17 juillet 2019
Critiques

My Beautiful Boy : Un film essentiel pour notre époque

Critique de My Beautiful Boy

par Alexa Bouhelier Ruelle


Jetez un coup d’œil à l’affiche du film. Elle présente une photo, en noir et blanc usée, des deux protagonistes : David Sheff et son fils, Nic. Le bras gauche de David entoure les épaules de son fils. Son sourire exulte une fierté paternelle. Les lèvres serrées avec un sentiment de retenue, dont seuls les pères savent faire la preuve, comme pour ne pas faire honte à son fils, lors d’un moment trop affectif.

La photo est coupée par un pli vertical, séparant de manière imparfaite les deux personnages. Un petit pli absurde, qui ne fait sens que, si cette photo était restée un certain temps dans un porte-monnaie, pour être seulement sortie et montrer aux autres fréquemment.

Regardez ces personnes. Regardez le jeune homme, qui a l’avenir devant lui. Plutôt beau garçon et surement très intelligent, il devrait pouvoir devenir qui il veut dans ce monde. Regardez son père, comment cela a dû être dur de travailler pour être sûre que ce fils, dont il est si fier, ait une vie facile.

Pour qu’un jour il puisse prendre une photo remplie de joie de vivre, comme celle-ci. Et à quel point ce serait dur, si quelqu’un ou quelque chose venait les privés de cette joie.

La plus grande tragédie dans "My Beautiful Boy", est que cette histoire est douloureusement pertinente dans la vie de nombreuses personnes au sein de l’engrenage mortel de la crise opioïde. Approximativement 72 000 Américains sont morts d’overdose l’année dernière.

 "My Beautiful Boy, réalisé par Felix Van Groeningen, traite de la crise opioïde au niveau familial, en se focalisant sur une histoire, celle de David Sheff et de son fils Nic. Van Groeningen ne fait pas de ce film une parade tragique, ce qui est tout à son honneur. Il trouve certaines émotions, pas seulement dans le passé de David et Nic, mais aussi dans l’addiction de ce dernier.

Ce qui rend "My Beautiful Boy" bien plus honnête que si Nic brisait le cœur de son père encore et encore. Il y a des moments de rebond chez Nic et lors des rechutes. Ces moments sont associés à des scènes comiques. Comme lorsque David lance son téléphone dans un élan de colère et on le retrouve à genoux dans les buissons, cherchant son téléphone, quelques minutes plus tard. La drogue transforme et détruit des vies. Cependant, "My Beautiful Boy" ne présente pas les personnages à coup de clichés.



Les auteurs de "My Beautiful Boy" ont eu la bonne idée de se référer aux deux biographies de David et de Nic Sheff, pour ne pas perdre de vues les deux perspectives. Alors qu’il est simple de ressentir de la peine pour David, un père qui réalise lentement qu’il est incapable de sauver son fils.

Le spectateur n’est pas coupé du sentiment de Nic Sheff : il n’y a pas de réponse simple aux problèmes de la drogue. L’enfance de Nic a été belle. Il a été élevé dans un confort relatif. Mais la drogue s’est insinuée sournoisement dans sa vie. C’est à ce moment-là que le « pourquoi ? » de l’histoire passe par la fenêtre.

Steve Carrel et Timothée Chalamet sont superbes dans leurs rôles respectifs. Carrel met tout son talent dans le portrait d’un père tout ce qu’il y a de plus normal. C’est un père avec plus de moyens que d’autres. Néanmoins, l’amour qu’il porte à son fils est ce qui le définit réellement. Cet amour ne suffit malheureusement pas.

Pour ce qui est de Timothée Chalamet, il est certainement l’un des meilleurs jeunes acteurs sur grand écran aujourd’hui. Il joue Nic Sheff, non pas telle une caricature, mais une personne avec un passé unique et une personnalité spécifique, noyée par son addiction.



Peu importe combien de fois vous regardez Chalamet, son visage vous surprendra. Il fait partie de ces acteurs que vous pouvez trouver charmant et en même temps son visage pâle et angulaire transmets une telle émotion qu’il est difficile de le cerné totalement. Dans "Call Me By Your Name", Timothée Chalamet est direct, ici il est transformé, en faisant de Nic un James Dean totalement déconnecté de son environnement.

Pour son premier long-métrage en anglais, le réalisateur flamant, travaille avec ses collaborateurs habituels, le directeur de la photographie Ruben Impens et au montage Nico Leunen. Cependant, la narration non-linéaire du scénario, co-écrit par Luke Davies, enlève un certain pouvoir d'adhésion totale au film.

En effet, "My Beautiful Boy" saute de flashbacks en flashbacks. Ce qui perturbe parfois le spectateur. Ces flashbacks sont utilisé pour refléter le conflit intérieur des personnages. Mais, souvent, ils évoquent la mélancolie pour une vie passé, plus simple. Il est dur de ne pas être touché par cette histoire, ou par la fragilité de Nic Sheff.

Toutefois, "My Beautiful Boy", plutôt que de plonger dans le cœur du sujet, effleure seulement la surface, avec des panoramas Californiens tellement beaux qu’on arrive à se demander si l’office du tourisme n’a pas eu un rôle à jouer dans la production. L’esthétique léchée du film, lui donne un style léger, comme si le sujet était trop sombre pour oser le confronter directement.

Le film opère avec les meilleures intentions, et trouve quelques moments d’émotion brute d’un père qui ne peut pas sauver son fils. Et un fils qui se bat pour survivre. Comme mentionné précédemment, le « pourquoi » ne sera pas résolu à la fin.

"My Beautiful Boy" reste quand même en tête. Peut être comme l’un des films les plus importants de cette année 2019.

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