18 février 2019
Critiques

Nocturnal Animals : Pas loin du chef d’oeuvre

Il y a plein de films dans "Nocturnal Animals", le second long-métrage du couturier-superstar Tom Ford qui, quand il ne crée pas de cravate en tricot et de blazers en serge marine, passe ses dimanche à concevoir des thrillers bien foutus à défaut d'être réellement dérangeants.

Pour commencer, il y a l'histoire déjà trop vue de cette nana branchée d'Hollywood, broyant sa solitude dans une villa de verre glaciale, avec vue sur Los Angeles, ses dédales d'autoroutes et ses palmiers déprimants. Responsable d'une caricature de galerie d'art contemporain (elle y expose des performances vivantes de femmes obèses à poil) et noyée dans une foule de gens froids et désincarnés. Un jour son ex-copain ( de plus de vingt ans, quand même) lui envoie une épreuve de son nouveau manuscrit. C'est cette deuxième histoire qui emboîte le pas et retient plus l'attention : Un couple de citadins et leur fille prennent la route des vacances au volant de leur Mercedes made in 80's, alors qu'ils traversent le fin fond du Texas ils sont sauvagement agressés par une bande de Rednecks crados menés par Aaron – Kickass –Taylor Johnson…

Première chose : Tom Ford sait filmer, du moins son chef op' et son directeur photo sont franchement bons. Certains plans larges du désert rappellent l'autre Ford…celui qui ne faisait pas de cravates mais de jolis Western. Parfois poseur, souvent dans l'épate mais jamais ennuyeux, "Nocturnal Animals" propose deux univers visuels opposés qui s'imbriquent parfaitement : d'un côté le froid bleuté et glacial d'un Los Angeles sous Valium, de l'autre les Buick rouillées et la lumière crépusculaire qui tape sur les maisons crassouilles du Texas. C'est un peu la limite de son cinéma : le jeune réalisateur, probablement grisé par ses succès en tant que directeur artistique de haute couture, cherche le chef-d'œuvre, néglige parfois l'intrigue en se disant que, dans le pire des cas, son film passera pour un monument de cinéma formaliste (ça a bien marché pour Winding Refn…)

Et c'est bien dommage parce que quand Tom Ford arrête de se regarder filmer, ça donne le plus beau moment du film : l'agression gratuite et brutale de toute la famille. Interminable et franchement éprouvante, elle met en avant la superbe idée de la scène : la bande de lascars doit d'abord réparer la voiture familiale afin de pouvoir repartir et embarquer tout le monde, devant un Jack Gyllenhall paralysé par la peur, cherchant vainement à se rassurer dans les sourires et les brefs moments de calme de son bourreau.

La suite du film, consistant en une immense allégorie d'un ex-copain frustré jusqu'à la mort, ressemble plus à la bonne idée d'un mec qui y greffe tous ses défauts de jeune cinéaste : symbolisme neuneu et lubies démodées qui ne parviennent pas, néanmoins à rendre le film mauvais. Parce que tout le monde y est très bon, parce qu'il y a Michael Shannon et parce que l'histoire tient la route et que, mine de rien, Tom Ford signe là un très bon film.

C'est bien, c'est frais. Ça a de petits défauts mais c'est prometteur : à n'en pas douter, lorsqu'il co-écrira un film avec un vrai scénariste : Tom Ford le réalisera, son chef-d'œuvre.
Auteur :Mickael Vrignaud
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