17 novembre 2018
Critiques

Sans un bruit : Son et lumière post-apocalyptique

Avec les productions Blumhouse, le genre horrifique est parvenu à revenir sur le devant de la scène en à peine deux ans. L'idée de ces films est simple, dépoussiérer un genre qui a trop vite fini par s'auto-parodier en reprenant constamment les codes qui avaient fait le succès du genre dans les décennies précédentes. Du neuf donc avec des histoires où les monstres et les goules prennent des formes, à présent, bien différentes. Michael Bay, flairant, comme toujours, le bon filon, nous offre donc "Sans un bruit", un film à concept soutenu par un réalisateur quasi-inconnu sur le sol français, John Krasinski. Et si l'idée de base de mise en scène est exploitée dans les moindres détails (dans un futur proche, le monde est dominé par de monstrueuses créatures sensibles au moindre bruit ce qui pousse les survivants à adopter un mode de vie très silencieux), l'univers futuriste développé dans le film en reste à de simples balbutiements.

Avec une idée d'histoire aussi ingénieuse, on s'attend à voir du nouveau, quelque chose de tout aussi rafraichissant que les excellents "Get Out" ou  encore "Split" mais dans un autre registre. La première partie du film pose les bases d'un monde ravagé et muet où l'on suit une famille de rescapés qui tentent de survivre dans leur refuge aux multiples trouvailles pour prévenir la moindre attaque. On prend alors énormément de plaisir à suivre ce quotidien sur le fil du rasoir où la tension est constante. De plus, le cinéaste instaure une ambiance post-apocalyptique mélancolique qui rappelle assez le côté désespérant que prônait l'excellent "La Route" de John Hillcoat. Et aussi surprenant que cela puisse paraître pour un film que l'on attendait au tournant dans ce domaine, la partie horrifique vient saper toute ambition de développement.

Certes, cette seconde partie en forme de montagne russe apporte son lot de jump-scares plutôt bien foutus et de moments de purs effrois mais on sentait que le film avait plus à  nous apporter, on attendait d'être transporté dans d'autres directions, d'en découvrir un peu plus sur ce monde en fin de vie alors qu'il n'est au final que prétexte à tous les artifices visuelles et sonores développés dans le film.

Mais cette déception est tout de même contrebalancée par cette formidable mise en scène qui offre une expérience sensorielle hors du commun. Quasiment aucun dialogue dans "Sans un bruit", tout est montré d'une certaine manière et par différents procédés qui rendent chaque scène astucieuse dans la mise en place de l'angoisse. D'une jeune fille sourde incapable d'entendre les monstres tapis derrière elle à des guirlandes de Noël qui changent de couleur pour prévenir du danger en passant par ce jeu constant avec les sons entendus des différents points de vus des personnages, le film est une sacrée belle performance technique qui rend d'autant plus dommage la faiblesse de son scénario.

Un scénario assez intimiste d'ailleurs puisqu'il s'attarde sur le destin d'une famille qui va tout faire pour survivre dans un monde terriblement hostile et met donc de côté toute velléité d'exploration hors de ce noyau. Heureusement, la famille au centre de cette histoire respire la sincérité et provoque l'empathie totale, notamment dans sa deuxième partie (le fait que Krasinski, qui est aussi acteur, et Emily Blunt soient en couple à l'écran comme dans la réalité n'y est sans doute pas pour rien, tout comme le fait que la jeune Milicent Simmonds soit réellement sourde).

"Sans un bruit" est donc à prendre comme une expérience de cinéma intense qui n'exploite pas son postulat à travers le prisme du monde et préfère se concentrer sur le côté intimiste d'un quotidien où de nouvelles règles de survie sont entrées en vigueur.
Auteur :Cyprien Pleuvret
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