18 décembre 2018
Critiques

Numéro Une : Un nouveau registre méritant !

Ce nouveau long-métrage, dont le scénario était destiné à nourrir une série, n'a décidément rien à voir avec son précédent film et c'est ce qui fait la qualité de cette cinéaste. Tonie Marshall : la seule et unique femme à ce jour possédant le césar de la meilleure réalisatrice, décide de nous emmener cette année dans le milieu de l'industrie et du grand patronat pour mettre en lumière la place des femmes dans les plus hauts postes de la société.  

Son héroïne Emmanuelle Blachey (incarnée par Emmanuelle Devos) est à la tête du géant français de l'énergie et devient la cible d'un club de femmes féministes, pour devenir la première femme PDG à la tête d'une entreprise du CAC40. Un poste de pouvoir semé d'obstacles et de coups bas avec un principal rival bien décidé à trouver ses points faibles. 

Il est beaucoup question de pouvoir et de rapport de force dans ce film. Comme le dit si bien Benjamin Biolay dans le rôle de Ronsin, le bourreau des cœurs, un homme ne peut accéder qu'à trois choses et il est rare d'en posséder plus de deux : le pouvoir, l'argent et le sexe. 

En l'occurrence "Numéro Une" nous montre comme il est difficile d'accéder au pouvoir. Une quête pleine d'embûches (magouilles, manipulations, hostilités, arrangements et pression) qui sont démultipliées lorsqu'il s'agit des femmes, souvent dans la ligne de mire de leurs concurrents masculins. Et ça, Tonie Marshall nous le montre parfaitement : scènes d'humiliations gratuites, reproches non fondés, regards déplacés et grossières insultes. La réalisatrice nous confie qu'elle n'a pas voulu dépeindre le portrait d'une Margaret Thatcher mais plutôt celui d'une personne humaine, avec une communication plus ouverte. Il n'empêche qu'Emmanuelle ne manque pas de poigne pour tenir tête à son rival : Beaulieu joué par Richard Berry qui incarne à merveilles cet homme tenace, terrible misogyne, d'une élégance remarquable. Ce concurrent reste toutefois un second rôle qui ne vole pas la vedette à notre héroïne. La vraie star ici c'est bien Emmanuelle Devos. 

Lors de l'interview que nous avons menée, Tonie Marshall a recueilli les témoignages de nombreuses femmes dans différentes entreprises. Elle nous dit bien que la plupart des femmes n'osent même pas postuler pour ce type de postes, tant convaincues qu'elles n'ont pas le profil ou la carrure, et pourtant elles sont bien meilleures que d'autres hommes. Emmanuelle en tant que femme, a dû mettre les bouchées doubles et acquérir de multiples compétences pour être remarquées par ses collègues masculins : parfaite maîtrise du chinois, poigne de fer, répondant et 4h de sommeil par nuit.  

Tonie Marshall arrive à montrer avec brio ce rythme fou de business woman, avec une fresque familiale décousue, qui parsème le film, des rares moments de tendresse avec sa fille et un duel intellectuel avec le père, le grand Sami Frey, entre de nombreuses immersions dans les grattes ciel parisiens.

Ce nouveau film arbore un genre réaliste qui fonctionne très bien, tantôt proche du thriller, épousant l'idée d'un drame qui n'en est pas un. 
Auteur :Clémence Leroy
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