Joel
Silver, producteur à succès des plus grands films d’action de
ces dix dernières années (la série des Armes Fatales ou encore
Matrix), est de retour au cinéma. Il produit le jeune
réalisateur Dominic Senna qui avait commis 60 secondes chrono
avec Nicholas
Cage et Angelina Jolie. L’action prend place
dans le milieu du cyber-espionnage, celui se développant à échelle
planétaire, et qui débouche sur une forme nouvelle de hold-up.
Cela nous donne droit à tous les débordements possibles, que
ce soit du point de vue du récit ou du scénario. En effet, ce
film pourrait être facilement rebaptisé "Opération baleine"
ou "Opération épaulard" tant les ficelles scénaristiques sont
énormes. Et cela, malgré la présence de John
Travolta, qui retrouve dans ce film un personnage
ambiguë tel qu’il les affectionne.

Il
incarne ici un homme sombre, dont on ne connaît pas toutes les
facettes. Même l’épilogue ne nous en apprendra pas d’avantage
sur lui. Travaille-t-il pour son compte, pour le gouvernement
ou est-il à la solde d’une quelconque puissance extérieure ?
Nul ne le sait. Avec son look à la Vincent Vega (déjà vu dans
Pulp Fiction), Travolta joue un personnage froid, avare d’émotions
et de sentiments. La comparaison avec l’homme de pierre de la
bande dessinée Les 4 fantastiques est aisée tant il est monolithique.
Un homme redoutablement intelligent avec une seule idée en tête :
détourner 9 milliards de dollars ! L’interprétation que propose
le comédien est sans faille, elle représente d’ailleurs l‘un
des rares intérêts du film.
Pour
mener à bien ce casse du siècle, il s’entoure d’une équipe de
gros bras plus laids les uns que les autres, avec à leur tête
l’ancien footballeur Vinnie Jones, impeccable dans ces personnages
de brutes écervelées. Est-ce ici un rôle de composition ? A
vous de juger. Quant à Hugh
Jackman, on peut penser qu’il essaie de creuser
son trou à Hollywood, après sa bonne interprétation de Wolverine
dans le X-Men de Bryan
Singer. Lui, l’ancien tôlard repenti, à qui on
offre dix millions de dollars pour « craquer » un système, ne
peut résister à cette tentation. Il en sera d’ailleurs convaincu
par une Halle Berry plus sexy que jamais. Le duo des X-Men
se reforme, avant la sortie de l’opus II, en décembre 2002.
Toutefois, il apparaît évident que ce n’est pas avec ce style
de personnages et de scénario que Jackman récoltera un Oscar.
Cependant, il est encore nouveau à Hollywood, malgré sa dizaine
d’années d’expérience en Australie, et a besoin de films grand
public pour définitivement s’imposer. Quant à Halle Berry, la
midinette vous montrera ses plus beaux atouts…
Dominic
Senna est sûrement habile pour des films d’action, mais apparemment,
il ne sait pas trop lire un scénario. C’est un faiseur de films
comme tant d’autres, à l’instar des Jan de Bont et autre Renny
Harlin malheureusement. Aussi, aucune identité propre au cinéaste
requis n'émerge de ce type de récit. Les scénaristes, toujours
à court d’imagination, inventent des méfaits qui deviennent
de plus en plus aberrants. Car, après le Speed de Jan De Bont,
avec l’autobus qui ne doit pas rouler à une certaine vitesse,
voici le car qui vole ! Et lors de cette séquence, le film laisse
une forte impression de malaise. On ne peut évidemment pas ignorer
ce qui s’est déroulé à New York, le 11 Septembre dernier, veille
de la sortie en France de Opération Espadon dans les salles.
Or, dans cette production, le terrorisme y est décortiqué, afin
de monter la manière diabolique dont tout cela est organisé.
Une scène plus particulièrement vous fera réagir : l’autobus
volant percute un immeuble de Los Angeles. Certes, cela a été
filmé au début de l’année 2000, mais le souvenir des événements
récents refroidira plus d’un spectateur potentiel. A titre d’exemple,
le film, qui est sorti en Angleterre le 24 Juillet dernier,
fut retiré de l’affiche au lendemain des attentats. Même si
le lancement était prêt en France depuis un moment, une sortie
légèrement repoussée n’aurait fait de mal à personne, surtout
pas à Joel Silver.
Pour
conclure, on peut constater que Opération Espadon est un film
du samedi soir, bien trop calibré et formaté pour déborder d’originalité
scénaristique.
Pierre Godon
Le
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