21 novembre 2018
Critiques

Pentagon Papers : Le pouvoir, la presse et la femme

"Pentagon Papers" n'est pas un chez d'œuvre. Juste un grand film qui est emprunt d'une sobriété propice à l'équilibre, propre à Steven Spielberg. Un équilibre au service d'une histoire vraie, d'un journal dont la Une met en perspective plusieurs sujets.

"Pentagon Papers" est ce que les cinéphiles pourront appeler un « newspaper movie ». Une réalisation dont un journal est presque un personnage avec le journalisme au cœur du récit. Steven Spielberg s'attaque, en effet, à ce qui s'apparente comme un genre cinématographique. Un classique qui a des codes que le cinéaste américain s'approprie pour les mettre au service de son récit et de ses personnages. Il ne s'agit pas ici d'un Blockbuster comme il sait en faire, mais d'un long métrage plus adulte, comme il l'a fait récemment avec "Le Pont des Espions", déjà avec Tom Hanks.

En vérité, "Pentagon Papers" n'est pas un film à récompenses. Son réalisateur évoque la partition, signée du célèbre John Williams en ces termes : « La partition de John a une belle retenue mais une grande force musicale quand cela est nécessaire. » Une phrase qui peut s'appliquer également à la mise en scène tant celle ci est à la fois d'une qualité indéniable sans être dans l'exercice de style. Les rôles et leurs interprétations eux mêmes ne portent pas le film comme c'est le cas, par exemple, pour Gary Oldman dans "Les Heures Sombres". Pourtant, ce qui fait de "Pentagon Papers" un grand film, c'est justement parce que la réalisation et les acteurs sont au service d'un récit aux multiples angles.

Avec un scénario signé Josh Singer, un habitué des « newspaper movie » ("Le Cinquième Pouvoir" et surtout "Spotlight"), le réalisateur de "Munich" retrace la fin de la connivence entre la Maison Blanche et la presse lors de la guerre du Vietnam. C'est le récit d'une lutte pour l'indépendance de la presse, c'est l'histoire d'un journal, d'une révélation faite à l'opinion américaine : La manipulation des figures importantes du pouvoir lors de la guerre du Vietnam.

La 31ème réalisation de Spielberg fait bien la part belle aux journalistes du Washington Post, à leur courage et à leur compétence face au pouvoir politique dont le spectateur découvre, lui aussi, les secrets. C'est le rôle de Ben Bradlee son rédacteur en chef qui représente cela, incarné par Tom Hanks, dont le talent n'est plus à démontrer. La sobriété de la réalisation, colle parfaitement au journalisme à l'ancienne, notamment sans informatique, dont Steven Spielberg semble rendre hommage à l'image, comme dans le récit de son film. Un tel sujet, et sa forme, renvoient aux "Hommes du président" (1976) d'Alan J. Pakula sur l'affaire du Watergate.

Les références pouvant être trompeuses, il faut souligner que, si "Pentagon Papers, est un bel exemple d'un illustre genre cinématographique, ce n'est pas cela qui en fait un grand film. Réduire ce récit uniquement à l'indépendance de la presse serait une erreur. C'est aussi le destin de Katharine Graham, directrice du Washington Post dans les années 70. Au delà du « newspaper movie », c'est la réalité d'une époque qui est mise en scène. Celle d'une femme dans un milieu d'hommes, d'une directrice dont le parcours, en quête d'identité et d'indépendance, est comme une ligne éditoriale.

Au fil de son long-métrage, Steven Spielberg illustre le désir d'émancipation de la femme dans les années 70, sujet illustré entre autres petites touches par le rôle de Katharine Graham. « Le film raconte aussi ce moment de l'Histoire où elle a découvert que sa voix comptait, et que toute autre voix d'une femme après elle compterait tout autant »", a confié le réalisateur. Qui d'autre pouvait d'ailleurs mieux incarner ce personnage, d'apparence fragile et pourtant si fort, que Meryl Streep, dont là encore le talent fait l'unanimité.

"Pentagon Papers" permet à son sujet principal d'être le tremplin d'une vision d'ensemble. "The Post" (titre original) n'est donc pas qu'un film sur le journalisme d'investigation, c'est un long-métrage qui parvient avec la sobriété et l'efficacité du trio Steven Spielberg – Meryl Streep – Tom Hanks à mettre en perspective les questions sociétales, historiques et politiques des Etats Unis. "Pentagon Papers" n'est pas un chez d'œuvre, c'est un grand film !
Auteur :François Bour
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