17 novembre 2018
Critiques

Rush : On fonce !

La carrière de réalisateur de celui qui restera pour l'éternité le Richie Cunningham de la série Happy Days et le jeune homme de American Grafitti est l'une des plus variées qui soit. A l'instar d'un Steven Soderbergh, Ron Howard est un touche à tout et cela lui vaut une carrière disparate, avec d'authentiques réussites (Le journal, Portrait craché d'une famille modèle, Backdraft, Appolo 13…) et des films ampoulés voire carrément ratés (Da Vinci Code, Anges et démons, Le dilemme...).

Depuis quelques années, le yes man à qui tout réussissait s'était perdu dans l'académisme d'un cinéma hollywoodien de parvenu qui n'avait pour lui que ses castings tape à l'œil. Si Frost/Nixon avait été une parenthèse de bonne facture, ce n'était que l'arbre qui cachait la forêt, et il aura fallu attendre ce Rush pour que Ron Howard reprenne sa place dans les starting-blocks et passe la première avec un brio qu'on ne lui soupçonnait plus.

Rush c'est le film sur la Formule 1 que l'on n'attendait pas, car en fait ce n'est en rien un film sur cette discipline sportive qui n'est ici que la toile de fond pour raconter la rivalité entre deux hommes que tout oppose, des origines sociales aux caractères. La finesse de l'écriture du scénario tout autant que la profondeur de l'histoire fait qu'il en découle un drame sportif dont l'ampleur est fascinante.

L'opposition entre Niki Lauda et James Hunt, qui défraya la chronique du sport automobile au cours des années soixante-dix, c'est aussi le terrain idéal pour un récit qui draine à la fois l'ampleur des duels légendaires  mais également l'étude de deux hommes une fois que le vernis se craquelle sur l'étoffe des champions. L'une des énormes qualités de Rush c'est d'éviter avec justesse les écueils du biopic et de la saga sportive sans pour autant passer à côté de ses protagonistes mais en réussissant à proposer un film qui sait lâcher les chevaux quand il le faut et aussi jouer sur un tempo plus souple lorsque l'histoire l'exige, tout en laissant le spectateur libre de penser ce qu'il veut des actes des deux hommes.

En réussissant merveilleusement à ancrer son récit dans les années soixante-dix sans pour autant utiliser une reconstitution ostentatoire, bien que très précise et méticuleuse,  Ron Howard parvient aussi à rendre son film vraiment passionnant en parlant à la fois des us et coutumes d'un sport qui ne s'était pas encore industrialisé à outrance, mais aussi des méandres d'une relation d'opposition totale qui peu à peu se muera en respect mutuel.

Si la progression narrative n'a rien de révolutionnaire, il n'empêche qu'on reste scotchés de bout en bout, fascinés par ce combat sans merci que se livre les deux champions, tout en ayant l'un et l'autre deux conceptions différentes de vivre leur métier et leur passion. L'un rêve de gloire et de ses retombées et n'hésite pas à brûler la vie par les deux bouts sans préjuger des conséquences, tandis que l'autre cherche à marquer l'histoire de son sport et est prêt à se dépasser pour cela au péril de sa vie dans une espèce de don de soi jusqu'au-boutiste. Formellement le film est splendide, semblant sortir tout droit d'un cinéma de genre estampillé seventies, grâce à une lumière divine, une photographie qui n'est pas en reste et un grain caractéristique qui font office de repères stylistiques d'une œuvre impressionnante de maîtrise.

Bien sûr pour que tout cela fonctionne, il faut que les scènes de course soient à l'avenant, immersives et totalement convaincantes. C'est le cas bien évidemment, et c'est autant dû à la réalisation d'un Ron Howard, enfin réconcilié avec la technique et qui retrouve aussi son sens du romanesque, qu'à la partition inspirée et flamboyante d'un Hans Zimmer des grands jours. Autant dire que devant notre fauteuil on se prend à chercher le volant, tant tout ceci est superbement rendu. Le vrombissement des moteurs, la chaleur des pneus qui colle à l'asphalte, la transpiration qui coule sur les visages des coureurs sous leurs casques, aucun détail n'échappe à la sagacité de Peter Morgan, auteur du script, ni au réalisateur qui réussit là un retour magistral.

Il n'est pas tout seul bien sûr. Daniel Brühl livre une composition remarquable, saisissante et méthodique de Niki Lauda et Chris Hemsworth en James Hunt démontre qu'il est plus qu'un super-héros adepte du marteau, et qu'il est aussi capable de profondeur. Avec ces deux artistes, les champions sont à la fois les personnages et les comédiens. Mais ce serait oublier qu'autour d'eux s'ébrouent entre autres deux personnages féminins qui sont loin de n'être que des groupies et qui sont interprétées avec classe et subtilité par Olivia Wilde et Alexandra Maria Lara. S'éloignant avec justesse du film sportif barbant et uniquement réservé aux initiés, Ron Howard signe ici l'un des films de l'année, surprise qui va à 100 à l'heure et dont, une fois sortie de la salle, on se prend à vouloir refaire encore un tour de piste !
Auteur :Fred Teper
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