21 novembre 2018
Critiques

Otez-Moi D’un Doute : Une comédie tendre et pleine de pudeur

"Otez-moi d'un doute" est un film généreux qui vous offrira un doux portrait de la paternité. Erwan, démineur breton découvre lors d'un rendez-vous médical qu'il n'a aucun gène en commun avec son père. Une nouvelle détonante qu'il encaisse avec calme et sang-froid et pourtant sa vie va changer du tout au tout et cet imprévu va impacter tout son entourage.

Une succession de questions intérieures, comment annoncer cette nouvelle ? Comment ne pas brusquer Anna ? En effet chaque personnage va sortir doucement de son petit cocon de solitude et déployer ses ailes. Une solitude qui ne touche pas que les deux vieils hommes de l'histoire. Comme Anna (Cécile de France) qui s'occupe de son père comme le ferait une aide-soignante et qui a mis sa vie de côté ; ou encore Juliette (Alice de Lencquesaing) 23 ans et enceinte d'un père inconnu alors qu'elle vit encore chez le sien. Les relations familiales sont à la fois dépeintes avec beaucoup de délicatesse. Carine Tardieu nous confie que si le tournage fut complexe, le montage fut limpide et très heureux. 

Les relations respectives entre Erwan et ses deux pères furent un régal à observer lors du tournage et cette complicité tellement palpable se ressent aisément à l'écran. François Damiens et André Wilms ont le regard qui pétille et une énergie affolante qu'ils nous transmettent sans filtre. La préparation à la mise en scène fut très longue et la réalisatrice n'a pas hésité à faire écouter des CD contenant toute sorte de musiques en rapport avec le thème de la paternité. Plusieurs scénarios sont partis à la poubelle avant d'obtenir le résultat final, très abouti et qui nous émeut sans sortir de violons. On apprécie ces portraits d'hommes généreux, on notera par exemple une scène enthousiasmante où Erwan explique son métier de démineur à Anna sur la plage, une autre où Bastien nourrit sa petite fille avec un bon petit plat comme on les aime.

Cette histoire inspirée du vécu d'un ami de la réalisatrice est ici abordée comme une comédie romantique mais où la nostalgie prend beaucoup de place et nous sort des sentiers battus avec une tonalité pleine de tendresse et de métaphores poétiques. Des moments de « drôlerie » comme Carine Tardieu aime le dire, nous sont offerts par le personnage de Didier (joué par le loufoque Esteban) qui part dans tous les sens. La drôlerie joue aussi par cette musique classique qui jonche tout le film et qui s'intègre merveilleusement bien à l'histoire. Entre Mozart et Vivaldi, et une bande son composée par Eric Slabiak. L'air du Papageno vous restera très certainement dans la tête.

Après avoir tourné avec des adolescents ("La Tête de Maman") et des enfants ("Du Vent dans mes mollets"), Carine Tardieu filme ici l'âge adulte empli de ses tourments mais garde toujours cette spontanéité et ce naturel qui nous plait tant car elle ne croit pas que l'on puisse « devenir adulte tout d'un coup du jour au lendemain » mais aime croire qu'elle se laisse guider par l'enfant qui se cache en chacun de nous.
Auteur :Clémence Leroy
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