13 décembre 2018
Critiques

Neuilly sa mère, sa mère : Votez Nanar !

On ne sait pas si chaque passion a ses perversions, mais pour ce qui est de la cinéphilie, il y a des petits pêchés mignons qui nous valent regards torves ou tout du moins confus lorsqu'on ose les confesser à un profane. Nanarland nous régale depuis bientôt près de deux décennies en nous faisant découvrir des morceaux de pellicule semblant sortir tout droit d'une autre galaxie mais les salles obscures ne cessent presque pas de mettre à portée de nos rétines des œuvres cinématographiques presque surnaturelles mais qui sont pourtant bien de chez nous.

Les bonnes comédies françaises sont une espèce en voie de disparition pour beaucoup mais lorsqu'elles sont nulles, elles le sont avec une flamboyance telle qu'on se demande comment un esprit sain aurait pu les éructer. On attendait donc "Neuilly Sa Mère, Sa Mère !" absolument pas pour les bonnes raisons et il donne exactement ce qu'on en attendait. Comme le disait le doppelgänger de latex d'un célèbre corrézien dans une vraie satire politique désormais disparue après quelques – trop – d'années de sénilité humoristique, c'était pile-poil !

Cette suite essaie d'être un miroir du premier en inversant les hôtes et les hébergés. La victoire du Parti Socialiste aux élections présidentielles de 2012 a plongé les sarkozystes De Chazelle dans une période sombre, en particulier le fils Charles rendu limite catatonique par la défaite de son héros. Les mésaventures des De Chazelle connaissent leur apothéose lorsque l'entreprise familiale Porc Ever - … - est éclaboussée par un scandale sanitaire. Humiliés et démunis, les De Chazelle cherchent une bonne âme qui pourrait leur ouvrir ses portes, bonne âme qui sera finalement le cousin Ben Boudaoud. Et là, l'écriture part complètement en cacahuètes !

Comme s'il était terrifié par le vide, le scénario multiplie les sous-intrigues et le montage ne parvient pas à les gérer correctement puisqu'il saute de l'une à l'autre sans que l'alternance ne permette au spectateur de se repérer dans l'avancement de chacune. Charles De Chazelle se lance dans la course à la mairie de Nanterre parce que quelqu'un qui imite mal Nicolas Canteloup qui imite Nicolas Sarkozy (et non, mal + mal, ce n'est pas égal à bien…) lui apprend que le Conseil Constitutionnel a invalidé les précédentes élections municipales. À côté, papa De Chazelle végète parce qu'il a tout perdu, belle-maman De Chazelle s'investit dans la communauté de Nanterre et cousin Ben Boudaoud pète un plomb parce qu'il a vu une photo de sa copine avec un autre gars dans le champ. La dernière est la pire de toutes parce qu'elle est incohérente et que Ben Boudaoud arrive à se faire pardonner après s'être comporté comme un turbo-goujat. Elle croise même des personnages évoluant dans une autre sous-intrigue à l'aide d'un retournement de situation de type "Spider-Man : Homecoming".

Boursouflé, le film l'est donc. Vide, il l'est pourtant aussi car son humour est presque totalement à base de vannes politiques que votre boucher pourrait faire et encore, votre boucher fait sans doute des vannes plus recherchées (et des bons steaks). Ce que "Neuilly Sa Mère, Sa Mère !" a à vous offrir en termes d'humour politique, vous pouvez le retrouver en allumant votre télévision à l'heure de Quotidien ou en écoutant la revue de presse humoristique de France Inter ou d'Europe 1. Que vous en attendiez une récréation complètement siphonnée et inconséquente ou une satire perspicace et donnant à réfléchir, vous vous sentirez lésés par "Neuilly Sa Mère, Sa Mère !" et vous préférerez aller sur Internet pour vous taper des kilotonnes de mèmes parce que vous savez que vous finirez par en croiser au moins quelques images créatives. Entre ça, des impasses comiques dans lesquelles le film s'engouffre à toute berzingue en laissant son spectateur aussi pantois qu'impuissant ou des blagues dont on continuera encore longtemps à chercher la pertinence comique comme par exemple le goût des gays pour la porcelaine, on se dit qu'on a touché le jackpot.

Bon allez, on va essayer de finir avec les rares choses qui vont dans le film comme Valérie Lemercier qui survole le très bas niveau de Jérémy Denisty et Samy Seghir en livrant une prestation brève, mais toute en roue libre, en venin et en grimaces, un peu comme un commencement de preuve du fait que l'actrice soit consciente de ce dans quoi elle se retrouve et décide d'y aller à fond les ballons. Il y a aussi des moments où la mise en scène essaie de proposer autre chose qu'une grammaire basique à son spectateur et c'est souvent foireux, mais toujours un peu attendrissant, cette bonne volonté… Ce ne sont toutefois que des gouttelettes dans un pichet de nanardise que seul notre beau pays est capable de nous servir.

Vive la République, et vive la France !
Auteur :Rayane Mezioud
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