13 décembre 2018
Critiques

Pacific Rim Uprising : Bel et bien révoltant

En 2013, Guillermo Del Toro a décidé de rendre gommage aux « kaijus », comprenez les monstres géants japonnais dans les films de montres. "Pacific Rim", c'est l'histoire de l'affrontement entre "Kaiju"  et "Jaeger" (Chasseur en allemand), des robots géants créées par les hommes pour leur faire face. Face au succès de ce blockbuster façonné par le réalisateur récemment oscarisé, une suite se présente aujourd'hui. L'exemple type d'un prototype qui passe en production de série.

Le postulat de départ est simple. "Pacific Rim Uprising" démarre dix ans après les événements du premier long métrage. Les héros de celui ci sont des légendes qui ont sauvés la planète. C'est donc un film qui se repose sur l'héritage de son aîné. Un héritage qu'il ne prend même pas la peine de respecter. Le tour de force de Guillermo Del Toro en 2013 fut de faire un film avec des robots géants bien différent des "Transformers" qui s'étaient emparés du filon. "Pacific Rim" était rempli de références japonaises, de son concept à sa réalisation là où la saga de Michael Bay est purement hollywoodienne. Malheureusement, le film original du réalisateur méxicain, producteur (lointain) de "Pacific Rim 2", a été happé par les tendances américaines du moment.

Tout a changé ou presque. Guillermo Del Toro dit lui même que « les deux films fonctionnent de manière indépendante, ils sont très différents.» Une des illustrations de cette différence se trouve dans le choix du réalisateur. Guillermo Del Toro a laissé sa place pour réaliser « La forme de l'eau ». Avec le succès que le monde connaît désormais, il est difficile de lui reprocher ce choix. La suite de "Pacific Rim" a donc été confiée à Steven S. DeKnight qui réalise son premier long métrage. Une si grosse production pour un premier long est assez osé. De là à y voir un réalisateur sur commandes de producteurs, il n'y a qu'un pas. Le réalisateur américain sait comment les grosses productions fonctionnent à Hollywood puisqu'il a été formé par Joss Whedon ("Avengers"). C'est marrant, il y a justement dans "Pacific Rim 2" l'empreinte des productions de super héros.

La dramaturgie, le danger, la « badass attitude » a laissé place à des héros d'une platitude certaine qui enchaînent les dialogues creux. Sans oublier les petites blagues entre les uns et les autres pour mettre un peu plus de « fun » comme c'est à la mode. Les vétérans ont laissé place à une bande d'ados à peine sortie de l'académie qu'il est facile d'oublier. L'intérêt de "Pacific Rim 2" ne se résume qu'à la confrontation entre les robots et les Kaijus, le style visuel de Del Toro en moins. Vous avez donc l'impression de voir des combats de "Transformers". Tout ce qui faisait l'originalité du premier film a été mis au placard au profit d'un « divertissement » à gros budget qui vend du spectacle visuel. Spectacle qui se prolongera dans un troisième acte, là aussi une habitude pour les blockbusters, histoire de diluer un peu plus un produit original qu'on ne reconnaît déjà plus dans cet "Uprising" qui porte bien son nom. Sa qualité est, en effet, révoltante.
Auteur :François Bour
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