19 décembre 2018
Critiques

Première Année : Témoin d’une réalité

Le grand public l'avait découvert en interne dans "Hippocrate", puis à la campagne avec François Cluzet, dans "Normandie Nue", Thomas Lilti nous livre désormais "Première Année". Une sorte de préquelle de ses précédents longs-métrages. Un constat qui résonne comme une alarme bienvenue sur les dérives des études supérieures en médecine. 

Avec "Hippocrate" et "Première Année", Thomas Lilti propose un cinéma qui fonctionne sur deux éléments essentiels : l'immersion et le constat. Toujours dans le thème de la médecine, sujet que le réalisateur connaît bien puisqu'il en avait fait sa vocation première, ses films souhaitent partir de l'idée de s'immerger dans ce métier et donc dans le microcosme de celles et ceux qui l'exercent. Quand Vincent Lacoste n'est plus médecin en internat dans "Hippocrate", il se retrouve maintenant à réviser les annales et à préparer les concours en compagnie de William Lebghil sur les bancs universitaires. La caméra de Lilti nous introduit dans ce milieu, toujours placée de sorte à montrer sans jamais juger. Il laisse l'intelligence du spectateur être interpellée face à ce qu'il lui est décrit). 

Ainsi, découvre-t-on un monde universitaire rongé par la compétitivité et les crises de nerfs. Bien qu'usant d'éléments anachroniques concernant l'enjeu central des étudiants en P1 (première année), à savoir l'attribution de leur spécialité professionnelle, Lilti se sert de cela pour signer une histoire générationnelle et romanesque. Il met en vedette deux types d'étudiants auxquels chacun pourrait s'identifier : l'un qui est obstiné quitte à tout perdre socialement (Vincent Lacoste); l'autre qui ne sait pas vraiment où il se trouve (William Lebghil).

Une histoire d'amitié avec laquelle le réalisateur va focaliser l'axe dramatique du film. Toutefois, l'enjeu de ce dernier est donc tout autre : ici, Lilti va à l'encontre des clichés possibles. On est plutôt dans un registre doux-amer (qui a tout de même sa part de légèreté surtout grâce à la bonhommie de William Lebghil) allant dans le sens du pragmatisme.

Réaliste, sans pour autant relever du faux-documentaire, "Première Année" présente un milieu étudiant peu montré à l'écran dans le cadre du cinéma dit mainstream. On est bien loin des clichés de l'étudiant en beuverie éternelle ou bien du classique surdoué. Ici, on dépeint les étudiants avec leurs angoisses, obstinés qu'ils sont par leurs fiches de révision et rien d'autre. Le film ne fait aucune concession dans son constat, quitte à rendre certains personnages tristement insupportables. Car "Première année" est un cri, un cri de révolte sachant être discret sur les conséquences d'une telle éducation sur des étudiants. Ces derniers finissent plus par être considérés tels des reptiliens, selon les dires d'un personnage, que pour des êtres humains.

Un cri de révolte, donc, auquel Lilti ne propose aucune solution pérenne. Toutefois, sa faculté inouïe à capter la sensibilité d'un milieu, encore maintenant dans les lumières de l'actualité, est remarquable. Un film brillamment angoissant, réussissant à montrer sans coup férir toute la difficulté de ces études supérieures si particulières en France. 
Auteur :Victor Van de Kadsye
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