17 décembre 2018
Critiques

Okja : Fable enchanteresse et violente

"Okja", le dernier long métrage de Joon-Ho Bong, avait fait l'objet d'une « polémique » au Festival de Cannes qui n'aurait pas lieu d'être si les jurés s'étaient attardés sur les qualités artistiques du film. D'autant que Joon-Ho Bong n'en est pas à son premier avec à son actif "The Host", "Mother" ou encore "Snowpiercer"; et qu'il se paye par ailleurs le luxe d'un casting assez impressionnant.

"Okja" a cette capacité de transporter le spectateur dans un univers à la fois fantastique, très éloigné de nous, comme un paradis utopique rêveur et enchanteur, avant de devenir un film d'aventure un brin excentrique dans lequel une petite fille tente de sauver son amie super cochon qui pourrait tomber dans la facilité et le déjà-vu; pour finalement refroidir une douche glaçante, en retombant face à une réalité cruelle et ô combien d'actualité.

"Okja" ou comment se prendre une belle claque bien grinçante. Car sous prétexte d'un film gentillet, c'est un en réalité une œuvre très engagée et déchirante. Tout y passe : la société de consommation de plus en plus goulue et ridicule, l'exploitation et la souffrance animale, le capitalisme, les médias, le pouvoir des images en ceci qu'il manipule sous le trait du show, la soif de vengeance au détriment des intérêts individuels... Pour autant le film est justement dosé. Bien que certaines images choquantes des abattoirs feront suer les yeux des spectateurs les plus tenaces, ce n'est pas non plus un documentaire sur la cause animale. Entre des personnages attachants, des touches d'humour, des péripéties et une fin douce amère, le réalisateur parvient à signer un film parfaitement équilibré, d'une intensité certaine.

Et si l'ensemble est à ce point cohérent, c'est aussi grâce à la performance de son casting tout simplement divin. La jeune Seo-Hyun Ahn est tout d'abord une jolie découverte à qui l'on espère un avenir tout tracé. On cite également la grande Tilda Swinton, toujours aussi impressionnante dans ses personnages excentriques et inquiétants, l'impressionnant Jake Gyllenhaal qui détonne dans le rôle d'un docteur/présentateur complétement cinglé, et un Paul Dano attachant.

En somme, "Okja" est finalement une fable : elle fait rêver dans un premier temps, mais sa morale violente rappelle à l'ordre : notre société est-elle à ce point perdue que ce qui peut être sauvé se résume à une aiguille dans une grande botte de foin ? A méditer... En attendant, on aurait quand même envie de faire un gros câlin à un super cochon.
Auteur :Lucile Tallon
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