16 décembre 2018
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Pupille : L’homme qui murmurait à l’oreille des nourrissons

Critique du film Pupille

par Guillaume Meral


De loin, il n’y a aucune raison de distinguer "Pupille" des film-tracts conçus pour animer les ciné-débats et instrumentaliser la bonne conscience sociale du spectateur pour valider sa raison d’être filmique. Or, le long-métrage de Jeanne Herry s’applique précisément à ne pas être ce que son sujet le prédestinait à devenir à l’aune des us et coutumes de nos contrées.

Narrant le combat de travailleur sociaux pour trouver une famille d’accueil à un nouveau-né abandonné par sa mère, "Pupille" inscrit en effet la passion manifeste de sa réalisatrice dans une envie de cinéma tirant vers le genre. De fait, le film a l’excellente idée de faire du bébé le centre névralgique du long-métrage, l’argument qui va actionner la galaxie des personnages concernés.

Une approche qui entraine deux conséquences majeures. En termes de récit d’abord, "Pupille" prenant presque les allures d’un film d’action (dixit la réalisatrice) où le placement du bébé devient un enjeu dramatique vecteur de suspense et de rebondissements (comme le serait la traque d’un tueur dans un film policier).

Ainsi, toute la réussite de "Pupille" réside dans la volonté de la cinéaste d’élaborer un univers avec un maillage de de codes et de figures de styles qui ne soit pas tributaire d’un genre installé. Une approche qui repose sur le personnage du bébé, véritable personnage justement, nourris d’émotions complexes qui lui sont propres.

Vous l’aurez compris, c’est la deuxième conséquence d’un film qui amène le spectateur à projeter ses affects sur une figure complexe, bien éloignée de son image d’Epinal habituelle. Un exploit qui culmine dans ses échanges avec les travailleurs sociaux, seuls détenteurs du sésame permettant de décrypter les émotions du petit-être. Des moments au cours desquels ce dernier passe par une gamme de nuances qui doit autant au dispositif de tournage qu’à la capacité de la fiction à nous ouvrir les portes sur l’univers dont elle est tributaire.


Vous l’aurez compris aussi, la forme est le pupitre du fond dans ce film jusqu’au boutiste dans sa volonté de sortir des évidences brassées par son sujet pour autonomiser ses figures de style. Une démarche qui se ressent également dans le plaisir manifeste que Herry présente à filmer ses personnages. En effet, c’est parce qu’ils ont des compétences particulières que les protagonistes de Pupille inscrivent leur présence charismatique à l’écran, d’autant que le casting (Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte) se met au diapason du projet.

La réalisatrice filme des spécialistes au même titre que les flics et les militaires dans les récits qui leur sont consacrés, et érige leurs « pouvoirs » (leur lien à l’enfance et leur compréhension des mécanismes de parentalité) en argument de cinéma. Un geste qui justifie à lui seul de se précipiter en salles pour voir ce qui est peut-être appelé à rester comme le prototype d’un genre à part entière.

Auteur : Guillaume Meral

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