19 novembre 2018
Critiques

Mon Ket : Un film sans prétention

François Damiens s'est imposé, au fur et à mesure, comme une référence en termes de caméra cachée. Nombreux sont ceux qui ont en mémoire François l'embrouille et ses moments pris sur le vif, mélange entre malaise et l'hilarité qui est presque sa marque de fabrique. De plus, il a touché à des registres différents, de la comédie culte avec "Dikkenek" et "OSS 117 : Le Caire, nid d'espions", en passant par la comédie populaire avec "La famille Bélier", mais aussi des rôles plus sérieux avec "JCVD", "Les Cowboys" ou l'ovni qu'est "Le Tout Nouveau Testament". Dans toutes les facettes de son jeu, il a su attirer l'attention sur lui et nous prouver qu'il peut être bon voire excellent dans quasiment tous les registres. Cependant, François Damiens tente encore autre chose : écrire et réaliser son propre film, une tâche ardue mais ou est-ce que va nous emmener ce prometteur belge avec "Mon Ket" ?

Difficile d'apprécier pleinement "Mon Ket" même si des idées y sont plus qu'intéressantes. Mon Ket qui signifie « mon gosse » et raconte l'histoire de Dany Versavel (François Damiens), un truand derrière les barreaux. A l'annonce de l'abandon de la garde de son fils, il décide de ne pas signer le papier et surtout de s'évader de prison pour le retrouver, lui, son fils qu'il chérit tant.

François Damiens renoue avec ses racines puisque le film est une comédie entièrement tournée en caméra cachée, ce qui de prime abord déstabilise puisque c'est un style qui est purement télévisuel et non cinématographique. Le concept a déjà été fait, mais il reste tout de même intéressant, raconter une véritable histoire de A à Z en se basant que sur des gens qui sont pris à leurs insu. C'est un challenge auquel de nombreux réalisateurs, surtout pour leurs premiers films écrits et réalisés, n'auraient jamais cédé.

À la suite de l'interview de François Damiens à laquelle j'ai pu assister, j'ai remarqué, avec joie, que l'envie de comédie et de partage est présente. Le film est un pur produit de divertissement et François Damiens ne s'en cache pas. Le réel tour de force, ce sont les instants de vie que capture François Damiens et qui sont, d'après lui, véritables, sincères. Plus que de la sincérité, je traduirai cela par un aspect presque de recherche ethnologique que j'aurai aimé voir être exploité. Ce n'est pas le but de l'ensemble, mais c'est un point fondamental tout de même, traité bien trop en surface.

François Damiens pousse l'irrévérencieux jusqu'au bout, aider un mineur à fumer, de la prostitution, du harcèlement et de l'insulte. Son but n'est pas bêtement de choquer, c'est une mécanique d'humour aux rouages huilées. Humour qui franchit les limites avec un recul lié à son personnage outrageant tout en offrant à ce personnage une perspective de bonté. Pourtant, tout n'est pas sublime ici, loin de là. D'abord l'histoire, qui est plus minimaliste que le minimalisme lui-même, ce qui entraine un développement des personnages bâclés, surtout celui de son fils. Ce qui est paradoxal pour une oeuvre traitant du rapport père et fils. La fin, trop vite expédiée, gâche le tout et on en ressort amer, mais avec tout de même un sourire aux lèvres. 

"Mon Ket" offre une belle occasion à François Damiens d'affirmer son talent de comédien, mais pas de réalisateur. L'ensemble est très maladroit quoiqu'audacieux et surtout prometteur. La prestation est marquante tandis que l'histoire s'avère oubliable, le fil rouge du père et son fils n'apporte pas le sublime qu'elle devrait avoir. Cependant, il faut noter que l'exercice est plus que périlleux et ce que Damiens arrive à donner en retour est un film sans prétention, empli d'humour noir et de sincérité.


Auteur :Antoine Dubuis
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