16 décembre 2018
Critiques

Moi, Tonya : La badass du patin à glace

Tonya Harding, grande patineuse artistique, est connue pour avoir été la première américaine à tenter avec succès le triple axel lors d'une compétition, mais avant tout pour son caractère bien trempé et l'affaire qui l'oppose à sa rivale Nancy Kerrigan.

Loin des clichés du biopic traditionnel, Craig Gillespie choisit une mise en scène détonante, à l'image de la personnalité tumultueuse de son personnage éponyme. La caméra dansant littéralement autour de son actrice, le long-métrage offre quelques scènes de ballets sur glace grandiose. À base d'humour noir incisif, de tranches d'interviews hilarantes, d'un montage dynamique et d'une bande-son ébouriffante, il parvient à impliquer à chaque instant le spectateur dans les scènes de violence et d'émotions, tout en créant une distance grâce à une dose d'humour borderline. C'est tout simplement brillant.

Et pour ce faire, le réalisateur s'entoure d'un casting absolument parfait. Margot Robbie, révélée dans "Le Loup de Wall Street" et "Suicide Squad", est, à tout instant, juste et attendrissante en patineuse déchue. Récompensée du Golden Globes 2018 de la meilleure actrice dans un second rôle, Allison Janney, qui incarne la mère de Tonya, s'avère le rôle le plus étonnant et charismatique, à la fois cruelle, drôle dans son extrémisme et fascinante, rien que par un rictus infime lorsque le visage de sa fille s'illumine de fierté à la fin d'une compétition. Sebastian Stan, interprétant l'ex mari, et Paul Walter Hauser, le garde du corps, offrent quelques scènes de débilités mordantes.

Exclue à vie de la Fédération américaine de patinage et passée aux oubliettes, le film réhabilite en quelque sorte Tonya Harding, en la montrant sous un angle intime, loin de l'image que les médias se plaisaient à transmettre par goût du scandale. Il dénonce par ailleurs le caractère trop guindé des compétitions de patinage artistique qui refusaient l'excentricité, malgré le talent, ce qui aurait très certainement changé le destin de la rock'n'roll du sport.

Un film brillant, corrosif, cocasse qui ne tombe jamais dans le piège de l'apitoiement. 
Auteur :Lucile Tallon
Tous nos contenus sur "Moi, Tonya" Toutes les critiques de "Lucile Tallon"