13 décembre 2018
Critiques

Ready Player One : Retour aux sources 

Si Steven Spielberg est le Willy Wonka du cinéma Américain, alors quand trouvera-t-il son Charlie Bucket ? Spielberg est en plein milieu d'une période cinématographique s'avérant plus que fructueuse. Son dernier film, "The Pentagon Papers" étant sorti il y a à peine deux mois.

La portée de son influence devient de plus en plus nette avec chaque nouveau blockbuster. D'une part, nous trouverons les gardiens de la flamme, menés par J.J. Abrams, pour qui "E.T." et "Les Aventuriers de l'Arche Perdue" sont des fondements sacrés. D'autre part, il y a Denis Villeneuve, Michael Bay ou Edgar Wright, qui empruntent des éléments au style du maitre afin de les subvertirent à leurs propres besoins. Pourtant, avec toute une génération de réalisateurs ayant grandi immergé dans l'univers de Steven Spielberg, aucun ne se présente comme le véritable héritier de ce dernier, un réalisateur qui comprendrait que le simple plan d'un visage émerveillé vaut tous les effets spéciaux du monde.

Très vite, au début du film, une course dans la ville de New-York donne le ton. Des centaines de voitures y participent, auxquelles se confondent une célèbre Dolerean, le van de "L'Agence Tous Risques" et la Plymouth de "Christine" qui se trouve être conduite par Lara Croft en personne. Ayant franchi l'obstacle du T-Rex de "Jurassic Park", King Kong apparait à l'horizon et, à ce moment précis, vous comprenez que le film délivrera son poids en action, comme promis dans la bande-annonce.

Éventuellement, nous rencontrons enfin nos personnages dans la vie réelle. Art3mis, est en fait Samantha, jouée par Olivia Cooke, comme une femme intelligente, mais timide, car complexée par une marque de naissance sur son visage. L'acteur principal, qui reste un de mes préférés dans le film, est Mark Rylance, jouant James Halliday comme un grand enfant emprisonné dans un corps d'adulte. Le seul réel problème qu'on pourrait avoir avec ce film serait le fait que Ben Mendelsohn reprenne le rôle de Sorrento à l'image de celui d'Orson Krennic dans "Rogue One", sans aucune différence apparente.

Avec "Ready Player One", Steven Spielberg prouve avec aplomb que personne ne peut faire du Spielberg comme lui. Personne n'a assez d'empathie envers de jeunes Américains aux foyers brisés. Personne ne peut agglomérer autant d'information dans une scène d'action, avec autant d'énergie, tout en s'assurant toujours que les spectateurs savent ce qu'il se passe à chaque seconde et pourquoi. Ici, Spielberg n'est pas seulement en compétition avec d'autres réalisateurs, mais aussi avec son identité propre des années 80, tout en trouvant sa place dans le XXIème siècle. Il parcourt des territoires, déjà découverts par lui-même, mais aussi réinventés et occupés par Terry Gilliam, James Cameron, Christopher Nolan ou les Wachowski. Toutefois, il ne parcourt pas seulement ses territoires, mais il démontre, une nouvelle fois, qu'il en est le roi.

Les effets spéciaux de l'Oasis, et spécifiquement les expressions des personnages en motion-capture sont terriblement précis de mimétisme. Ce monde, que Spielberg nous présente à l'écran, est splendide. L'action est contrebalancée par le poids de l'histoire, ses conséquences et tous cela est empaqueté tel un paquet-cadeau de référence à la pop-culture. Le spectateur le plus aguerri trouvera surement une joie toute nouvelle à scanner l'écran à la recherche de personnages plus ou moins connus du grand public. Spielberg sait exactement quand se séparer de ses références et se focaliser sur les personnages afin de faire bouger l'histoire, en alternant vie réelle et monde virtuel.   

Enfin, Steven Spielberg avait fait un point d'honneur à ne pas trop s'auto-référencer, mais ce film est, de toute évidence, et sous tous les angles, un hommage aux aventures de groupes de d'enfants qui l'ont rendu si populaire dans les années 80. Ces films ont en commun une passion pour le cinéma et un cœur battant au centre de ces derniers, tout comme dans "Ready Player One", sauf qu'ici, à la place d'un cœur, se trouve un œuf doré et scintillant, et pour la plupart d'entre nous ayant grandi avec les films de Steven Spielberg, ce sera largement suffisant pour nous faire rêver. De "Artificial Intelligence : A.I", jusqu'à "Hook", les histoires d'enfance éternelle sont un thème récurrent, et "Ready Player One" n'est pas indifférent à ce rituel. C'est une joie de voir Steven Spielberg communier à nouveau avec le genre du film fantastique qui a fait sa réputation au commencement, mais qui, malheureusement, se fait de plus en plus rare dans sa filmographie.

Maintenant, "Ready Player One" laisse un gout amer pour cette nouvelle génération d'enfants et d'adolescents vivant, dès le plus jeune âge, leurs vies devant un écran. Ou allant au cinéma pour voir un film faisant référence à d'autres films plus anciens. Il y a quelques années encore, il était possible de se rendre au cinéma et d'y apprécier un film sans passer un examen de connaissances dans un univers particulier ("Star Wars", les productions, Marvel, DC, etc.). D'un autre côté, on peut argumenter que Steven Spielberg représentera longtemps encore le parrain de ce genre de recoupement.

Je me souviens encore regarder "E.T." pour la première fois et m'être étonnée de découvrir quelqu'un habillé comme Yoda pour Halloween. Comment un film de science-fiction peut faire une blague sur un autre film totalement différent ? Mon jeune esprit était perdu. Et maintenant, près de 22 ans plus tard, Steven Spielberg arrive encore une fois à émerveiller mon esprit. Et le vôtre aussi, surement...
Auteur :Alexa Bouhelier-Ruelle
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