19 décembre 2018
Critiques

Robocop : Remake inutile

Classique de la SF des années 80, le "RoboCop" de Paul Verhoeven se voit, 25 ans après, remis au goût du jour par des studios toujours plus en manques d'idées et toujours plus avides de faire fonctionner la machine à billets verts. Confié à José Padhila, réalisateur brésilien surtout connu pour ses  documentaires sur la société brésilienne (un plus quand on connaît l'aspect virulent envers une société toujours plus sécuritaire de l'original), le remake de l'œuvre du « hollandais violent » apparaissait donc comme une petite curiosité propre, dans un monde en constante évolution, à étayer un propos déjà acide développé dans le premier film. En ressort un film à deux facettes, à la fois intelligent dans sa volonté de surpasser l'original à travers une histoire plus étoffée mais totalement bancal dans ce qui est de nous livrer un spectacle à la hauteur d'un budget plus que conséquent.

Surprise, là où on attendait du gros bourrin écervelé, ce "RoboCop" crû 2014 s'ouvre sur la vision cauchemardesque de médias télévisuels propagandistes narrant l'action de robots au look effrayant en plein Tiers-Monde (bon, à Téhéran, certes, mais fallait pas trop en demander non plus). Le ton est donné, Samuel L. Jackson fait son show en présentateur télé dément et on s'impatiente à la vue du titre s'imposant sur l'écran sur fond de musique héroïque.

La suite ne sera malheureusement qu'une succession pénible de bonnes idées empêtrées dans une mise en scène qui a totalement lourdé l'aspect spectaculaire d'une telle production. Pourtant, le scénario ne manque pas d'étoffe. Citons par exemple la volonté de traiter la déshumanisation du flic robot provoquée par une société de sécurité toute puissante dans le but de grossir son chiffre d'affaire (point absent du film de 87 où RoboCop se réveillait directement en tant que machine) ou encore ce média télé grandiloquent au discours violent et ultra-sécuritaire. De plus, la plupart des acteurs présents à l'écran s'en sort avec les honneurs sans trop de problèmes.

Non, vraiment, "RoboCop" aurait pu être un remake tout à fait honorable si l'homme derrière la caméra avait tout simplement eu le sens du spectacle et de la mise en scène qui claque. Car quand on s'attaque à une relecture d'un film vieux de presque 30 ans, on est en droit de s'attendre à en prendre au moins plein la vue à partir des idées développées il y a plusieurs décennies. Ici, tout est d'une platitude affolante et chaque rebondissement tombe comme un cheveu dans une gigantesque soupe à la grimace. De plus, Joel Kinnaman, s'il s'en sort avec le minimum syndical de gestuelles faciales, ne semble pas vraiment avoir la carrure d'un personnage qui se voulait définitivement être plus enrichi que dans l'original.

En ressort un film qu'on a du mal à détester tant les intentions sont bonnes en cette période toute puissante des blockbusters bas du front. Mais le plaisir n'est pas au rendez-vous, pratiquement toutes les scènes d'actions sont ratées et le film ne prend jamais vraiment son envol. Avec un autre homme derrière la caméra, le film aurait sans nul doute était la petite bombe SF de ce début d'année 2014 qui va voir déferlée un nombre important de films du même genre ("Edge of Tomorrow", "Godzilla", "Jupiter Ascending" ou encore le très attendu "Interstellar" de Christopher Nolan).
Auteur :Cyprien Pleuvret
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