13 décembre 2018
Critiques

Problemos : film au 14e degré

Décidément, depuis qu'il roule en solo, Eric Judor ne court pas après le grand-public. Certes, la chose ne laissait que peu de place au doute après sa série Platane, et surtout le suicidaire La tour de contrôle infernale. Car pour tester à ce point l'adhésion d'un public pourtant acquis à sa cause avec la suite du film ayant inscrit son duo avec Ramzy Bédia au mont Rushmore de la comédie française, c'est qu'on veut faire un tri parmi ses fans. Garder les plus vaillants et laisser sur le bas-côté ceux qui se grattaient déjà le crâne d'un air songeur devant Steak de Quentin Dupieux. Plus question de rendre sa folie accessible à ceux qui ne supportent l'absurde qu'à dose homéopathique, ou de réduire sa pratique à tendre des perches à un public qui ne partage pas son humour.

Sans surprise, Problemos persiste et signe la rupture que le bide de La tour de contrôle… avait déjà prononcé. C'est donc en réalisateur libéré, délivré et désinhibé que Judor aborde un scénario qui n'est pourtant pas de son fait, mais celui de Noé Debré et la redoutable Blanche Gardin. En l'occurrence, l'histoire d'une petite famille BCBG partie passée quelques jours de vacances avec des militants zadistes. Jusqu'à ce qu'une pandémie (ou « pain de mie », allez voir le film vous comprendrez) ne décime le monde, faisant de cette troupe hétéroclite les derniers survivants de l'humanité.

Si on comprend instantanément à quel point le potentiel WTF de l'histoire a pu séduire Judor, Problemos s'avère autant tributaire de l'empreinte de son réalisateur que de celle de ses scénaristes. On reconnait notamment l'apport de Blanche Gardin dans cette propension à épingler la médiocrité ordinaire derrière les postures, à démonter les névroses d'une humanité conditionnée au pire. Un postulat qui aurait pu virer à la misanthropie s'il n'était contrebalancé par la faculté d'empathie naturelle de Judor, dont le regard lunaire et la capacité à partir au quart de tour dans la quatrième dimension permet de mettre tous les protagonistes sur un pied d'égalité.

Cette capacité à filmer le 14ème degré sans se mettre ni au-dessus ni au-dessous de ce qui se trouve à l'écran constitue ainsi la principale qualité de Problemos, tout autant que sa principale limite. Indiscutablement le triangle Judor-Gardin-Debré permet dans un premier d'élever des gags potentiellement casse-gueule en saillies comiques d'anthologie (on retiendra le dialogue sur les règles ou le monologue interminable d'un personnage sur les supermarchés). Malheureusement, les carences de Judor en termes de découpage empêchent le tout de prendre la hauteur nécessaire pour se ménager un peu d'air lorsque le récit dépasse l'exposition pour entrer dans le vif du sujet. Problemos finit ainsi par ressembler par ces blagues drôles mais qui étiolent progressivement l'attention de ceux qui écoutent à force de perdre le fil de ce qu'elle voulait raconter. 
Auteur :Guillaume Méral
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