16 décembre 2018
Critiques

Maya : Un voyage immersif vers l’Inde

Critique du film Maya

par Clémence Leroy

"Maya", c’est l’histoire de Gabriel, Reporter de Guerre, tout juste libéré de 4 mois de captivité en Syrie.

La première scène nous montre un personnage amaigri dans une chambre d’hôtel, redécouvrant son visage dans le miroir. Un moment d’intimité avant les courts instants de retrouvailles avec ses proches à Paris qui se suivront de longs examens médicaux et entretiens psychologiques.

Le retour aux habitudes est impensable, Gabriel a la tête sur les épaules et n’oublie pas où en était sa vie privée avant sa prise d’otage. C’est avec beaucoup de recul qu’il part, sans attache et sans regret derrière lui, malgré la douce voix de son ex petite amie jouée par Judith Chemla qui nous régale dans une magnifique scène intimiste de chant.

Mia Hensen Løve ne fait pas un film sur le métier de reporter de guerre (même si la vocation est un élément important dans les films de la réalisatrice) ni sur le thème de la reconstruction psychologique après l’horreur. Gabriel est un homme blessé certes, mais pas brisé. En tous cas suffisamment robuste pour entamer un long voyage, qui emporte le spectateur avec lui vers la contemplation d’un monde nouveau.

C’est avec un très beau raccord que Gabriel quitte Paris pour Goa en Inde. Une destination facilement choisie, celle de ses 7 premières années de vie avec sa mère. Un retour aux sources qui implique de laisser entrer la nostalgie. C’est dans cette quête intérieure et cette volonté de redécouvrir une partie enfouie de son passé que Gabriel va s’ouvrir aux autres. C’est ce qui va l’amener à une rencontre : celle de Maya qui va progressivement le relier à la vie.

L’actrice Aarsho Banerjee, découverte à l’âge de 16 ans grâce à une simple vidéo réalisée dans sa chambre, joue ici son premier rôle de cinéma ; un nouveau visage qui nous ravit par sa beauté, sa simplicité et sa franchise.

Sa maturité à l’écran est un point essentiel dans la réussite de ce couple de cinéma, éloignant tout préjugé moral sur la différence d’âge des deux personnages. Roman Kolinka incarne à merveille cet homme introverti, réservé et pudique qui ne s’étale pas sur son expérience traumatisante mais va de l’avant afin de chercher une nouvelle vérité, ailleurs.

"Maya" raconte une rencontre, mais surtout l’histoire d’un voyage et d’un homme dont l’ADN l’attirera sans cesse vers l’ailleurs. Loin du portrait d’un homme fuyard ou torturé, c’est avec brio qu’elle nous fait comprendre ce désir de liberté qui pousse ces hommes aux métiers exceptionnels à toujours repartir vers de nouvelles aventures et sans jamais leur en vouloir.

Mia Hensen Løve nous montre ici que faire un film c’est avant tout faire l’expérience de l’exploration du monde. C’est un film spirituel et sensuel qui nous montrer toute la langueur mais aussi les couleurs de l’Inde, un effet renforcé par le tournage en 35 mm. La bande-originale du film, qui mélange des chansons indiennes inconnues à du classique et de la pop anglo-saxonne donne une identité forte à ce sixième long métrage.

Mia Hensen Løve a le don de faire ressortir de chacun de ses films une sorte de quiétude qu’on se régale de retrouver avec "Maya".