15 décembre 2018
Critiques

Plaire, aimer et courir vite : Émerveillement et émotions

Après s'être prêté au jeu du conte pour enfants dans Les Malheurs de Sophie il y a deux ans, Christophe Honoré renoue avec les histoires d'amours tragiques dans Plaire, aimer et courir vite. Projeté en Compétition Officielle au Festival de Cannes cette année, nous sommes sûrs d'une chose : Le film a déjà remporté la Palme de notre cœur.

Tout le long de ce long-métrage, on se rend compte d'une chose : Plaire, aimer et courir vite est très certainement le film le plus accessible, voire le plus nécessaire pour s'approprier le cinéma d'Honoré. Il y a quelques jours, nous avions évoqué Everybody Knows d'Asghar Farhadi comme étant un film permettant de commencer en douceur la filmographie du cinéaste iranien, puisque exposant de manière didactique les aboutissements de son Oeuvre sur le plan formel et narratif. Or, chez Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite sonne comme un film personnel, permettant ainsi d'imaginer ce qui a pu découler de cette histoire tout le long de la filmographie.

Le cinéma d'Honoré s'est toujours montré obsédé par la vie et la mort. Les Chansons d'amour commençait par une tragédie, les personnages des Biens-Aimés étaient obsédés par leurs idées morbides mais ces films étaient aussi remplis de pulsions de vie avec la chanson. En évoquant comme centre tragique de ce film, l'épidémie du Sida au début des années 90, ce film expose la fragilité de son cinéma, voire son origine avec le personnage d'Arthur, jeune homme en galère aspirant à être cinéaste en amour pour un écrivain d'une trentaine d'année en proie à la maladie. Arthur, joué par un étincelant Vincent Lacoste, s'impose comme l'alter-ego du cinéaste. Il incarne à lui-seul son cinéma, regrettant la disparition de son idôle Truffaut en se recueillant sur sa tombe pour ensuite remonter le moral de son amant en chantant « Cache-Cache Party ». Instantanément, il vit les années 90 dans cette lutte entre la vie et la mort. Sans jamais partir dans les fulgurances, Honoré signe un film plus doux dans sa narration, qui en fait davantage son plus accessible, Cette plongée dans les années 90, on la vit aussi à travers les citations. Honoré cite avec plaisir des choses aussi variées que La leçon de Piano de Jane Campion, Cocteau Twins ou Leos Carax. Le film témoigne de nombreuses références auxquelles baignent ces personnages cultivés.

Plaire, aimer et courir vite émerveille et émeut comme jamais. La sensibilité d'Honoré raccordée aux talents de ses comédiens (On a parlé de Vincent Lacoste mais Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès sont impériaux) font que le film nous laisse une marque après la projection que nous sommes pas prêts à voir partir.
Auteur :Victor Van de Kadsye
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