à se réveiller pour explorer, voire même lutter
contre une étrange matrice.
Ce
film de science fiction est une production de Joel Silver à qui
l'on doit la série de "L'Arme Fatale", des deux premiers épisodes
de "Piège de Cristal" ou bien encore de "Prédator". Bref, que
des monuments du film d'action des années 80 et 90. Avec "Matrix",
nous entrons dans une ère nouvelle de films dont l'intrigue scénaristique
préfigure ce que sera le cinéma du prochain siècle. Ici, on nous
présente un cyber-messie qui va libérer l'humanité d'un joug diabolique,
aussi semble-t-il opportun d'employer l'expression de cyber-thriller
pour qualifier cette production américaine.
De
fait, "Matrix" apparaît comme la conclusion logique
d'une évolution dans le cinéma concernant l'emploi du monde cybernétique
à la fois comme instrument technique pour la réalisation et comme
source scénaristique. Le point de départ de cette double évolution
est un film complètement oublié : "Tron" réalisé par Steven Lisberger,
en 1982, pour le compte de la firme Walt Disney. Mal perçu à l'époque,
car trop visionnaire, ce film, interprété par Jeff Bridges, est
totalement à reconsidérer maintenant. On peut également citer
"Le Cobaye" de Brett Leonard ou plus récemment "Existenz" de David
Cronenberg.
"Matrix"
est réalisé par Larry et Andy Wachowski. Les deux frères s'étaient
déjà fait remarquer avec "Bound" un thriller à l'érotisme brûlant.
Ils s'attaquent avec leur deuxième long métrage à une nouvelle
variante cinématographique sur le monde de la réalité virtuelle
qui se distingue à la fois par sa virtuosité dans le recours aux
arts martiaux et par un discours philisophique parfois abscons,
il faut en convenir, et qui ralentit quelque peu l'action. En
effet, l'univers dans lequel nous précipite le duo de metteurs
en scène nécessite une totale adhésion et implique que "Matrix"
est tout autre chose qu'un pop-corn movie ou un jeu vidéo géant.
Bénéficiant
d'une qualité visuelle rarement atteinte, "Matrix" est
un spectacle extraordinaire. Effets spéciaux et interprétation
sont de premier ordre. Un seul regret, la partition musicale signée
Don E. Davis qui est d'excellente facture mais qui n'est pas employée
dans l'un des gunfights les plus renversants du film au profit
d'un morceau musical produit par les Propelers Heads, ce qui atténue
l'impact final de cette séquence.
Cette
réserve faite, "Matrix" est à voir toutes affaires cessantes.
Christophe
Dordain
3°)AVIS
Histoire
: Néo, pirate informatique, est contacté par Morphéus, le plus
grand pirate informatique. Par l'intermédiaire de Trinity, Néo
va rencontrer Morphéus et découvrir qu'il est prisonnier d'une
entité vectorielle comme tous les humains !
Résultat
: Génial ! Un scénario clair et interessant. Des images de toute
beauté, un jeu d'acteur pointilleux et une mise en scène très
grand spectacle. Bref, une réussite... Sauf la fin ; on manque
d'informations, on reste trop sur sa faim. Mais, d'après certaines
rumeurs, Matrix est le début d'une trilogie; alors Patience !
Un
film à ne rater sous aucun prétexte.
Paul
de Moura
Le
Quotidien du Cinéma est également producteur d'un
magazine radio consacré au cinéma. Retrouvez chaque
samedi à partir de 14h "Les aventuriers des salles
obscures" sur Radio Campus, 106.6 FM ou sur internet grâce
au site : campuslille.com.
Qu'on se le dise...