13 décembre 2018
Critiques

Nos batailles : Moins de réalisation que de batailles

Avec un mélange entre "Gone Girl" et "Des Vents Contraires", Guillaume Senez signe son second long-métrage après "Keeper", sorti en 2015. Dans ce film, Olivier interprété par Romain Duris, chef d'équipe dans un entrepôt servant de transit pour l'entreprise Amazon, doit se résoudre à rentrer tard le soir et à partir tôt le matin sans profiter de sa famille. C'est lorsque sa femme Laura disparaît inexplicablement qu'il doit apprendre à s'occuper de ses enfants seul et gérer son activité professionnelle en parallèle.

Jeune réalisateur déjà expérimenté, Guillaume Senez a pour mantra de livrer un film très personnel et libre d'interprétation, pimenté par une direction du casting particulière. Les acteurs ne connaissent pas leur texte et sont laissés en improvisation jusqu'à ce qu'ils se rapprochent le plus de leurs lignes originales. Souvent une bonne chose pour les films d'auteurs, notamment pour donner une authenticité aux dialogues, le film a justement tendance à trop nous laisser décider à la place des personnages. La disparition jamais expliquée, la conclusion volontairement ouverte, les non-dits et le manque de communication entre un père et ses enfants, tous ces éléments laissent l'impression d'un moment vide qui doit être forcément comblé par l'imagination du public. Ne voulant pas pendre le spectateur par la main, le réalisateur parait persuadé que chacune des personnes présentes dans la salle interprétera le film à sa façon, oubliant ainsi que le scénario n'est pas à garder creux pour autant.  
 
Il tente néanmoins de le remplir grâce à deux thèmes bien distincts, la lutte ouvrière au sein de l'entreprise et la disparition d'un proche. Ces sujets, souvent traités dans des films différents, doivent ici trouver des liens et des connexions pour avoir un rapport, ce qui n'est pas toujours le cas. Avec deux ambiances qui n'arrivent pas à trouver d'échos et des scènes qui s'enchaînent comme un diaporama de photo de vacances, la mise en scène reste austère et le découpage assez aléatoire. D'un côté, un moment intime entre un père rassurant son fils, de l'autre, un ouvrier cherchant des moyens pour améliorer les conditions de travail dans son équipe, tout cela en l'espace de 30 secondes, à un point que la disparation de Laura semble oubliée de tous lors de certaines scènes. Impossible donc de s'investir dans le film quand on vous fait tourner la tête de droite à gauche comme lors d'un match de tennis. Les messages, les émotions et les multiples sous-thèmes abordés se perdent à chaque changement de plan et n'aboutissent pas suffisamment, prouvant l'importance d'une bonne direction artistique dans la réalisation. 

Tout n'est cependant pas à jeter dans ce long-métrage, et surtout pas l'acting, très bien exploité grâce à la méthode de Guillaume Senez détaillée plus tôt. Romain Duris reste ici formidable et réussi à faire passer le peu d'émotion jalonnant le film. Avec un personnage qui étoffe toujours plus sa gamme de rôle déjà bien fournie, il joue parfaitement avec les enjeux du film imposés et prouve son incroyable versatilité. Une performance appréciée, cette fois beaucoup plus surprenante, est celle de Basile Grunberger, le fils d'Olivier nommé Elliot. D'un sérieux et d'une sensibilité assez impressionnante pour son âge, notamment lors des scènes avec sa petite-sœur Rose, il apporte un appui non négligeable aux acteurs. En outre, Laetitia Dosch, jouant la sœur d'Olivier, noue une relation quasi fraternelle avec Romain Duris et cela se voit bien à l'écran. En somme, chaque acteur, à travers son personnage, expose un point de vue de l'histoire et bannis à sa manière les jugements envers le geste de Laura, une idée assez originale qui sert à excuser le principal rebondissement du film. Si les acteurs restent certes très bons, l'enchaînement trop rapide des plans et les mouvements tremblants de la caméra d'une personne à une autre lors des dialogues ne permettent pas de bien en profiter.

Bilan très mitigé donc, avec un long-métrage dont les acteurs restent très touchants et les idées de réalisation assez surprenantes pour un film d'auteur, mais plombé par un scénario malheureusement plat et une mise en scène sans queue ni tête. Guillaume Senez avait surpris avec "Keeper", sa chance de confirmer avec "Nos Batailles" n'a pourtant pas été saisie mais presque gâchée. A trop vouloir briser les codes du film d'auteur et insuffler de la personnalité dans sa réalisation, il perd les spectateurs et les laisse devant une coquille vide.
Auteur :Barthélémy Cabusel
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